Jean-Martin Aussant reprend du service au Parti québécois

Jean-Martin Aussant 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-Martin Aussant 

Jean-Martin Aussant rentre d’exil. Il effectuera son retour au Parti québécois jeudi après-midi, soit près de sept ans après lui avoir tourné le dos.

L’économiste agira comme « conseiller spécial » du chef du PQ, Jean-François Lisée, d’ici au scrutin du 1er octobre prochain, a appris Le Devoir. L’annonce sera faite jeudi après-midi au quartier général du PQ à Montréal.

Camil Bouchard et Évelyne Abitbol jouent déjà ce rôle au sein du parti politique : M. Bouchard en matière de famille et de petite enfance ; Mme Abitbol en matière de diversité.

Jean-Martin Aussant entend non moins porter les couleurs du PQ lors des prochaines élections générales. D’ailleurs, il a dans sa mire la circonscription de Pointe-aux-Trembles, qui sera vacante après le départ de la députée sortante, Nicole Léger. En effet, la doyenne des élues à l’Assemblée nationale a expliqué, il y a un mois, qu’elle ne briguera pas une nouvelle fois les suffrages.

 

Ni une ni deux, le président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, Maxime Laporte, avait annoncé sa candidature à l’investiture du PQ dans cette circonscription de l’est de Montréal, prenant de court l’état-major du parti.

La perspective de participer à une assemblée d’investiture n’enchante pas M. Aussant, selon des informations recueillies par Le Devoir de diverses sources. Mais tout candidat, vedette ou quidam, est tenu de « faire le travail de parti avec les membres et les militants comme n’importe qui d’autre », a averti le chef du PQ, Jean-François Lisée, à la mi-janvier.

M. Laporte, qui bénéficie notamment de l’appui de l’ancien premier ministre Bernard Landry, ne semblait pas enclin mercredi à plier l’échine au profit du fondateur d’Option nationale, Jean-Martin Aussant. Il a d’ailleurs tenu un rassemblement il y a à peine 48 heures. « C’est très beau de voir tous ces gens venus pour me soutenir et déterminés à faire avancer l’indépendance », a-t-il écrit sur le réseau social Twitter mercredi. Le Devoir a tenté de joindre M. Laporte, en vain.

M. Aussant envisage un retour au sein du PQ depuis plusieurs semaines. Il avait posé ses conditions, dont celle de se voir assigner une « bonne » circonscription dans la région métropolitaine, a expliqué un membre influent du parti au Devoir.

La circonscription de Vachon, qui est actuellement représentée à l’Assemblée nationale par la « députée indépendante indépendantiste et amie du Parti québécois » — et chef du Bloc québécois — Martine Ouellet, a été considérée… avant l’annonce du départ de Mme Léger.

Appels du pied aux indépendantistes

Plusieurs misent sur le retour de M. Aussant afin de gonfler les appuis au PQ, notamment auprès des indépendantistes démobilisés par la promesse du chef péquiste de ne pas tenir de référendum sur l’indépendance dans un premier mandat. (La formation politique recueillait 20 % des intentions de vote, selon un sondage Léger-Le Devoir publié le 27 janvier dernier.)

M. Lisée appelle les indépendantistes à se serrer les coudes autour du PQ. « Si on veut l’indépendance, il faut prendre le train du Parti québécois en 2018. Parce que si on vote pour la CAQ ou pour le Parti libéral, on va dans le sens inverse », répète-t-il inlassablement depuis trois mois.

Afin de renforcer cette image, M. Lisée pourrait aussi revenir sur sa promesse de ne pas utiliser de fonds publics pour faire la promotion de la souveraineté dans un premier mandat.

Ego mis de côté

Après la désignation de l’élue de Joliette, Véronique Hivon, au poste de vice-chef — qui a été taillé sur mesure pour elle —, M. Lisée montre une nouvelle fois sa « capacité à additionner » même des individus vus comme d’éventuels prétendants à la direction du PQ. « S’il veut gagner, il faut qu’il monte une bonne équipe. Il comprend ça. Il n’a pas d’ego sur ces questions-là », fait valoir un membre important du parti.

Retour au bercail

Jean-Martin Aussant est élu député du PQ dans la circonscription de Nicolet-Yamaska en 2008.

En juin 2011, il dit avoir échoué à « convaincre ses concitoyens que le Québec a tout à gagner à devenir un pays souverain », et ensuite pour « faire au plus vite de la politique différemment » en raison des personnes « aux commandes, tous partis confondus, [qui] ne partagent pas cette vision des choses ». Il déserte le PQ, emboîtant le pas à Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin.

Il siège comme député indépendant avant de fonder Option nationale, un nouveau parti souverainiste. Le politicien reste à la tête de la formation jusqu’en 2013 avant de céder sa place à Sol Zanetti et de mettre le cap sur Londres.

M. Aussant dirige le Chantier de l’économie sociale du Québec depuis 2015, ce qui ne l’a pas empêché de prendre part, en 2016, aux consultations citoyennes « Faut qu’on se parle » avec Gabriel Nadeau-Dubois.

Au printemps 2016, M. Aussant n’a pu s’empêcher de partager son étonnement face à la promesse de Lisée de reporter à un second mandat (2022-2026) la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance du Québec. Sur sa page Facebook, il avait appelé les partis politiques à « assume[r] face à l’électorat » leur « raison d’être ». « Ça s’appelle tout simplement être démocrate. »

Un stratège libéral à la langue bien pendue a salué le retour dans l’arène politique d’une personnalité dont « la notoriété médiatique est inversement proportionnelle à sa notoriété dans la population ».

29 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 22 février 2018 04 h 31

    Excellent!

    Monsieur Aussant est un homme d’une grande rigueur intellectuelle et d’une grande rectitude politique. Il est aussi l’homme capable de nous faire comprendre l’intérêt économique et social de faire du Québec un pays.

    À la fondation de l’Option nationale, il avait clairement fait valoir qu’il faudrait se saborder et rentrer dans les rangs du Parti québécois quand il serait clair qu’On y reviendrait à la raison première de la création du PQ. On en est là!

    La meilleure équipe de personnes compétentes avec le meilleur programme politique qui correspond vraiment à nos besoins réels comme à nos attentes légitimes. C’est ce qu’il y aura à faire valoir au cours des prochains mois.

    Toujours vivant! Et en très bonne santé, le PQ. Qu’on se le dise.

    • Pierre Fortin - Abonné 22 février 2018 19 h 27

      « On ne fait pas un pays pour ses aïeux; on fait un pays pour ses enfants.»

      En effet ! Comme le disait Gustav Mahler, « La tradition n'est pas la vénération des cendres, elle est la passation du feu. »

  • Yvon Pesant - Abonné 22 février 2018 04 h 47

    Le pays

    J’allais oublier.

    On ne fait pas un pays pour ses aïeux; on fait un pays pour ses enfants.

    De toutes les origines et de toutes les couleurs, certes. Mais avec une culture, une langue et un avenir commun qui lui sont propres.

    Un pays comme territoire et un pays comme terroir. Riche de ses gens et riche de ses ressources.

  • Claude Bariteau - Abonné 22 février 2018 06 h 42

    Voilà une nouvelle importante.

    Le retour de M. Aussant, un indépendantiste convaincu, économiste formé à l'école de M. Parizeau, augmentera les appuis au PQ dans le Grand Montréal, aussi dans le 450, peut-être moins à Québec, mais dans les régions avoisinantes sûrement.

    Si M. Péladeau fait un retour actif au PQ, ce parti sera en position pour mener une lutte importante à la CAC, au PLQ et à QS.

    Il y a plus. M. Aussant n'est pas un nationaliste culturel qui veut faire un pays sur cette base. Sa vision, proche de la sociale-démocratie de Jacques Parizeau, s'appuie sur la citoyenneté et diffère des tenants de la thèse de la convergence et d'une « nation » pré-existante.

    Je l'imagine d'ailleurs ouvert à une élection de type plébiscite à double majorité qui, pour Jacques Parizeau, serait rouler en cadillac.

    Voilà qui pourrait changer la donne pour penser de faire un pays avec les habitants du territoire du Québec pour qui il est leur patrie.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 22 février 2018 17 h 01

      @ CB Pourriez-vous être plus explicite sur cette "cadillac" que serait une "élection de type plébiscite à double majorité"...J'ai beau chercher sur Internet...c'est difficile de s'y retrouver...et j'aimerais comprendre. Merci.

  • Raynald Rouette - Abonné 22 février 2018 06 h 54

    Une très très bonne nouvelle


    Pour résister aux impostures de la peur.

    Pour que la sociale démocratie revienne au Québec!

  • Léonce Naud - Abonné 22 février 2018 07 h 01

    Un mot pour Jean-Martin Aussant


    Un référendum n'est qu'une photo de l'opinion, rien de plus. Cette idée que le Québec devrait parvenir à quelque chose de sérieux par référendum est née à l'époque où le parti Québécois était dirigé par un quarteron de joueurs de poker alors que les Québécois - tout comme les Normands, les Russes et bien d'autres - préfèrent de beaucoup le jeu de dames ou bien le jeu d'échecs, jeux de stratégies et de manoeuvres à plus long terme. Il est temps d'en finir avec la sacro-sainte option référendaire. La Catalogne vient d'ailleurs d'apprendre à ses dépens les limites concrètes d'un tel exercice.

    • Pierre Samuel - Abonné 22 février 2018 09 h 17

      Parfaitement d'accord, cher ami ! Comme le clamait l'immortel Léo Ferré, à un certain moment : " Y'en a marre ! "

      Salutations cordiales !.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 février 2018 10 h 02

      De nos jours, un référendum est la seule garantie d'une décisions démocratique. Aucun pays ne reconnaitrait un Québec déclaré indépendant par simple déclaration de l'Assemblée nationale, surtout si le parti au pouvoir n'a pas reçu la majorité des voix. Le cas de la Catalogne est très différent; on dira ce qu'on veut du Canada, mais le fait est qu'il n'a pas envoyé son armée empêcher la tenue des référendums de mai 80 et d'octobre 95.

    • Michel Blondin - Abonné 22 février 2018 13 h 18

      M Léonce Naud,
      Votre allusion est intéressante pour le référendum.
      Comme en Catalogne prise avec un pouvoir central qui abuse, le pouvoir central d’Ottawa abuse de ses pouvoirs. Toute loi fédérale prime sur toute loi d’un État fédéré est une forme d’intrusion dans la fédération qui aurait été souhaitée par les Québécois nationalistes. L’État central contrôle les nominations des juges en Cour supérieure, d’appel et suprême. En temps opportun, ces pouvoirs peuvent servir contre le Québec. À preuve, le juge en chef de la Cour suprême Bora Laskin ami de Trudeau a fait tout ce qu’il pouvait et un peu plus pour faciliter le pouvoir exécutif et le rapatriement de la constitution de 1982 au point d’être sujet à un coup d’État.

      Le référendum doit se faire en finale et non au départ. Le Parti Québécois doit de toute façon se dire en préparation de l’Indépendance. Il a tous les avantages du mandat relié à une déclaration progressive d’indépendance. Il doit donc agir avec des gestes d’éclats comme enlever les symboles monarchiques et de la religion anglicane dans l’enceinte du pouvoir. Voter une loi sur l’élaboration de la constitution indépendantiste en passant par une approche citoyenne. Doubler le rôle du lieutenant-gouverneur en transférant une partie du budget sur le poste de président de la conformité des actes parlementaires et de transition des gouvernements.

      Il doit minimiser les affrontements et maximiser les ententes ROC-Québec. Et faire un pont de force avec le Bloc Québécois. Il doit augmenter son rapport de force politique et stratégique.

      Bref, comme vous le dites, les jeux de stratégies qui construisent les consensus doivent dominer.