Le spectre de #MoiAussi hante les partis politiques

Vérification des antécédents judiciaires, questionnaire « intrusif », longue entrevue : les partis politiques se lancent aux trousses des squelettes dans le placard de leurs recrues.
Dans la foulée du mouvement #MoiAussi, ils cherchent par tous les moyens à détecter et écarter toute personne ayant des antécédents de harcèlement psychologique ou sexuel parmi celles désireuses de briguer les suffrages. Les partis politiques demeurent toutefois tributaires de la parole de leurs candidats potentiels, a constaté Le Devoir à moins de huit mois des prochaines élections générales.
Un candidat qui a commis des actes d’intimidation ou de harcèlement ne passera pas, cette fois-ci, entre les mailles du filet, assure l’organisatrice en chef du Parti libéral du Québec, Josée Lévesque, au lendemain de la vague de dénonciations, qui a notamment secoué sa formation politique.
Le « traumatisme Louis-Hébert » demeure aussi frais à l’esprit du PLQ. Son candidat vedette Éric Tétrault avait été contraint d’abandonner la course après la mise au jour d’un rapport d’enquête commandé par son ex-employeur ArcelorMittal. L’homme avait harcelé psychologiquement deux femmes, en plus d’intimider et de menacer des employés, pouvait-on lire dans le document. Le hic : le PLQ a dit n’avoir jamais eu vent des faits reprochés à M. Tétrault avant d’avoir misé sur lui pour préserver Louis-Hébert dans le giron du PLQ.
Josée Lévesque a pris bonne note de la consigne du premier ministre Philippe Couillard « d’examiner et de resserrer le plus possible le processus [de sélection des candidats] » au sein de sa formation politique.
Elle s’y est attelée, indique-t-elle. Elle a notamment révisé au fil des dernières semaines le formulaire destiné aux candidats potentiels. En plus de confier à une firme privée spécialisée la tâche de scruter leur passé, Josée Lévesque rencontre une à une les personnes pressenties pour porter les couleurs du PLQ. Elle leur demande de la regarder dans les yeux, puis les interroge sur leur passé. Ces derniers s’engagent, par écrit, à lui exposer toute la vérité. L’organisatrice politique aguerrie veut avoir l’heure juste. Elle a en horreur les mauvaises surprises. Elle veut retenir ou rejeter une candidature en toute connaissance de cause.
Test réussi par presque tout le monde
Pour l’instant, toutes les personnes interviewées en vue de la prochaine campagne électorale ont passé le test, précise Mme Lévesque. « Et, en 2014, ce n’est pas arrivé… sauf un [candidat potentiel] qu’on a rejeté. On avait eu une plainte. On l’a rencontré », relate-t-elle au Devoir.
En revanche, les élus sortants Gerry Sklavounos et Pierre Paradis ont, eux, passé le filtre libéral de 2014. Des allégations de comportements inappropriés ont fait surface durant la 41e législature.
Par ailleurs, chaque candidat doit s’engager, par écrit, à respecter à la lettre le Code d’éthique et de déontologie qui a été adopté par les membres du PLQ avant les élections générales de 2014, ajoute l’organisatrice en chef. Le document rédigé par le député — et ex-policier — Robert Poëti prescrit à toute personne d’« agir avec respect et équité à l’égard de toute personne » et proscrit « le sexisme », entre autres choses.
Les députés sortants ou anciens députés libéraux doivent aussi y adhérer. Du coup, il apparaît fort improbable que M. Sklavounos ou encore M. Paradis aient le feu vert pour réintégrer l’équipe libérale à la faveur des prochaines élections générales, souligne-t-on au Devoir.
Les autres partis politiques croient aussi être en mesure de reconnaître et de disqualifier tout individu coupable d’intimidation, de harcèlement ou d’inconduite sexuelle — à commencer par ceux ayant fait l’objet de plaintes (formelles ou informelles).
À la CAQ, le chef François Legault se mêle à l’opération. « Quand je le rencontre [le candidat potentiel], je lui pose des questions, affirme-t-il. On fait des vérifications. C’est verbal et par écrit. »
Le processus de sélection des candidats caquistes a d’ailleurs été perfectionné au fil des quatre dernières années, soutient le favori des sondages. « Notre questionnaire ne fait que s’allonger. Nos vérifications aussi. Et on demande la permission à nos candidats d’aller faire toutes les vérifications possibles sur leur passé. »
Au Parti québécois, les candidats doivent, eux aussi, remplir un questionnaire détaillant « leurs implications et leur parcours professionnel », explique le porte-parole Yanick Grégoire. Il n’a toutefois pas été possible de consulter le questionnaire puisqu’il « n’est pas de nature publique ». Même chose au PLQ et à la CAQ.
« Je vais vous donner l’exemple de Christian ! » lance le chef péquiste, Jean-François Lisée, tout en pointant le candidat du PQ dans Chambly, Christian Picard. « On a regardé d’abord si son CV était véridique. Tout était vrai. On a regardé sur ses réseaux sociaux s’il avait utilisé des images, un langage [inappropriés], etc. [Dans son cas], c’était parfait. On a regardé au plumitif criminel et civil pour voir s’il y avait des causes pendantes. Il n’y avait rien. On fait le tour. » Une fois la vérification de leurs antécédents judiciaires effectuée, les recrues du PQ passent sur le gril du directeur général du parti, Alain Lupien. Celui-ci a plusieurs questions en tête : « Est-ce qu’il a quelque chose qui pourrait rebondir ? On essaie d’aller le plus haut possible. On regarde aussi les dons aux partis politiques. Tout ce qui pourrait intéresser [les médias] et nos adversaires nous intéresse nous aussi », explique M. Lisée.
Chez Québec solidaire, les candidats pressentis doivent remplir une « déclaration » les obligeant à signaler « tout élément qui pourrait porter préjudice au parti ». Le comité d’investiture local ou le bureau national du parti organise par la suite une rencontre avec le candidat. « En douze ans d’existence, nous n’avons jamais eu de mauvaises surprises », mentionne l’attachée de presse de QS, Stéphanie Guévremont. Elle rappelle que les associations locales participent activement au premier tri des candidatures. « Elles sont vigilantes et sont les mieux placées pour connaître leur monde. »
« Moi, par exemple, j’ai gagné l’investiture et, ensuite, je me suis assis avec le comité électoral du parti. On m’a demandé : “Est-ce qu’il y a des choses qu’on devrait savoir ? Est-ce qu’il y a des choses qui iraient contre les valeurs de Québec solidaire ?”, illustre le député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois. On se base sur la bonne foi des gens. »