Il y a encore un enjeu de productivité chez les médecins, admet Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard

Il y a encore un enjeu de productivité dans le corps médical, estime le premier ministre Philippe Couillard.

Il réagissait ainsi mercredi à une étude qui conclut que depuis 10 ans, les médecins au Québec travaillent moins et voient moins de patients, en dépit de la hausse de leur rémunération.

« Je pense qu’on a encore un enjeu de productivité dans le corps médical », a convenu M. Couillard en point de presse à la Chambre de commerce de Paris, en marge de sa mission d’une semaine en France.

« Je pense que tout le monde le sait, cela fait des années qu’on le dit », a-t-il poursuivi.

Il a toutefois fait valoir que les lois qu’il a fait adopter imposent des obligations de rendement jamais obtenues auparavant et que la situation change.

La loi 20 impose des sanctions aux médecins omnipraticiens s’ils n’atteignent pas leurs cibles, tandis que la loi 130 comportait aussi des obligations pour les spécialistes, a-t-il rappelé. L’application des pénalités a toutefois été reportée.

Il a admis qu’à certains endroits, la liste d’attente est encore longue au guichet d’accès aux médecins de famille, il y a aussi des délais pour consultations de médecins, ainsi que des listes d’attente de chirurgie, mais « des progrès sont faits », a-t-il assuré.

« On va être d’accord pour donner un peu de temps », a poursuivi le premier ministre.

Quant à la révision du mode de rémunération à l’acte proposée par les chercheurs, M. Couillard a rappelé que ce n’est pas le seul mode de rémunération en vigueur actuellement dans la profession médicale, en dépit de ce qu’on croit.

« Si on change la rémunération, on va accentuer le phénomène [de baisse de productivité] », a-t-il mis en garde.

En ce qui a trait au montant des enveloppes consenties, « on est certainement arrivé à une rémunération équitable pour les médecins », a affirmé le premier ministre.

Hausse de salaire, baisse de la productivité

L’étude réalisée par deux équipes de recherche conclut que depuis une douzaine d’années au Québec, l’augmentation du nombre de médecins et de leur rémunération a été accompagnée d’une baisse de la production de soins.

L’étude constate que la rémunération des médecins spécialistes a augmenté de 116 % de 2006 à 2015 et que celle des médecins omnipraticiens a progressé entre-temps de 78 %. Le nombre de médecins a bondi de 17 %.

Les sommes consacrées aux salaires sont passées, en dollars courants, de 3,3 milliards à environ 6,6 milliards de dollars, une augmentation annuelle de 8,1 %.

Les directeurs de l’étude, Damien Contandriopoulos et Astrid Brousselle, ont néanmoins relevé que pendant la même période, le nombre annuel de jours travaillés des omnipraticiens a diminué de 4,5 % et de 3,1 % pour les spécialistes.

Le nombre moyen de visites par médecin omnipraticien a décliné de 17 % ; chez les spécialistes, le recul a été de 12 %.

Les auteurs ont noté que le Québec a mis en place un mode de rémunération des médecins à l’acte qui produit des dysfonctionnements. Ils proposent que les tarifs des actes médicaux soient revus et qu’ils dépendent du temps ou de l’effort demandé, ou de recourir à des modèles qui reposent sur la durée du temps de travail.

L’étude a été commandée par le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) dont le poste a été aboli en 2016 par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.