Rémunération des médecins: le rapport Contandriopoulos est sans utilité, selon Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, estime que l'étude du chercheur Damien Contandriopoulos ne se révèle d’aucune utilité.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, estime que l'étude du chercheur Damien Contandriopoulos ne se révèle d’aucune utilité.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a cherché mercredi à dissiper l’impression selon laquelle les médecins ont obtenu une hausse de leur rémunération en échange d’un accroissement de leur productivité. « L'augmentation de la rémunération a été faite et conclue pour faire un rattrapage. C'est pour ça que ç'a a été fait ça. Ça n'a pas été fait pour augmenter la productivité », a-t-il affirmé dans la foulée de la publication d’une étude dirigée par le chercheur Damien Contandriopoulos.

Celle-ci ne se révèle d’aucune utilité pour le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Hausse de la rémunération des médecins, mais baisse du nombre d’actes facturés, baisse du nombre moyen de jours travaillés pour le régime public, baisse du nombre moyen de visites de patients par médecin: ce sont des « faits archiconnus » datant de 2006 à 2015, selon l’élu libéral. « Pas besoin d'une étude pour montrer ça » a-t-il lancé devant une poignée de journalistes agglutinés à l’intérieur d’une nouvelle superclinique à Montréal. « Vous auriez pu le voir si vous aviez cherché! » a-t-il ajouté, tout en pointant les bases de données de la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ).

La baisse de la productivité des médecins peut-elle être attribuable en partie à la hausse de la rémunération consentie par le gouvernement québécois ? « C'est honnête de dire que oui. Mais, en même temps, le rattrapage, c'est le rattrapage », a répondu M. Barrette à la presse. « [Cela dit], moi, je n'ai rien appris ce matin. […] C'est une étude intéressante qui montre des choses qu'on savait déjà », a-t-il ajouté. M. Barrette avait « l’impression de lire [la] présentation » qu’il a faite dans différentes facultés de médecine il y a quatre ans — présentation à laquelle ont assisté deux des membres de l’équipe de recherche de M. Contandriopoulos, a-t-il pris soin de mentionner.

M. Barrette dit être monté sur la scène politique — d’abord au côté de la Coalition avenir Québec (2012), puis du Parti libéral du Québec (2014) —, afin d offrir à la population un meilleur accès aux soins de première ligne, notamment au moyen de supercliniques et d’une productivité accrue des médecins de famille et des médecins spécialistes.

L’élu se désole que l’étude de l’équipe de M. Contandriopoulos ait passé sous silence les obligations de résultat qui pèsent sur les médecins depuis l’adoption des lois 10, 20 et 130 au fil des dernières années. Les médecins sont tenus d’effectuer un lot de « “livrables” » sous peine de sanctions. « Les médecins ont répondu à l'appel. C'est à leur honneur », a poursuivi M. Barrette, soulignant l’« enthousiasme » manifesté par les omnipraticiens à relever les « défis posés par la “loi 20” » en matière d’inscription de patients. « Ce qui est malheureux, c'est que l'étude ne se rend pas suffisamment loin pour montrer à quel point les changements donnent des résultats aujourd'hui. Mais, on les voit les changements », a insisté le ministre de la Santé.

Gestion des enveloppes de rémunération

M. Barrette s’abstiendra de retirer la gestion des enveloppes de rémunération des mains des fédérations médicales comme le recommande le rapport Contandriopoulos. Il admet toutefois que le ministère de la Santé n’a pas « été suffisamment interventionniste dans l'approbation de telle ou telle mesure ». Les fédérations médicales « n'ont pas trop de pouvoirs ». En revanche, « les gouvernements n'ont pas exercé suffisamment leurs pouvoirs ». Cette époque est révolue, a-t-il dit à l’approche de l’entrée en vigueur de la « Loi 130 ».

Mode de rémunération

M. Barrette reproche aux chercheurs d’avoir tourné les coins ronds en torpillant la rémunération à l’acte sans pour autant évaluer les solutions de rechange. « L'autre bord a ses travers aussi », a-t-il dit, soulignant que le « salariat, c'est une catastrophe » en Europe. « La rémunération à l'acte a une utilité dans la mesure où elle est bien configurée, où le libellé dit bien les choses, quel les choses qui sont censées être payées soient faites. Ça, c'est au système de faire ça », a plaidé l’élu. Enfin, M. Barrette rappelle que la rémunération mixte a été « introduite » pour les médecins de famille sous sa gouverne, en 2015.