Jean-François Lisée appelle Véronique Hivon en renfort

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, en compagnie de la nouvelle vice-chef, Véronique Hivon
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, en compagnie de la nouvelle vice-chef, Véronique Hivon

À huit mois des élections générales, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, envoie Véronique Hivon sous le feu des projecteurs. Il a demandé à l’élue de Joliette d’assumer le rôle de vice-chef du PQ — qu’il a taillé sur mesure pour elle au fil des derniers mois —, tout en lui promettant le poste de vice-première ministre du Québec s’il se voit confier les commandes de l’État le 1er octobre prochain. « [Elle] sera au centre de toutes les décisions importantes. »

M. Lisée en a fait l’annonce dimanche après-midi aux quelques centaines de délégués qui étaient rassemblés à Saint-Hyacinthe afin de jeter les bases de la plate-forme électorale du PQ. La réaction a été immédiate : tonnerre d’applaudissements, larmes de joie, cris d’enthousiasme.

« On est différents. On est pas mal différents. En fait, on est très différents… et on s’engage à le rester. Il va arriver même qu’on dise publiquement les choses différemment. […] On a des regards différents, mais on regarde dans la même direction », a-t-il déclaré, après avoir invité Mme Hivon à le rejoindre sur la scène du Centre des congrès de Saint-Hyacinthe.

Mme Hivon s’était avancée au rythme du morceau J’aime les oiseaux de Yann Perreau, qu’elle avait sélectionné pour sa campagne à la chefferie du PQ en 2016. « C’est le temps de s’engager. C’est le temps de tout donner. Et c’est le temps de continuer à écrire ensemble, avec un leadership fort, l’histoire du Parti québécois », a-t-elle déclaré, recueillant les applaudissements nourris des militants péquistes.

Popularité

M. Lisée a décrit l’ex-ministre déléguée aux Services sociaux — auteure de la Loi concernant les soins de fin de vie — comme une femme dotée d’«une grande capacité de rassemblement» et «naturellement proche des gens et qui démontre, hors de tout doute, un souci constant et sincère pour leur bien-être».

«On invente quelque chose de neuf, toi et moi, vous et nous, le début d’une nouvelle expérience, d’un nouveau lien de confiance entre le Parti québécois et la population du Québec», a-t-il poursuivi. Les délégués ont alors brandi au-dessus de leur tête des affiches roses sur lesquelles était inscrit «Lisée-Hivon, 2018» et ont dessiné le logo du PQ.

Le chef péquiste mise sur la popularité de Véronique Hivon afin que le PQ reprenne du poil de la bête. Avec 20 % des intentions de vote, le parti politique s’englue au troisième rang, et ce, derrière la Coalition avenir Québec (39 %) et le Parti libéral du Québec (28 %), selon un sondage Léger-Le Devoir publié samedi.

«Est-ce que ça va rendre notre tâche plus facile pour faire passer notre message qu’on est un parti de la bienveillance, un parti qui veut d’abord servir les Québécois, bien sûr! […] Est-ce qu’on espère que ça va provoquer un changement d’opinion en faveur du Parti québécois, bien sûr! Mais on le verra. Ça va dépendre de la qualité de notre travail commun», a indiqué M. Lisée, vu, à ce moment-ci, comme «le meilleur premier ministre» par seulement 1 électeur sur 10.

Aux yeux de Mme Hivon, l’annonce de ce «ticket» à la québécoise, qui l’a catapultée à l’avant de la scène politique québécoise dimanche après-midi, insufflera une «énergie» nouvelle favorable au PQ. «Je crois que le tout, notre tout, sera plus grand que la somme des parties», a-t-elle dit devant une foule ragaillardie.

«Beaucoup de Québécois et de Québécoises se sentent actuellement loin de la politique, désintéressés quand ils ne sont pas carrément désabusés. Il est donc urgent de leur redonner confiance. Confiance en leurs élus et leurs institutions bien sûr, mais aussi confiance en eux — en eux comme force de changement», a affirmé la nouvelle «vice-chef», tout en promettant de ne lésiner sur aucun effort afin de «réhabilit[er] la vision, la sensibilité et l’empathie en politique».

Une «série de premières» à venir

Drapée du slogan «Faisons-nous confiance», Véronique Hivon s’était portée candidate dans la course à la direction du PQ dans la foulée du départ de Pierre Karl Péladeau en mai 2016. Elle avait dû l’abandonner moins de quatre mois plus tard pour des raisons de santé.

M. Lisée souhaitait lui conférer le statut de «vice-chef» au lendemain du congrès national du PQ (septembre 2017) — durant lequel il avait obtenu l’appui de 92,8 % des délégués —, mais a changé d’avis. Il s’est en effet rangé à l’avis de la principale intéressée de reporter le dévoilement du « tandem », « partenariat » ou « ticket » Lisée-Hivon en début d’année électorale. Du coup, son annonce survient quelques jours après que l’ex-chef Pierre Karl Péladeau se soit dit « en réserve de la République » et quelques heures après la publication d’un autre sondage décevant.

En point de presse, M. Lisée a tourné en ridicule toute comparaison entre les chaînes de commandement du Parti québécois et de Québec solidaire, qui est doté de deux co-porte-parole, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. «Québec solidaire a un chef dont le nom m’échappe là… celui qui dirige le comité de coordination, et ils ont deux co-porte-parole à égalité. Nous, on a un chef : c’est moi. On a une vice-chef : c’est Véronique», a souligné l’ancien correspondant à l’étranger, qui a rapporté de Washington l’idée de «ticket».

«Ce n’est pas [deux] co-chefs. C’est un chef et un vice-chef ; un futur premier ministre et une future vice-première ministre. Il faut que cela soit clair », a ajouté Mme Hivon. « Au bout du compte, quand il faut trancher, c’est toujours le chef qui tranche, puis ça va continuer à être comme ça.»

Longue discussion

Par ailleurs, M. Lisée a dit avoir «longuement discuté» avec Mme Hivon du partage des tâches entre le «chef», lui, et la «vice-chef», elle. «Il y aura une série de premières, mais on ne va pas tout vous dire ça aujourd’hui», a-t-il lancé à moins de 10 jours de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

«Appréhendez-vous que madame Hivon puisse vous faire de l’ombre durant la campagne électorale ?» a demandé une journaliste à M. Lisée. «J’espère qu’elle essaiera», a-t-il répondu.

Le PQ a choisi son camp : « le progressisme et l’indépendantisme »

Après des années de « culpabilisation de l’identité québécoise », le Parti québécois promet d’ériger « un État fort aux services des gens, un État fort pour réussir l’indépendance [entre 2022 et 2026] », a martelé le chef péquiste, Jean-François Lisée, au cours du week-end.

La remise en forme de l’État québécois est une condition sine qua non à la concrétisation du projet de pays, selon lui. « Depuis 15 ans, les libéraux ont fragilisé notre État. Ils ont fragilisé notre système de santé. Ils ont fragilisé notre système d’éducation. Ils ont fragilisé notre système de justice. […] Ils ont fragilisé notre identité. Alors, c’est difficile de demander à un peuple, qui a été fragilisé, de se sentir assez solide pour faire un pas aussi grand que celui de l’indépendance », a-t-il averti samedi.

« Il faut avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit », a renchéri la vice-chef péquiste, Véronique Hivon, dimanche.



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