Leur enfant assassiné, ils sont abandonnés par l’État

La vice-chef du PQ, Véronique Hivon, a demandé au gouvernement libéral de faire preuve de plus de «compassion» envers les parents d’enfants assassinés.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La vice-chef du PQ, Véronique Hivon, a demandé au gouvernement libéral de faire preuve de plus de «compassion» envers les parents d’enfants assassinés.

Québec doit mieux répondre aux besoins des parents d’enfants assassinés, clame le Parti québécois (PQ).

Ces parents sont rarement reconnus comme des victimes aux yeux du régime public, bien qu’ils vivent une douleur extrême. Leur temps de psychothérapie est limité et leurs dépenses pendant les procès ne sont pas remboursées.

Les familles ne cessent de s’appauvrir, a déploré Nancy Roy, directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD).

« J’ai vu des parents dormir dans leur voiture », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale jeudi. « J’ai vu des parents d’enfants assassinés se faire refuser le restaurant au palais de justice parce qu’ils avaient une boîte à lunch. »

« Pourtant, le présumé assassin, lui, a droit à l’aide psychologique, financière de réinsertion sociale et professionnelle », s’est-elle indignée.

Par ailleurs, les parents dont les enfants ont été assassinés à l’étranger ne reçoivent aucune aide psychologique du gouvernement québécois, a relaté avec chagrin Isabelle Tremblay, la mère d’Audrey Carey, 23 ans, qui a été assassinée à San Francisco le 3 octobre 2015.

Tout au plus, ils reçoivent 1000 $ du gouvernement fédéral pour aider au paiement des frais funéraires, selon Mme Tremblay.

La vice-chef du PQ, Véronique Hivon, a demandé au gouvernement libéral de faire preuve de plus de « compassion » envers les parents d’enfants assassinés, qui vivent « un drame qui n’a absolument aucune commune mesure avec ce que le commun des mortels peut vivre au quotidien ». Un changement de directive s’impose, selon elle.

Mme Hivon a souligné qu’en 2016, la protectrice du citoyen reprochait déjà au régime public d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) son « interprétation restrictive de la loi ».

Le PQ et l’AFPAD demandent donc à ce que :

les familles des enfants assassinés soient reconnues comme des victimes et reçoivent de l’aide psychologique, tant et aussi longtemps qu’elles en ont besoin ;

qu’elles reçoivent de l’aide financière lors des procès ;

que les mots « hors Québec » soient retirés de l’IVAC pour que les parents d’enfants assassinés à l’extérieur de la province aient également droit à une reconnaissance et à de l’aide psychologique.

« On a amplement les moyens au Québec de répondre à cette demande-là », a ajouté Mme Hivon. Selon elle, un surplus de 40 millions dort présentement dans le Fonds d’aide aux victimes d’actes criminels.

La ministre de la Justice sensible

Interpellée sur cette question au Salon bleu, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a déclaré que son gouvernement a répondu aux recommandations de la protectrice du citoyen et a investi « plus que tout autre gouvernement » pour améliorer l’IVAC.

Dans la dernière année, 129,7 millions en fonds publics ont servi à indemniser les victimes, a-t-elle dit, en précisant avoir augmenté le programme d’indemnisation de 54 millions en juin dernier pour améliorer le traitement des dossiers et « justement voir à mieux accompagner les individus ».

La ministre affirme par ailleurs avoir donné le mandat, en novembre, à la direction de l’IVAC d’élaborer un programme pour le remboursement des dépenses lors des procès. « J’aurais aimé ce matin pouvoir annoncer le programme, mais ce n’est pas tout à fait peaufiné », a-t-elle dit.