Gaétan Barrette nie avoir retardé un projet pour des raisons politiques

Le ministre Gaétan Barrette s’est défendu d’avoir bloqué un projet pour des raisons politiques lors d’une mêlée de presse jeudi après-midi à Laval, où il annonçait un investissement pour la modernisation de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le ministre Gaétan Barrette s’est défendu d’avoir bloqué un projet pour des raisons politiques lors d’une mêlée de presse jeudi après-midi à Laval, où il annonçait un investissement pour la modernisation de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé.

Gaétan Barrette soutient qu’il n’a jamais bloqué de projet pour des raisons politiques, mais reconnaît qu’il lui arrive de ne pas suivre les conseils des experts du ministère de la Santé.

Jeudi, un reportage de l’émission Enquête a révélé que Gaétan Barrette aurait freiné un projet visant à regrouper des services de pédiatrie spécialisés dans un même endroit parce que celui-ci devait se concrétiser dans la circonscription de Taillon, représentée par son adversaire du Parti québécois (PQ), Diane Lamarre.

Le projet, qui devait d’abord être mis sur pied dans la circonscription libérale de Laporte, aurait profité de l’appui du ministre jusqu’à ce qu’on envisage de le déménager dans Taillon.

Un sous-ministre associé cité par une source de Radio-Canada aurait déclaré qu’il « fallait vérifier », parce que le nouveau site choisi « est dans une circonscription péquiste ».

« C’est une bonne idée, mais après les élections », aurait déclaré Gaétan Barrette.

Le reportage présente le ministre Barrette comme un « homme de fer », qui aurait dans plusieurs situations décidé d’aller à l’encontre de l’avis des experts de son ministère.

« La politique n’a aucun rapport là-dedans », s’est défendu M. Barrette lors d’une mêlée de presse jeudi après-midi à Laval, où il annonçait un investissement pour la modernisation de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé.

Si le projet n’a pas encore vu le jour, dit-il, c’est parce qu’il n’a jamais fait partie des priorités des hôpitaux de la Rive-Sud.

Ce projet, c’est une créature de mon ministère [de fonctionnaires] qui ont travaillé sur des idées

 

« Ni [l’hôpital] Charles-Le Moyne ni [l’hôpital] Pierre-Boucher n’ont priorisé un tel projet », a-t-il ajouté.

Le ministre Barrette a fait valoir qu’à Pierre-Boucher, la priorité, c’est l’urgence, et qu’à Charles-Le Moyne, c’est de venir à bout du problème d’infestation de coccinelles dans le bloc opératoire.

Enquête demandée

Avant même la diffusion du reportage, les partis d’opposition à Québec ont réclamé que la lumière soit faite sur les allégations par le biais d’enquêtes.

Le PQ a envoyé une lettre demandant à la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, de se prononcer sur la question. Dans la missive, Diane Lamarre demande à la commissaire de déterminer si « l’intérêt personnel » du ministre Barrette a « influencé son indépendance de jugement, et si ses intérêts personnels ainsi que ceux de sa formation politique ont été favorisés ».

« Bloquer un projet destiné aux enfants malades pour des raisons politiques, parce qu’il est dans la circonscription d’un autre parti, serait un manque d’éthique grave », a aussi réagi la porte-parole du PQ en matière de santé, sur Twitter.

« Les libéraux font de la politique sur le dos des enfants malades de Longueuil. C’est franchement dégoûtant ! », a écrit sa collègue, la députée Catherine Fournier.

Réaction de la CAQ

La Coalition avenir Québec s’en est remise au premier ministre, Philippe Couillard, à qui elle a demandé d’enquêter sur le dossier.

Le parti de François Legault a dit souhaiter qu’une « enquête » soit menée par la commissaire à l’éthique ou la vérificatrice générale, mais a dit attendre davantage de détails avant de préciser sa demande.

« Les premières révélations de l’émission Enquête sur Gaétan Barrette sont troublantes », a écrit le porte-parole caquiste en santé, François Paradis, sur son compte Twitter.

« Dès qu’il y a des inquiétudes, dès que des faits troublants sont révélés de la sorte, je pense qu’il y a une obligation d’action, pour rassurer le public, pour aller au fond des choses », a-t-il ajouté lors d’une mêlée de presse.

« Et moi, j’appelle le premier ministre à pousser l’enquête plus loin. Il ne peut pas se contenter de dire “les faits sont erronés, les sources ne sont pas bonnes”. Pas à ce moment-ci. »

Québec solidaire a une fois de plus réclamé la démission du ministre.

« Il devrait s’excuser et se retirer, parce qu’il est un obstacle dans plusieurs projets », a mentionné le député Amir Khadir.