Martine Ouellet doit partir, dit Gilles Duceppe

Martine Ouellet dit ne pas avoir l’intention de démissionner de son poste de chef du Bloc québécois. Son caucus est passé soudainement de dix à trois députés mercredi, sept députés refusant désormais de servir sous sa houlette.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Martine Ouellet dit ne pas avoir l’intention de démissionner de son poste de chef du Bloc québécois. Son caucus est passé soudainement de dix à trois députés mercredi, sept députés refusant désormais de servir sous sa houlette.

Les appels au départ de Martine Ouellet à la tête du Bloc québécois se multiplient. Après la démission de sept des dix députés — qui sont partis en dénonçant son leadership et la direction dans laquelle elle souhaite mener le parti —, c’était au tour de Gilles Duceppe et d’autres anciens bloquistes de réclamer la démission de la chef. Martine Ouellet persiste toutefois et reste en selle.

Tour à tour, d’anciens gros joueurs bloquistes joints par Le Devoir avaient du mal à s’expliquer la crise qui secoue leur formation politique. Mais aussi la décision de Martine Ouellet de ne pas en quitter la direction, après le désaveu de la majorité du caucus bloquiste mercredi.

« Un chef qui se voit contesté par 70 % du caucus devrait comprendre le message. Moi, être là, je comprendrais que je n’y ai plus ma place », a déclaré Gilles Duceppe. « Elle a beau penser qu’elle a raison, quand vous êtes seul à avoir raison et que personne ne s’en aperçoit, il y a un problème. »

M. Duceppe estime, comme son ex-collègue Pierre Paquette, que Mme Ouellet devrait jeter l’éponge. « C’est dommage qu’elle s’acharne à vouloir rester à la direction. Il y a beaucoup de monde qui serait parti pour moins que ça », a observé M. Paquette.

L’ancien chef Daniel Paillé remarque que trois députés ont beau continuer d’appuyer Mme Ouellet, le nouveau groupe d’indépendants — deux fois plus nombreux — suivra désormais la gouverne d’un autre chef pour défendre les idées politiques bloquistes. « 70 % du caucus va s’élire un nouveau chef. C’est beaucoup, 70 % du caucus », a-t-il dit.Les larmes aux yeux, la gorge nouée, sept députés bloquistes annonçaient quelques heures plus tôt qu’ils quittaient en bloc leur caucus. Cette nouvelle crise intestine, entre le camp de Martine Ouellet et les sept élus dissidents, couvait depuis des mois. Mais elle a éclaté au grand jour dimanche avec la démission de Gabriel Ste-Marie de son poste de leader parlementaire. Le « groupe des sept » envisageait deux solutions : le départ de Martine Ouellet ou le leur. Ils ont choisi de partir à l’issue d’une rencontre du caucus qui a duré une demi-heure.

Une paix impossible

 

« Les divergences que nous avons avec notre chef sont malheureusement trop grandes pour qu’une paix durable soit envisageable », a tranché le doyen et cofondateur du Bloc, Louis Plamondon, la voix tremblante sous l’émotion. Tous les bloquistes consultés mercredi notaient d’ailleurs que son départ était d’autant plus important qu’il est de la lutte indépendantiste à Ottawa depuis les tout débuts, il y a 30 ans. « C’est dur. On a tout essayé depuis un an. C’est le coeur meurtri qu’on sort aujourd’hui », s’est désolé le député Luc Thériault.

Le climat de travail était une « confrontation hebdomadaire » avec la chef « intransigeante », selon eux. « C’est la soumission ou “le cause toujours mon lapin” », a raconté Gabriel Ste-Marie.

Au coeur du débat : l’orientation du Bloc québécois. Le camp de Martine Ouellet milite pour que le parti défende avant tout l’indépendance du Québec à Ottawa. Celui des dissidents prône la tradition, établie sous Gilles Duceppe, d’une défense des intérêts du Québec qui démontrera le bien-fondé de la souveraineté.

« Oui, il y a la défense des intérêts du Québec qu’on va poursuivre. Mais il y a aussi la préparation de l’indépendance. Et pour moi, c’était essentiel », continuait de marteler Martine Ouellet après le départ des députés, en disant que la porte leur restait malgré tout ouverte.

La chef a proposé une médiation pour améliorer le fonctionnement de l’équipe. « Mais malheureusement, il n’y a pas vraiment eu de discussion », a-t-elle indiqué, en se disant « déçue, parce qu’on a une responsabilité » envers le parti, ses membres et le mouvement indépendantiste.

Je n’ai jamais vu un parti où le chef perd le contrôle de son caucus. Il se passe toujours la même chose : le chef part.

« Quand il y a des problèmes de cet ordre, c’est là qu’on voit ceux qui mettent la cause de l’avant avant leur propre personne », a commenté Gilles Duceppe.

Quatre des sept démissionnaires avaient appuyé Mme Ouellet, qui a été élue par acclamation l’an dernier. En fin de journée, l’un d’eux avait perdu l’accès à la liste des membres de sa circonscription, bloqué par les instances du parti.

La fin du Bloc ?

Pierre Paquette refuse de croire à l’implosion du Bloc, dont il demeure membre. « Si le ménage n’est pas fait avant quelques mois avant l’élection, ça va créer une impression d’amateurisme qui ne sera pas attirante pour l’électorat », prévient-il cependant.

Idem pour des aspirants-candidats aux élections de 2019, craint l’ancien député d’Abitibi Marc Lemay, qui n’est « pas certain qu’il y aura beaucoup de monde qui va lever la main pour se présenter pour le Bloc québécois dans la situation actuelle ».

Pour survivre, le parti doit revenir à son mandat précédent, à son avis. « S’il ne revient pas à la défense des intérêts du Québec, c’est clair, clair, clair que c’est fini. »

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