La CAQ part à la conquête de l’est du Québec

Campée à Québec et dans le 450, la CAQ manque de racines dans les régions du Québec. Or des ouvertures se profilent pour le parti, notamment aux portes du Bas-Saint-Laurent. Le Devoir s’est rendu sur place.

Cette semaine, tous les regards étaient tournés vers La Pocatière, dans la circonscription de la Côte-du-Sud. À cause des incertitudes de Bombardier, bien sûr, mais aussi de la vague de mécontentement envers la réforme Barrette.

Infirmier à la retraite, Jean Martin fabrique des épinglettes en forme de coeur avec un « K » au centre pour dénoncer la réduction des services de santé dans le Kamouraska. « Depuis la loi 20 en santé, on a perdu beaucoup de poids décisionnel et il y a une diminution des services de proximité », déplore-t-il.

L’été dernier, des milliers de personnes ont marché dans les rues de La Pocatière pour dénoncer l’absence d’anesthésistes à l’hôpital. Un événement monstre pour une ville de quelque 4000 personnes. En janvier, on y lançait la campagne « J’ai mes soins à coeur dans le Kamouraska ». Entre 4000 et 5000 épinglettes ont été distribuées depuis.

Or, pour l’heure, le mouvement n’est aligné sur aucun parti. « On pourrait être “fatigants” pour la plupart des partis. On veut suivre les candidats dans la région pour leur poser des questions », dit M. Martin, qui insiste sur le fait que son mouvement est « apolitique ».

Actuellement représentée par le PLQ, la Côte-du-Sud est aux frontières de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent. Le député actuel, Norbert Morin (PLQ), quitte la politique et la circonscription est jugée de plus en plus prenable par les caquistes.

« Dans la Côte-du-Sud, c’est extrêmement positif, la réponse, lance Sébastien Bouchard-Théberge, un organisateur local de 28 ans. On est en train de bâtir la structure pour accueillir le candidat. » Le jeune technicien en pharmacie concède toutefois que la CAQ a peu de racines dans la région. Lui-même, d’ailleurs, vit et travaille dans une pharmacie… à Lévis.

L’appel aux libéraux déçus

De passage jeudi dans la région, le chef François Legault respirait l’optimisme. « Je sens un engouement actuellement pour chaque comté dans le Bas-Saint-Laurent. J’ai plusieurs CV de personnes qui veulent être candidates. » Au terme d’une visite de l’usine Bombardier, il a reproché à Philippe Couillard de ne pas avoir requis plus de contenu québécois dans le REM. Ici, la CAQ vise clairement les libéraux déçus. « Il y a une partie des gens dans la région qui ne sont pas souverainistes. Avant, il n’y avait pas d’autre option, a-t-il ajouté. Là, il y en a une qui s’appelle la CAQ. »

Reste à savoir si la population y croira. Jeudi, les médias n’ont pas pu mesurer l’accueil que les travailleurs de l’usine ont réservé à M. Legault, la visite et la rencontre se déroulant à l’abri des caméras.

Chose certaine, le passage de M. Legault dans la région a été suivi de près par le PLQ. Quelques heures plus tôt, Philippe Couillard donnait des entrevues à la radio locale pour parer les attaques. Plus tôt cette semaine, il avait multiplié les déclarations à l’intention des gens de La Pocatière. « Les gens de La Pocatière savent très bien qu’on a toujours été avec eux sur une multitude d’enjeux et qu’on va être encore avec eux, maintenant, sur cette question-là, disait-il à propos de Bombardier. Oubliez pas que si on écoute monsieur Legault, y a pas de couverture cet été en anesthésie à La Pocatière », lançait-il plus tôt en mêlée de presse.

Créée en 2012, la circonscription de la Côte-du-Sud est constituée de la fusion de Montmagny-L’Islet et d’une partie de l’ancienne circonscription de Kamouraska, jadis représentée par le libéral Claude Béchard. Plus conservateur et plus proche de Chaudière-Appalaches, le secteur Montmagny-L’Islet semble être un terreau fertile pour la CAQ.

Au fur et à mesure qu’on progresse vers l’est, le portrait est moins clair. En Gaspésie et à Rimouski, le Parti québécois demeure très fort, et à Matane, Pascal Bérubé a récolté plus de 60 % des votes en 2014.

Reste le cas particulier de Rivière-du-Loup, où l’Action démocratique du Québec (ADQ) a fait ses premiers pas il y a déjà 24 ans. Mario Dumont y aurait-il laissé des traces que la CAQ pourrait exploiter ?

Super Mario

Rien n’est moins sûr. Selon les stratèges du parti consultés par Le Devoir, la CAQ a beaucoup moins de chances de l’emporter là que dans Côte-du-Sud. Le parti n’y a pas de base militante ni de comité d’action local (CAQ) du parti, comme c’est le cas dans la Côte-du-Sud.

Certes, personne n’a oublié « Super Mario ». « S’il avait continué à se présenter comme député, il serait encore là, lance le préfet de Rivière-du-Loup, Michel Lagacé. C’est l’enfant chéri du coin. »

Le veston du préfet arbore une épinglette des patriotes. M. Lagacé s’est souvent présenté dans le passé pour le Parti québécois, mais pas cette fois-ci. « Je vois le bleu pâle qui descend vers ici », dit-il en parlant de la CAQ.

Les électeurs sont aussi restés très attachés à feu l’ancien ministre libéral Claude Béchard, qui « avait une voix forte au Conseil des ministres » pour défendre la région, fait-il remarquer. Quant à l’actuel député libéral Jean D’Amours, il ne jouit certes pas de la même influence, mais on le dit très enraciné dans le milieu.

En même temps, les Louperivois ont montré qu’ils voulaient du changement aux dernières élections municipales en mettant dehors le maire sortant au profit de la nouvelle mairesse Sylvie Vignet.

Ce mouvement pourrait-il marquer les élections de l’automne ? « Les citoyens, ce qu’ils veulent, c’est être beaucoup plus près de leurs élus, note Mme Vignet. Souvent, ces gouvernements-là sont loin de la population. C’est sûr que nous, on est chanceux, on a quand même un député très proche. Mais quand même, les paroles toutes faites, les gens n’en veulent plus. »

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