«Le Québec a besoin d’un électrochoc»

Sous le regard d’Amir Khadir et de Gabriel Nadeau-Dubois, Manon Massé a annoncé lundi sa candidature au poste de premier ministre sous la bannière de Québec solidaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sous le regard d’Amir Khadir et de Gabriel Nadeau-Dubois, Manon Massé a annoncé lundi sa candidature au poste de premier ministre sous la bannière de Québec solidaire.

La différence en tête d’affiche. Manon Massé assumera la fonction de premier ministre si Québec solidaire remporte les prochaines élections générales. Gabriel Nadeau-Dubois a laissé le champ libre à sa consoeur pour des raisons « politiques » et « personnelles ».

La députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques s’est présentée lundi comme la candidate anti-système au poste de chef du gouvernement. « On donne déjà beaucoup trop aux gens qui en ont déjà beaucoup et on en coupe à ceux qui n’en ont pas assez. Ce système-là, qui est en place, sert la classe politique et la classe économique. Moi, je vous le dis : ça suffit ! Le Québec a besoin d’un électrochoc », a déclaré l’ex-organisatrice communautaire à sept mois du scrutin. Seul QS propose un « vrai changement », selon elle.

« Depuis 30 ans, je me bats avec le monde au nom de la justice et de l’égalité. Pour me rendre où je suis, j’ai dû faire tomber bien des murs. Aujourd’hui, avec vous tous et toutes à mes côtés, je suis prête à en faire tomber pas mal plus », a lancé Mme Massé à la presse. « Le 1er octobre prochain, on change de cap ! »

Les délégués de QS doivent choisir le candidat de leur parti politique au poste de premier ministre lors de leur prochain conseil national, en mai prochain. M. Nadeau-Dubois a grandement facilité leur tâche en se rangeant derrière Mme Massé. Le parti politique indépendantiste de gauche évite ainsi des querelles internes à quelques mois du scrutin.


Le député de Gouin ressent une « soif de personnalité politique différente, authentique, qui brise le moule des politiciens traditionnels » au Québec.

Ça me semble difficile de contester que la figure politique au Québec la plus authentique, la plus différente de l’idée qu’on se fait habituellement d’un politicien, c’est Manon Massé

 

Nadeau-Dubois : « encore beaucoup à apprendre »

M. Nadeau-Dubois, qui a fait son entrée à l’Assemblée nationale il y a moins d’un an, a convenu de ne pas briguer la nomination de sa formation politique au poste de premier ministre si Manon Massé — l’autre co-porte-parole — nourrissait cette ambition. Il en a informé Mme Massé avant la période des Fêtes. Il lui a dit : « Si tu as le goût de faire ça, moi, je vais me ranger derrière toi », a relaté l’élu montréalais.

« J’arrive à peine en politique partisane. Ça fait à peine un an. J’apprends énormément. J’apprends tous les jours aux côtés de Manon, bien sûr, mais au côté de toute l’équipe de Québec solidaire, qui est une équipe formidable. J’ai encore beaucoup à apprendre. Je veux continuer à grandir et à prendre de la maturité, mais, surtout, j’ai bien plus le goût du terrain et des rencontres que des studios de télé et des grands débats », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse au Coeur des sciences de l’UQAM lundi. « C’est une décision politique et personnelle », a-t-il répété.

Après quelques jours de réflexion, Manon Massé a décidé de « sauter dans le bain ». « Ça m’a pris du temps pour comprendre que ma force : c’est ma différence. […] Je ne “fitte” pas dans le moule. C’est parfait. J’en suis très fière », a-t-elle dit, après avoir souligné que le poste de premier ministre est « une grosse job ».

Pour sa part, Gabriel Nadeau-Dubois s’affairera à multiplier les appuis de Québec solidaire, y compris à l’extérieur de l’île de Montréal, dont ses trois élus (Amir Khadir, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois) sont issus, en métamorphosant le parti en vaste mouvement. « Elle est là, la clé : dans la sortie du cadre conventionnel des partis pour vraiment donner les clés de l’organisation aux gens sur le terrain. C’est comme ça qu’on va gagner », a soutenu l’ex-figure de proue du Printemps érable.

« Pas n’importe quelle femme » parmi les chefs

Manon Massé participera, selon toute vraisemblance, aux débats des chefs télévisés. En dépit de la fragmentation des médias, ces rendez-vous télévisés demeurent des moments forts d’une campagne électorale québécoise. « J’ai des nouvelles pour vous : la petite fille de Windsor, elle va brasser la cage ! » a-t-elle dit à la presse.

D’ailleurs, la perspective de ne voir aucune femme aspirer à la fonction de premier ministre — et participer aux débats des chefs — a aussi nourri leur réflexion respective. « On est au Québec, ça ne se peut pas. Je suis féministe », a dit Mme Massé.

« Ç’a fait partie de ma réflexion », a poursuivi M. Nadeau-Dubois. « C’est quand même spécial, un débat des chefs où la moitié des personnes au Québec ne seraient pas représentées », a-t-il dit, tout en notant que Manon Massé n’est « pas n’importe quelle femme ».