La France et le Québec veulent donner un nouveau souffle à la Francophonie

Le premier ministre Philippe Couillard a été reçu à l’Élysée par le président Emmanuel Macron.
Photo: Michel Euler Associated Press Le premier ministre Philippe Couillard a été reçu à l’Élysée par le président Emmanuel Macron.

Pour une des rares fois dans les relations France-Québec, la promotion de la langue française se retrouve au coeur des discussions à l’occasion d’une visite officielle du premier ministre québécois en France. « Nous devons retrouver une véritable ambition pour cette langue », a déclaré le président français au terme d’un entretien de 45 minutes avec Philippe Couillard, qui amorçait lundi une visite de cinq jours en France.

Les deux hommes, qui s’étaient déjà croisés il y a trois ans alors qu’Emmanuel Macron n’était que ministre de l’Économie, ont abordé les relations économiques et les défis que chacun relève en matière d’environnement. Mais c’est l’importance de relancer les efforts en faveur de la Francophonie qui semble avoir retenu principalement leur attention.

« Il n’y a jamais rien d’innocent entre la France et le Québec », a déclaré Emmanuel Macron. Or, dit-il, la langue française est « le ciment le plus ferme de cette relation ». Le président a dit souhaiter que « nous puissions faire davantage » pour relancer l’enseignement du français en Afrique, assurer la formation des maîtres et assurer une meilleure présence du français sur Internet. Des mots repris par Philippe Couillard, qui dit que « la langue française, il faut se battre pour elle » et que « c’est en Afrique qu’il faut agir ».

Pas « grincheux »

Mais Emmanuel Macron tient à préciser qu’il ne fait pas partie de ceux qu’il appelle « les défenseurs grincheux » du français. Défendant son choix de s’exprimer souvent en anglais à l’étranger, notamment en Allemagne, il veut situer ce combat dans la défense du plurilinguisme. « Le français, dit-il, n’est pas une langue enclavée […] C’est la force du français par rapport à une langue anglo-saxonne qui paraît vouloir absorber les autres langues. »

Les deux hommes n’ont pas précisé les nouveaux moyens qu’ils comptent déployer, mais en France, on attend un important discours du président le 20 mars prochain, Journée internationale de la Francophonie. Des annonces pourraient aussi être faites jeudi prochain à la suite de la XXe rencontre alternée des premiers ministres français et québécois qui doit se tenir à Matignon et à l’occasion de laquelle Philippe Couillard rencontrera son homologue, Édouard Philippe.

Dans la même veine, le président français a dit souhaiter que, alors que le Québec accueille plus de 10 000 étudiants français, la France puisse « accueillir davantage d’étudiants québécois ». Ce souhait avait déjà été formulé par les ministres Jack Lang et le président François Hollande sans que la situation change pour autant. Philippe Couillard parle aujourd’hui d’augmenter le « contingent » d’étudiants québécois qui auraient accès aux grandes écoles françaises qui jouissent d’une réputation internationale.

Couillard critique Michaëlle Jean

Interrogé par la presse québécoise, Emmanuel Macron, qui ne cite pratiquement jamais l’Organisation internationale de la Francophonie avec laquelle il garde une certaine distance, n’a pas dit s’il était favorable au renouvellement du mandat de sa secrétaire générale, la Canadienne Michaëlle Jean. Celui-ci vient à échéance en octobre prochain au XVIIe sommet de l’OIF à Erevan, en Arménie.

Avant de lui rendre une visite de courtoisie dans l’après-midi, Philippe Couillard a indirectement critiqué Michaëlle Jean. Le premier ministre a dit qu’il attendait d’elle qu’elle fasse preuve de « davantage de rigueur et de transparence dans l’administration interne de cette grande organisation ». Cette déclaration fait suite aux révélations du Journal de Montréal selon lequel l’OIF doit puiser dans ses fonds propres pour financer le voyage d’un groupe de jeunes francophones sur la reproduction de l’Hermione, le bateau qui avait conduit La Fayette aux États-Unis en 1780. L’an dernier, Québecor avait aussi révélé des faits troublants sur le train de vie de la secrétaire générale et la rénovation de sa résidence. En ce qui concerne la reconduction de son mandat, le premier ministre se contente de dire : « Pour ce qui est de Mme Jean, il n’y a pas actuellement de course à la direction, de candidature, il n’y a pas d’élection. »

Interrogé sur la menace d’une guerre commerciale sur l’aluminium, lancée par le président Donald Trump, Emmanuel Macron s’est montré solidaire avec Philippe Couillard. Selon lui, ces mesures, si elles se concrétisaient, seraient en contradiction avec les règles de l’OMC, et il serait justifié que l’Union européenne prenne des mesures de rétorsion. Il traite ces mesures de « nationalisme économique ». Or, dit-il « le nationalisme, c’est la guerre ». Une phrase de son prédécesseur François Mitterrand qu’Emmanuel Macron aime répéter devant tous les auditoires.

La visite de Philippe Couillard se poursuit ce mardi à Toulouse, où il rencontrera le grand patron d’Airbus, Tom Enders, qui a récemment mis la main sur la fabrication des avions Série C conçus et développés jusque-là à Montréal par Bombardier avec l’aide des gouvernements canadien et québécois.

Philippe Couillard a aussi annoncé qu’à l’invitation du Québec, le président français s’adresserait à l’Assemblée nationale lors de sa venue à l’occasion du sommet du G7 qui se tiendra les 8 et 9 juin prochain dans Charlevoix. Les présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient aussi prononcé une allocution dans l’enceinte du parlement. Emmanuel Macron devrait aussi en profiter pour participer à une autre rencontre à Montréal sur le thème de l’intelligence artificielle.

Couillard compare la CAQ aux partis populistes

Paris — Philippe Couillard a dressé un parallèle lundi entre les partis populistes en ascension en Europe et la Coalition avenir Québec (CAQ).

En mission à Paris pour une semaine, le chef libéral réagissait à la victoire des partis populistes aux élections de dimanche en Italie.

Il a affirmé que toutes les démocraties étaient touchées par ces mouvements qui présentent des solutions très simples à des problèmes très complexes, tandis que son adversaire François Legault ne fait que suivre le vent et présenter des propositions qui ne tiennent pas la route.

Le scrutin de dimanche en Italie a fait émerger deux forces politiques populistes opposées à l’Union européenne et anti-immigration.

Alors qu’on lui demandait en point de presse s’il s’inquiétait de la montée de ces mouvements, M. Couillard a indiqué que le Québec était aussi aux prises avec ce genre de débat.

Relancé par un journaliste qui lui demandait si la montée de la CAQ dans les sondages s’apparentait aussi à la montée du populisme, il a poursuivi en disant que « la CAQ, c’est le recul économique, financier et social pour le Québec ».

Il a pris pour exemple la politique ouvertement nataliste adoptée par les caquistes à leur conseil général de Sherbrooke en novembre, qui offrirait une somme d’argent ou un crédit d’impôt aux mères de famille nombreuse.

« Je ne crois pas que les femmes du XXIe siècle veulent être payées pour avoir des enfants, a-t-il déclaré. Elles peuvent décider si et quand elles veulent en avoir. »

M. Couillard a soutenu qu’il y a très peu de propositions de François Legault qui tiennent la route plus de deux jours.

« M. Legault suit le vent, regarde les sondages, les titres de journaux, pour déterminer ses politiques. Moi, je ne suis pas les sondages et les titres de journaux, je vais selon mes convictions. Je trouve qu’il a tendance à proposer des solutions inapplicables et qui font reculer le Québec. »

Le chef caquiste n’a pas du tout apprécié la sortie de son adversaire et n’a pas mis de temps à riposter sur sa page Facebook.

« Le désespoir de Philippe Couillard n’excuse pas sa malhonnêteté, a-t-il écrit. Je ne sais pas si c’est la chute des libéraux dans les sondages, mais le nouveau visage de Philippe Couillard, hargneux et malhonnête, ne fait pas honneur à sa fonction. »