La CAQ accusée de «magouiller» pour faire capoter le monorail

Un nouveau chapitre du feuilleton politique du projet de liaison «futuriste» entre Québec et Montréal s’est ouvert mercredi.
Photo: iStock Un nouveau chapitre du feuilleton politique du projet de liaison «futuriste» entre Québec et Montréal s’est ouvert mercredi.

Un nouveau chapitre du feuilleton politique du projet de liaison « futuriste » entre Québec et Montréal s’est ouvert mercredi : trois représentants de chambre de commerce ont reproché à la Coalition avenir Québec (CAQ) d’avoir « magouillé » pour s’approprier le combat de personnalités de la Mauricie en faveur d’un train à grande fréquence (TGF).

« C’est de la magouille politique, c’est de la petite politique. Je trouve ça déplorable qu’on nous ait utilisés, des organisations comme la nôtre », a pesté la directrice générale de la Chambre de commerce de Trois-Rivières, Marie-Pier Matteau.
 

Comme son collègue de Drummondville, elle a découvert dans les journaux que le porte-parole caquiste en matière de transports, Benoit Charrette, avait apposé sa signature au bas d’une lettre ouverte signée par les deux chambres de commerce et les maires de Trois-Rivières et de Drummondville. « J’ai eu une très grosse surprise ce matin », a relaté Nicolas Martel, qui dirige la Chambre de commerce de Drummondville. « Il n’y a jamais eu de discussions à ce niveau-là, d’avoir la signature de Benoit Charrette. »
 

Valse-hésitation

La lettre publiée mercredi matin en est une d’appui au TGF, un projet de VIA Rail qui doit relier Québec et Windsor. Elle fait écho aux préoccupations des gens d’affaires de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui craignent de voir le projet de TGF dérailler depuis que le premier ministre Philippe Couillard a suggéré en novembre — et contre toute attente — de créer « une liaison moderne, durable, futuriste entre notre capitale nationale et notre métropole ».

Le chef libéral est revenu sur ses positions depuis, faisant démonstration d’une valse-hésitation sur le tracé ou le type de lien qu’il entend favoriser.

C’est de la magouille politique, c’est de la petite politique. Je trouve ça déplorable qu’on nous ait utilisés, des organisations comme la nôtre.

« Le gouvernement devrait clarifier la situation en affirmant que le scénario d’un monorail ne fait officiellement plus partie des priorités », ont écrit les signataires de la lettre ouverte diffusée dans Le Soleil et Le Nouvelliste.

Devant le malaise causé par la signature de Benoit Charrette, la CAQ a dans un premier temps montré du doigt la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui aurait selon elle servi d’intermédiaire entre les signataires de la lettre.

« Les faits devraient être rétablis avec la CAQ », a répliqué un porte-parole de la FCCQ, Max Coloma. « On a été surpris de voir qu’on a mentionné le nom de notre organisme comme ayant été un intermédiaire, ce qui n’a pas été le cas. »

La CAQ a dû revenir à la charge : elle a dit avoir fait appel « à plusieurs acteurs politiques et des gens très réseautés » de la Mauricie et du Centre-du-Québec, « qui ont obtenu l’aval des chambres de commerce pour cosigner cette lettre avec la CAQ ».

En coulisses, on explique qu’un membre du comité de direction de la FCCQ aurait sollicité les signatures à titre personnel et semé la confusion.

N’empêche : tant Marie-Pier Matteau que Nicolas Martel se sont réjouis d’avoir, à tout le moins, augmenté la pression politique sur le premier ministre Couillard. Ce dernier a refusé d’écarter le projet de monorail. Il s’est néanmoins dit « favorable au TGF », marquant une volte-face par rapport à sa position du mois de novembre.

« Je ne parle pas d’un train, [car] on peut faire des choses beaucoup plus modernes maintenant », avait-il dit alors.

Les deux autres cosignataires de la lettre, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, et le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, ont quant à eux dit avoir été informés du fait qu’un élu de la CAQ cosignerait la lettre avec eux.

Le porte-parole de l’administration trifluvienne, Yvan Toutant, a dit appuyer le contenu de la lettre, mais ne pas avoir consenti à y apposer la signature du maire. Le maire Cusson a quant à lui déclaré avoir été informé des noms qui figureraient au bas de la lettre. « Je ne me suis pas senti floué », a-t-il déclaré au Devoir.

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 1 février 2018 09 h 13

    On place ses pions

    La campagne électorale provinciale n'est pas encore officiellement lancée mais c"est tout comme. Les partis politiques explorent le terrain pour trouver les thèmes qui seraient utilisables afin de se concentrer sur un petit nombre d'entre eux pour attirer les électeurs.

    Il y a une certaine maladresse de la part de la CAQ à exiger du PLQ qu'il retire son appui au projet de monorail suspendu. Car si le PLQ devait en faire un mégaprojet-bonbon électoral, il pourrait s'y planter. Le monorail suspendu est un projet du futur qui restera toujours du futur, vu la très forte probabilité qu'il ne puisse jamais avoir de présent. Or, des projets du futur, on sait ce que ça signifie : des M$ investis en pure perte en dizaines d'études et de contre-études qui enrichiront les firmes d'ingénieurs mais ne feront jamais rouler de monorail à 250 km/h au-dessus de la A20. On a eu l'expérience des études inutiles avec les projets de tramway. La différence toutefois, c'est que le tramway était parfaitement réalisable (les études, plusieurs dizaines de villes les ont faites pour nous, ce qui fut suivi de chantiers réels). La seule chose qui manquait au tramway, c'est la volonté politique d'aller de l'avant. Il fallait prioriser l'industrie automobile, celle qui domine l'économie mondiale et impose sa vision aux gouvernements locaux.

    Les sceptiques du monorail suspendu ne se retrouvent pas uniquement dans le milieu politique ou dans les chambres de commerce. Dans le milieu ferroviaire, on sait déjà qu'il y a de très bonnes raisons pour lesquelles une telle technologie n'a jamais été retenue, sinon pour déplacer les gens à 50 km/h dans un parc d'attraction. Il est donc à prévoir que le PLQ deviendra muet sur le sujet. Dans le cas contraire, il serait accusé d'entretenir des mirages alors que la CAQ aurait la voie libre pour défendre le fédéralisme, par Via Rail interposée.

  • Dominique Vadeboncoeur - Abonné 3 février 2018 16 h 30

    ETF la mauvaise idée fédérale

    Q"uelle mauvqaise idée ce TGF.. on reculeau lieu d'avancer nsaur pour la cause fédo ...TGF c'est un projet de dinosaure.. dépassé en 2018.. allooooo la terre..