Barrette promet de mieux prendre soin des infirmières

Des travailleurs de la santé ont manifesté mardi, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des travailleurs de la santé ont manifesté mardi, à Montréal.

D’ordinaire à couteaux tirés avec le principal syndicat d’infirmières au Québec (la Fédération interprofessionnelle de la santé), le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, leur a tendu la main à l’occasion de la rentrée parlementaire.

« Depuis mon arrivée en poste, je suis extrêmement sensible à l’enjeu que soulèvent les infirmières », a déclaré M. Barrette à l’entrée du caucus des députés libéraux mardi. Lors de la période de questions, M. Barrette a en outre souligné que sa propre mère était infirmière. « J’ai été élevé dans une famille de mère monoparentale à 40 ans qui est allée à l’école à 38 ans pour faire un cours d’infirmière auxiliaire, qui a élevé trois enfants sur les quarts de travail », a-t-il raconté en réplique à l’opposition, qui lui reprochait de ne pas prendre la mesure de la détresse des infirmières.

« Quand il s’agit de prendre la mesure […] de cette situation-là, je l’ai prise très tôt dans ma vie. Et j’ai beaucoup d’admiration pour ma mère, d’avoir réussi à faire face à tout ça. Elle était sur des quarts de travail, des shifts, comme on dit. Alors, je le comprends, et je les ai mises en place, les choses. Ça ne va pas assez vite, on va accélérer… »

M. Barrette tenait ces propos quelques heures après la publication d’un sondage démontrant que 61 % des Québécois le jugeaient intransigeant et arrogant et que 70 % estimaient que la situation du système de santé s’était dégradée en trois ans.

Les conditions de travail des infirmières font les manchettes depuis le cri du coeur lancé par la jeune Émilie Ricard la semaine dernière. Épuisée, cette jeune employée d’un CHSLD racontait comment elle devait prendre soin seule d’entre 70 et 76 patients durant son quart de travail, tout en étant forcée de faire des heures supplémentaires. Elle interpellait le ministre Barrette en lui demandant comment il pouvait affirmer que la réforme du système de santé était un succès.

Dès le départ, M. Barrette s’est montré sympathique à la cause de la jeune femme, ce qui ne l’a pas empêché toutefois de dénoncer la dernière campagne publicitaire « hyper négative » de la FIQ. « Il y a une action concertée, c’est clair », disait-il la semaine dernière tout en demandant au syndicat de changer son message. « Venez. Occupez les postes. Ça va régler le problème », disait-il en en soulignant que les heures supplémentaires obligatoires n’étaient « pas la norme » dans le réseau.

Dans le passé, le ministre et le syndicat ont souvent été à couteaux tirés, notamment dans le dossier de la clinique d’infirmières SABSA, pour lequel la FIQ a mené une longue campagne et face auquel M. Barrette avait de sérieuses objections.

Des réponses dans deux semaines

Or mardi, l’heure était à l’écoute envers la FIQ. Le ministre Barrette rencontrait d’ailleurs la nouvelle présidente, Nancy Bédard, en après-midi pour dégager des solutions. « On a eu une conversation très agréable et très ouverte sur les enjeux auxquels on fait face », a-t-il dit à la sortie de la rencontre.

La FIQ et le gouvernement s’étaient entendus en 2015 pour augmenter la proportion d’infirmières travaillant à temps plein et mettre sur pied un projet-pilote pour réduire le ratio de patients par infirmière.

Or plus de deux ans plus tard, les changements ne se déploient pas sur le terrain, déplore la FIQ. Un point de vue dont s’est désolé le ministre lui-même mardi. La question des ratios infirmières-employés « doit être revisitée », a-t-il dit en soulignant que les revendications des infirmières étaient légitimes et qu’il souhaitait leur envoyer un message « d’espoir ».

Comment expliquer un tel retard ? Les causes demeurent floues. À la FIQ, on reproche notamment aux directions des centres intégrés de services sociaux (CIUSSS et CISSS) de bloquer le dossier en refusant de fournir leurs données sur les ratios et heures supplémentaires qui sont appliqués.

Une critique qui a surpris dans les CIUSSS joints par Le Devoir mardi. Au CIUSSS de l’Outaouais, par exemple, la porte-parole a signalé que la diffusion des données ne constituait pas « un enjeu ». Par contre, on assurait être « en train de trouver des solutions à court terme » aux problèmes vécus par les infirmières. Des rencontres entre la direction et le syndicat local de la FIQ étaient d’ailleurs prévues en même temps que la rencontre entre le ministre et la présidence du syndicat à Québec.

Le ministre Barrette, de son côté, n’a pas voulu pointer de responsables pour les retards à appliquer les changements, mais s’est engagé à fournir plus de réponses lors d’une nouvelle rencontre avec la FIQ dans deux semaines. Satisfaite de la rencontre, Mme Bédard a dit que la balle était « dans le camp du gouvernement ».

Toute la journée, le dossier des infirmières avait dominé les échanges au Parlement. Tour à tour, les trois partis d’opposition ont consacré la majorité de leurs interventions de la rentrée à ce sujet. « On a un gouvernement qui a fait beaucoup de choses pour les médecins, mais qui n’a pas rien fait pour améliorer la qualité de vie et la qualité de travail des infirmières, et surtout des patients qui en ont besoin et qui reçoivent ces soins-là », dénonçait la porte-parole péquiste en matière de santé, Diane Lamarre.

Chez Québec solidaire, on reprochait à Gaétan Barrette d’instaurer des « solutions caquistes » dans le réseau de la santé. « Déjà, en septembre 2016, la vérificatrice générale dénonçait la situation, la surcharge de travail, le ratio trop élevé qui mettait en danger des patients », faisait aussi fait valoir Amir Khadir.

Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a préconisé des solutions plus globales pour améliorer la situation des infirmières, telles « une nouvelle entente avec les médecins de famille » et une amélioration des soins de première ligne.

Tous ont fait référence au cri du coeur d’Émilie Ricard à un moment ou à un autre. Son nom a d’ailleurs été mentionné cinq fois pendant la période de questions à l’Assemblée nationale.

Pendant que les députés débattaient, la jeune femme dormait après son quart de travail de nuit. Jointe en début de soirée, elle a dit qu’elle avait « comme tout le monde hâte de voir s’ils [allaient] faire des promesses et les tenir ».

13 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 7 février 2018 02 h 27

    les infirmières sont l'âme dirigeantes

    c'est beau d'avoir de beaux h0pitaux, neufs, mais si l'âme n'y est pas, si les infirmieres sont traitées en subaltènes, rien ne marchera, car dans les faits ,elles sont l'âme dirigeante de tous les hopitaux, et ca, tous les médecins vous le diront

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 février 2018 02 h 53

    Le loup revêtu de la peau de mouton

    « Venez. Occupez les postes. Ça va régler le problème » dit le ministre.

    Accepter d’être mes esclaves et il n’y aura plus de problème.

    La situation actuelle est le résultat final de la réforme Barrette, un ensemble de mesures piratées par le PLQ dans le programme de la CAQ et réalisées par un transfuge de la CAQ qu’est l’homme politique Gaétan Barrette.

    Le ministre a transformé nos établissements de santé en centres de concentration de malades où toute infirmière à plein temps est tenue d’effectuer toutes les heures supplémentaires qu’on lui imposera. Dans les goulags du ministre, la seule manière de faire du plein temps ‘normal’, c’est d’y être embauchée à temps partiel.

    De plus, toute critique est considérée comme un manque de loyauté envers l’entreprise et, conséquemment, sujette à des mesures de représailles.

    Officiellement, la réforme Barrette est un succès : en sous-financement le système de santé en plein vieillissement de la population, le PLQ a dégagé des millions de dollars qui, en cette année électorale, permet au ministre de jouer au Père Noël.

    Le PLQ peut bien se vanter d’avoir rétabli l’équilibre budgétaire : mais on doit se rappeler que le budget de l’État était déjà équilibré lorsque le PLQ a pris le pouvoir en 2003 et que c’est ce parti qui l’a déséquilibré sous Jean Charest.

    Pour terminer, nous devons être conscients qu’un État anémique, saigné à blanc, est un État incapable de s’acquitter de sa mission qui est se servir le peuple. Les Québécois ont besoin d’un État fort et c’est ni le PLQ ni la CAQ qui peut le leur donner.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 février 2018 11 h 13

      Je crois que votre dernière phrase résume votre propos, pour autant que sous couvert de porter sur l'état du réseau il pointait sur la nécessité de voter pour le seul autre parti politique susceptible de former le prochain gouvernement. Et dont le nom m'échappe, comme à bien d'autres :).

    • Marc Therrien - Abonné 7 février 2018 20 h 16

      @ M. Maltais Desjardins,

      Le parti dont on échappe le nom dès qu'on se souvient d'une autre crise impliquant les infirmières et le gouvernement d'un État fort en 1996-1997.

      Marc Therrien

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 7 février 2018 06 h 22

    En fait, Barrette...

    ... la terreur fut son erreur.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 février 2018 11 h 16

      Il demeure un grossier personnage, avec lequel on ne peut que louvoyer, comme avec tous les esprits tordus.

      Comme c’est dommage que nous ayons un tel ministre de la santé!

  • André Tremblay - Abonné 7 février 2018 10 h 21

    Aux infirmières....

    .... méfiez de ce loup qui du jour au lendemain se transforme en mouton ! N'oubliez pas que c'est lui qui a fait la brèche pour entrer au poulailler, qui a bouffé une partie des poules....et qui maintenant s'offre pour colmater la brèche.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 février 2018 13 h 30

      paternaliste, va.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 7 février 2018 10 h 35

    Intéressante photo M. Nadeau!

    Très suggestive...