La ministre David dénonce les «bébés bonus» promis par la CAQ

Ce n’est pas à l’État de dire aux femmes combien d’enfants elles devraient avoir, estime la ministre Hélène David.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce n’est pas à l’État de dire aux femmes combien d’enfants elles devraient avoir, estime la ministre Hélène David.

L’élection d’un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), avec sa politique nataliste axée sur les « bébés bonus », entraînerait à coup sûr un recul pour les femmes, selon la ministre Hélène David.

Elle met donc en garde les électrices contre la tentation de voter pour le parti dirigé par François Legault, les femmes ayant beaucoup à perdre s’il prend le pouvoir le 1er octobre, aux yeux de la ministre de la Condition féminine.

Inquiète quant à l’impact général sur la vie des femmes en cas d’élection d’un gouvernement de la CAQ, elle n’hésite pas à appliquer une grille d’analyse féministe pour dénoncer plus particulièrement les « bébés bonus » promis par ce parti aux femmes prêtes à faire plusieurs enfants.

Au XXIe siècle, ce n’est pas à l’État à dire aux femmes combien d’enfants elles devraient avoir, « jamais ! jamais ! », peste Mme David, « et surtout pas dans une planète surpeuplée ».

Il s’agit donc là d’un engagement d’une autre époque, rétrograde, calqué sur les politiques natalistes « assez classiques de droite conservatrice », fait valoir avec aplomb cette féministe bon teint depuis des décennies.

La porte-parole de la CAQ en matière de famille et députée de Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, a dénoncé cette attaque en accusant les libéraux d’être « totalement déconnectés » de la réalité que vivent les familles du Québec.

« Après 15 ans de hausse de tarifs sous le gouvernement libéral, les parents qui veulent des enfants méritent amplement un coup de pouce financier. Si quelque chose est rétrograde, c’est bien la campagne de peur menée par les libéraux », a déclaré Mme Guilbault, par voie de communiqué.

La sortie virulente de la ministre de la Condition féminine contre la CAQ survient au moment où ce parti occupe la première place dans les sondages, à quelques mois d’une campagne électorale, qui fera sans doute une large place à la famille.

L’élan des femmes

Ce type de politique nataliste peut, selon Mme David, avoir un effet pernicieux, entraîner un retour en arrière, mettre en péril les acquis. Or, « il faut absolument faire en sorte de ne pas freiner l’élan des femmes. Ça, c’est clair et, d’après moi, la question du “bébé bonus” peut freiner l’élan des femmes », a dit la ministre.

Pour mieux soutenir les parents, fait-elle valoir, les gouvernements doivent plutôt créer un environnement favorable à la famille, notamment en offrant un bon réseau de services de garde à prix abordable, un plus grand nombre de jours de congés et de nouvelles normes du travail.

Dans le passé, au Québec et ailleurs, des recherches ont conclu que les politiques natalistes donnent peu de résultats durables en matière d’augmentation du taux de fécondité. Le gouvernement Bourassa avait pris cette avenue en 1988, sans grand succès.

Une coalition de groupes féministes

Dans le contexte actuel des dénonciations d’agressions sexuelles et à quelques jours de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, plusieurs groupes oeuvrant auprès des femmes violentées ont annoncé dimanche la formation d’un nouveau regroupement, la Coalition féministe contre la violence envers les femmes. Le regroupement veut faire pression sur le gouvernement et les partis politiques afin qu’ils prennent en compte les besoins des femmes victimes de violence en cette année électorale au Québec. Il souhaite mettre en lumière le phénomène et encourager la mise en place de politiques adéquates pour y faire face. La Coalition rassemble une quinzaine d’organismes venant en aide aux femmes victimes de violence conjugale ou d’agression sexuelle, et à celles souffrant de maladies mentales, étant handicapées, sourdes, immigrantes, issues de la diversité sexuelle, itinérantes ou autochtones, notamment.