Aussant réintègre le Parti québécois, sa «famille naturelle»

Le retour au Parti québécois de Jean-Martin Aussant sera-t-il imité par d’autres souverainistes qui ont quitté le parti au cours des dernières années?
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le retour au Parti québécois de Jean-Martin Aussant sera-t-il imité par d’autres souverainistes qui ont quitté le parti au cours des dernières années?

Il sera candidat, conseiller et « futur responsable du secrétariat à l’indépendance du Québec » : Jean-Martin Aussant a confirmé jeudi son retour dans le giron du Parti québécois (PQ). Une prise qui, de l’aveu de Jean-François Lisée, vise à rassurer ceux qui doutent de son ardeur souverainiste.

« C’est un choix tout naturel de revenir dans ma famille naturelle », a soutenu M. Aussant jeudi après-midi, devant un mur de caméras et de journalistes réunis à la permanence du PQ. Jean-François Lisée (chef) et Véronique Hivon (vice-chef) étaient présents à ses côtés pour ce que M. Lisée estime être « une étape importante sur le chemin des victoires ».

Avant d’être candidat en octobre prochain, M. Aussant sera conseiller des deux leaders avec le mandat de « faire la conception et la promotion de l’indépendance ». Il conseillera aussi l’opposition officielle sur les thèmes de la métropole et de l’entrepreneuriat.

Plus symboliquement, le retour de M. Aussant s’articule autour d’un projet que lui confie Jean-François Lisée… et qui marque une complète volte-face du chef du PQ. Ce dernier avait promis de ne pas « dépenser un sou de fonds publics pour son option pendant [un premier mandat] » ? Il avait dit que « cet engagement doit être en fer forgé » ? Il a aujourd’hui changé d’avis.

Jean-Martin Aussant aura ainsi le mandat de mettre à jour des études sur la souveraineté, si le PQ est élu. Et ce mandat impliquerait des fonds publics, a confirmé M. Lisée. « Il m’a convaincu que ce n’est pas une question partisane de mettre à jour et de produire des études sur l’indépendance », a soutenu le leader péquiste, faisant valoir qu’il ne s’agit pas de faire la promotion de l’option, mais de la documenter.

M. Lisée a indiqué « que ça ne remet pas en cause [son] engagement » à ne pas tenir de référendum dans un premier mandat.

Jean-François Lisée s’est montré très heureux d’avoir pu ramener Jean-Martin Aussant au bercail péquiste. Il y voit « un signal très fort [pour les] gens qui ont compris qu’on mettait la souveraineté de côté. On ne la met pas en veilleuse, on la met en lumière, a-t-il souligné. C’est sûr que l’arrivée de M. Aussant consolide et donne de la crédibilité à notre message », croit-il.

Un paysage différent

Sept ans après avoir claqué la porte du PQ — et cinq ans après son départ de la chefferie d’Option nationale, désormais fusionnée à Québec solidaire —, M. Aussant a justifié son retour en disant que « le paysage a beaucoup changé, les forces en place ont changé, la dynamique a changé ».

« Aucun parti n’a le monopole de la souveraineté, aucun parti n’a le monopole des idées collectives ni des bonnes idées économiques. Mais c’est au PQ qu’on retrouve la combinaison idéale de ces trois éléments fondamentaux pour l’avancement du Québec », estime Jean-Martin Aussant, qui a quitté ses fonctions de directeur général du Chantier de l’économie sociale.

Si le CV de M. Aussant montre qu’il ne reste jamais longtemps au même endroit (depuis 21 ans, il n’a jamais fait plus de 4 ans dans une même fonction), il disait jeudi qu’il « espère bien être [au Parti québécois] jusqu’à ce que la souveraineté soit réalisée ».

Lisette Lapointe ravie

Le retour de Jean-Martin Aussant n’a pas ému le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui l’a comparé à un « poids lourd pour les journalistes », mais peu connu du grand public.

D’autres anciens péquistes se sont montrés passablement plus heureux. Lisette Lapointe, qui avait quitté le PQ quelques jours avant lui, a ainsi indiqué au Devoir qu’elle va « minimalement reprendre [sa] carte » de membre du parti.

Mme Lapointe parle d’un retour qui « emballe » d’autres anciens collègues, et prédit que ce pourrait « être assez contagieux ». Son défunt mari, Jacques Parizeau, est souvent présenté comme le père spirituel de M. Aussant.

Comme elle, l’ex-député de Borduas Pierre Curzi a salué les plus récentes décisions de Jean-François Lisée, qui s’est adjoint Camil Bouchard et a nommé Véronique Hivon vice-chef du PQ. « Je salue le retour de gens de conviction autour de M. Lisée. […] C’est de l’énergie. »

L’ex-premier ministre péquiste Bernard Landry s’est pour sa part montré plus critique de la feuille de route de Jean-Martin Aussant, pour qui il dit néanmoins avoir « beaucoup d’estime ». « Son parcours pose certaines questions. Il fonde un parti qui divise le vote indépendantiste et là, il abandonne le parti qu’il a fondé pour revenir au parti qu’il avait choisi. Ce n’est pas clair, disons », a-t-il affirmé.

M. Landry a réitéré son appui à Maxime Laporte, candidat à l’investiture dans Pointe-aux-Trembles — circonscription où plusieurs voient M. Aussant.


Avec Isabelle Porter

QS a négocié avec Aussant

Québec solidaire (QS) a admis jeudi avoir tenté d’éloigner Jean-Martin Aussant de sa « famille naturelle » pour le rapprocher de celle qu’il a fondée — puisqu’Option nationale et QS ont fusionné en décembre. « C’est vrai qu’il y a eu des discussions entre M. Aussant et Québec solidaire, jusqu’à tout récemment », a admis Gabriel Nadeau-Dubois. « Quand on a parlé avec Jean-Martin Aussant, dans les derniers mois, on ne parlait pas de la météo. […] On est à six mois des élections », a-t-il ajouté, sans s’avancer davantage sur la teneur des échanges. Le député solidaire a dit ne pas être « déçu » de la décision de celui avec qui il a mené l’initiative « Faut qu'on se parle ». « [Le PQ], c’est son port d’attache, son parti d’origine », a-t-il dit. L’ex-chef d’Option nationale, Sol Zanetti, a dit comprendre que la « tentation » puisse être grande de « mettre ses espoirs au PQ », parce que le parti détient davantage de sièges à l’Assemblée nationale. « Mais je n’ai jamais vu ces espoirs-là […] satisfaits et ces énergies-là récompensées dans les 23 dernières années », a-t-il ajouté. 

 

Marie-Michèle Sioui
13 commentaires
  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 23 février 2018 05 h 44

    Les études sur le fédéralisme se font d'une certaine façon avec l'argent public, dont L'idée fédérale. Les auteurs auraient pu le mentionner dans leur article mais ils ont préféré parler uniquement de l'argent public qu'un indépendantiste s'apprête à utiliser.

    • Robert Bernier - Abonné 23 février 2018 12 h 50

      Il ne se fait pas d'études sur le fédéralisme. Mais il se fait beaucoup de propagande et celle-ci est en effet faite avec les deniers publics.

      Robert Bernier

  • Patrick Boulanger - Abonné 23 février 2018 05 h 45

    « Son parcours pose certaines questions. Il fonde un parti qui divise le vote indépendantiste et là, il abandonne le parti qu’il a fondé pour revenir au parti qu’il avait choisi. Ce n’est pas clair, disons »?

    M. Landry, on ne peut pas abandonner un parti qui n'existe plus. Votre propos ne tient pas la route!

    • Daniel Bérubé - Abonné 23 février 2018 18 h 45

      Reconnaissons une chose... quand il a quitté le PQ, es-ce que la souveraineté était toujours le point no. 1 au programme du PQ pour les prochains ? En tout cas, c'était le point no. 1 d'Option Nationale...

  • Raynald Rouette - Abonné 23 février 2018 06 h 43

    Le travail en équipe, la clef du succès


    Ça veut dire aussi mettre les égos de côté... J.F. Lisée démontre une capacité insoupçonné de rassembleur, c'est tout à son honneur. La dynamique de la joute politique «discours» d'ici le 1er octobre vient de changer complètement.

    Le 1er octobre prochain les Québécois auront des choix à faire comme: Opter à nouveau pour la «Sociale démocratie» ou le statu quo (colonialisme). Sortir de la torpeur envahissante dans laquelle le Québec est plongé depuis 1995. Et surtout se respecter et se faire respecter par le ROC comme au temps de René Lévesque et Jacques Parizeau. Vivre le Québec libre!

  • Michel Lebel - Abonné 23 février 2018 07 h 30

    Désarroi!

    De volte-face en volte-face, de conseillers à conseillers, à la cheffe, Lisée ne semble plus à quel saint se vouer pour sauver les meubles. Aussant ne fera pas une grande différence. La population voit bien le désarroi du PQ et elle passera à autre chose lors de la prochaine élection.

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 février 2018 11 h 17

      Quand on voit des personnes éduquées comme Me Lebel se complaire dans la colonisation du Québec,
      il y de quoi désespérer pour le futur de notre peuple,de sa langue,son histoire et sa culture .Le"bashing"
      du ROC et d'Ottawa (ses lois et sa cour qui penche toujours contre nous),Il faut etre tres peu fier pour
      accepter de mourir sous ce régime iniquitble depuis toujours."Ave César ceux qui vont mourir,te saluent".

    • Pierre R. Gascon - Abonné 24 février 2018 17 h 21

      Maître Lebel, n'oublions pas que Jean-François Lisée joue pour gagner; son jeu est clair, ses cartes se discartent graduellement, dans le temps et l'espace. Je sais qu'il lui sera difficile de vous surprendre, mais voilà les éléments de la démocratie sont ainsi.

  • Jean Lapointe - Abonné 23 février 2018 08 h 13

    Il a peut-être changé lui aussi. Pourquoi pas?

    « Son parcours pose certaines questions. Il fonde un parti qui divise le vote indépendantiste et là, il abandonne le parti qu’il a fondé pour revenir au parti qu’il avait choisi. Ce n’est pas clair, disons », a affirmé Bernard Landry.

    C'est vrai qu' on ne peut pas ne pas se poser des questions face à cela.

    Mais je me dis qu'il a peut-être changé. Il n'y a rien de honteux là-dedans si c'est le cas.

    L'important c' est qu'il s'est rallié au Parti québécois. On pourra le juger à ce qu'il fera.

    Merci à Jean-François Lisée de tenter de rallier le maximum possible de souverainistes en vue de l'élection du 1er octobre prochain.

    • Raynald Rouette - Abonné 23 février 2018 09 h 29


      Pour M. Landry... «Un homme qu'on ne peut pas persuader est un homme qui fait peur». Camus

    • Solange Bolduc - Inscrite 23 février 2018 12 h 05

      @M. Rouette
      Quelle preuve avez-vous ou qu'a M. Landry, que quelqu'un quelque part ne l'aurait pas persuadé qu'il vaudrait mieux emprunter cette nouvelle avenue (ou rebrousser chemin)?
      On fait dire tellement de choses au gens , sans savoir !

    • Pierre R. Gascon - Abonné 23 février 2018 20 h 52

      Depuis qu'il n'a obtenu que 76,2% au congrès du mois de juin 2005, ce monsieur Landry ne fait que le trouble fête; souvent, son point de vue interrompt la joie d'une discussion.

      Ce monsieur est rarement content ...ne sait-il pas qu'il a contribué depuis lors à la baisse dans les sondages et les résultats électoraux.

      Un peu de dignité monsieur, pour le bien de tous.