PQ: Lisée ne prévoit pas beaucoup plus de départs

Le chef péquiste, Jean-François Lisée, accompagnait Nicole Léger, mardi, quand elle a confirmé qu’elle ne sollicitera pas de nouveau mandat.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef péquiste, Jean-François Lisée, accompagnait Nicole Léger, mardi, quand elle a confirmé qu’elle ne sollicitera pas de nouveau mandat.

À huit mois et demi des élections générales, des figures de premier plan du Parti québécois se bousculent vers la sortie. Alexandre Cloutier, Nicole Léger et Agnès Maltais ont tour à tour annoncé mardi leur départ de la scène politique québécoise le 1er octobre prochain.

François Gendron (Abitibi-Ouest) et Claude Cousineau (Bertrand) leur emboîteront le pas.


Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Gendron

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, s’attend à ce que les quelques autres élus, qui ont amorcé une réflexion sur leur avenir politique, clarifient leurs intentions d’un jour à l’autre. « Chacun sait qu’il y a des élections qui s’en viennent, que le moment de le dire, c’est le début de l’année, dans les premières semaines de l’année », a-t-il souligné.

Il n’appréhende pas beaucoup plus de départs. « L’immense majorité des députés du Parti québécois vont continuer […] alors que les sondages sont ce qu’ils sont », a-t-il mentionné.

En décembre, le PQ se voyait créditer de 19 % des intentions de vote, selon un coup de sonde Léger-Le Devoir. Un tel score le 1er octobre prochain constituerait un scénario catastrophe pour le PQ puisque, avec moins de 20 % des voix et moins de 12 députés, le PQ ne serait pas reconnu comme un groupe parlementaire par l’Assemblée nationale. « Être les outsiders de cette campagne, ça nous va », a lancé M. Lisée avec aplomb.


Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Agnès Maltais

M. Cloutier ainsi que Mme Léger et Mme Maltais — qui ont toutes deux appuyé l’élu de Lac-Saint-Jean dans l’ultime course à la direction du PQ — ont juré la main sur le coeur que leur départ prochain n’a rien à voir avec la popularité du PQ ou encore la direction de M. Lisée. « Mon départ n’est d’aucune manière lié au leadership de Jean-François Lisée. Certes, la course [à la direction du PQ de 2016] a été rude, mais, depuis son élection, je dois dire que Jean-François a toujours agi en gentleman à mon égard. Il a toujours été réceptif à mes points de vue », a affirmé M. Cloutier lors d’une conférence de presse à Alma.

L’avocat montre plutôt du doigt la « partisanerie » dans laquelle est tombée la classe politique québécoise, qui « tue l’esprit d’initiative » et « divise inutilement ». Le bleuet n’a plus le « feu sacré ». « Malheureusement, cette motivation qui a toujours été inébranlable m’a quitté progressivement récemment. [La politique] ne doit pas être un moyen de juste payer l’hypothèque. C’est un engagement qui doit être entier, qui doit être sincère, qui doit être enthousiaste », a-t-il insisté.


Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alexandre Cloutier

Pour l’instant, l’ex-ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et candidat malheureux à la direction du PQ compte relever de nouveaux défis à distance de la joute partisane… pendant un moment. « Mes premiers chapitres en politique sont donc écrits. En toute sincérité, à 40 ans, je suis incapable d’exclure qu’il y en aura d’autres », a-t-il conclu lundi.

À bout de souffle après des années politiques mouvementées, Nicole Léger et Agnès Maltais, elles, balaient toute possibilité d’effectuer un retour à l’Assemblée nationale. Elles ont toutefois promis, tout en faisant le plein d’énergie et de nouveaux projets, d’appuyer M. Lisée à titre de « militantes » au cours des prochaines années. « Watchez-vous, j’aurai refait mes forces ! » a lancé Mme Maltais mardi après-midi.

Circonscriptions « sûres »

Les élus quittent-ils un navire qui coule ? a demandé une journaliste à Jean-François Lisée en matinée. « Si on avait de la difficulté à trouver des candidats pour les remplacer, il y aurait du mérite à ce que vous dites, mais ce n’est pas le cas, bien au contraire », a répondu le chef péquiste.


Photo: Clément Allard La Presse canadienne Claude Cousineau

Le chef du PQ a laissé entendre que les trois circonscriptions « sûres » de Lac-Saint-Jean, Pointe-aux-Trembles et Taschereau — où Agnès Maltais a été élue avec à peine 451 voix de majorité sur son adversaire libéral en 2014 — suscitent déjà « énormément de convoitise » de la part de candidats potentiels. « Quand les gens se demandaient “où allez-vous installer des vedettes nationales qui voudront venir ?”, moi, j’ai des idées », a dit M. Lisée.

Des péquistes disent s’attendre à la candidature de Jean-Martin Aussant dans la circonscription de Pointe-aux-Trembles. Nicole Léger assure qu’elle n’a subi « aucune pression » pour céder sa place à qui que ce soit. « Si un jour il [Jean-Martin Aussant] prend la décision de se joindre au Parti québécois, la porte est ouverte, la décision lui appartient », a dit M. Lisée. « Le Parti québécois est une coalition, je suis toujours ouvert à l’addition. » L’ex-député péquiste (2008-2011) et chef d’Option nationale (2011-2013) ne serait pas pour autant dispensé de « faire le travail de parti avec les membres et les militants comme n’importe qui d’autre », a-t-il précisé.

M. Lisée avait été avisé de la décision de Mme Léger et de Mme Maltais de ne pas briguer une nouvelle fois les suffrages il y a plusieurs jours. M. Cloutier a quant à lui annoncé son départ à M. Lisée « quelques heures » à peine avant de s’adresser à la presse. Le chef péquiste s’est trouvé aux côtés de Mme Léger, à Montréal, puis de Mme Maltais, à Québec, au moment de leur annonce respective.

Là-dessus, l’état-major du PQ a choisi de mettre fin aux rumeurs sur l’avenir politique d’Agnès Maltais, qui allaient bon train depuis le début de l’année. Autrement, celles-ci auraient fait ombrage au dévoilement de la candidature de Nathalie Leclerc dans la circonscription de Charlevoix–Côte-de-Beaupré — que ne manquera pas la députée de Taschereau mercredi —, estimait-il.

Après Maltais, le « vide »

Le maire de Québec, Régis Labeaume, ne miserait pas gros sur l’élection du candidat ou de la candidate du PQ dans Taschereau le 1er octobre prochain. « La réalité est que, maintenant, il n’y a plus de représentation du PQ à Québec avec le départ d’Agnès. C’est vraiment ça parce que, entre vous et moi, c’est le vide, après. Alors, dans l’histoire politique contemporaine de notre ville, c’est majeur », a-t-il déclaré lors de son passage sur la colline Parlementaire mardi.

Cela dit, M. Labeaume a salué la fougue avec laquelle Mme Maltais — seule élue péquiste dans la région de Québec — a défendu les « dossiers » de la capitale à l’Assemblée nationale et au gouvernement.

M. Lisée s’est dit étonné d’entendre un courriériste parlementaire employer l’expression « hécatombe » afin de décrire les départs annoncés dans le camp péquiste mardi. « J’ai hâte de voir […] quel mot vous allez utiliser pour » qualifier le « départ de huit députés libéraux », a-t-il lancé.

De son côté, Philippe Couillard, a dit ne pas avoir d’« indication » selon laquelle une vague de départs bouleverserait le Parti libéral du Québec. « Les périodes qui prétendent les élections, on le voit, sont toujours des périodes de remises en question », a-t-il toutefois fait remarquer.

Avec Marco Fortier, Isabelle Porter et Marie-Michèle Sioui

« Pourquoi je quitte [l’arène politique] ? Parce que ça fait 20 ans. Et ces 20 années, je les ai menées tambour battant, au pouvoir comme dans l’opposition, dans mon comté, dans ma région et sur tout le territoire québécois. […] Je n’ai plus l’énergie pour me consacrer [à mes responsabilités] à 100 %. En bas de 100 %, ce n’est pas mon style. »
Agnès Maltais, députée de Taschereau

« Ma plus grande fierté est d’avoir fait de la politique dans le respect de mes valeurs, dans le respect de mes convictions, tout en osant repousser mes propres limites. Et je n’ai aucun regret. J’ai la fierté de dire que j’ai tout essayé, que j’ai tout donné. »
Alexandre Cloutier, député de Lac-Saint-Jean

« Je me suis donnée à 100 %, sept jours par semaine, durant sept mandats depuis le 5 décembre 1996. Il est temps pour moi de passer le flambeau. On sait quand entrer en politique, on ne sait jamais comment et quand en sortir. Mais on peut en sortir heureuse, la tête haute et de façon sereine. »
Nicole Léger, députée de Pointe-aux-Trembles
50 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 16 janvier 2018 08 h 49

    Ça va mal!


    Ça va mal au PQ! L'armée se désagrège!

    M.L.

    • David Cormier - Abonné 16 janvier 2018 10 h 04

      Il ne faudrait pas que vous preniez vos désirs pour des réalités.

    • Michel Lebel - Abonné 16 janvier 2018 10 h 51


      Bien au contraire, je ne souhaite pas que le PQ se désagrège Selon moi, Cloutier aurait dû d'ailleurs être choisi comme chef plutôt que Lisée. Cloutier représentait le renouveau pour cette formation.

      M.L.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 16 janvier 2018 10 h 58

      Quand le chevreuil saigne, les corbeaux s’agitent...

    • Éric Alvarez - Inscrit 16 janvier 2018 11 h 17

      ... ou se renouvelle : )

    • Pierre Michaud - Abonné 16 janvier 2018 16 h 25

      Ca sent la fin !

    • André Joyal - Abonné 16 janvier 2018 17 h 16

      @M.Lebel: oui, c'est dommage que l'on n'assiste pas à de telles défections au sein du PLQ que vous continuez d'appuyer. Vous imaginez le Dr Barrette être réélu dans Brossard. Misère!!!!

    • Michel Lebel - Abonné 16 janvier 2018 19 h 57

      @ André Joyal,

      Tout compte fait, la meilleure équipe pour gouverner le Québec demeure toujours le PLQ. Cela me semble un fait objectif, nonobstant ma conviction fédéraliste. Vous n'êtes pas obligé de me croire!

      M.L.

    • Colette Pagé - Inscrite 17 janvier 2018 11 h 17

      Quel sera votre commentaire lorsque 6 à 10 députés libéraux annonçeront leurs départs ?

  • Tristan Roy - Abonné 16 janvier 2018 10 h 06

    Chef ou rien

    Il ne peut pas être chef, et en plus avec les sondages il ne pourrait même pas être ministre. Bonne décision de quitter. De toute façon le PQ se désagrège. Faire partie de l'équipe qui aura fait mourrir le PQ n'est certainement pas une bonne idée.

    Il est jeune, son avenir politique est à long terme. Un peu de temps dans le privé et il pourrait devenir une option de chef pour un nouveau parti de gauche naissant des cendres du PQ et de QS.

    Mais pas une course au leadership, il a déjà assez donné! Un couronnement pour Alexandre Le Grand serait de mise.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 janvier 2018 10 h 24

    Dommage

    Brillant, instruit, honnête, correct et décent en tout point. Qu'est-ce qu'il va faire? Se présenter à la mairie de Saguenay? Enseigner? Se lancer dans l'action humanitaire ?
    Gérer une caisse Desjardins ?

  • Colette Pagé - Inscrite 16 janvier 2018 10 h 30

    Temps difficile pour le PQ.

    Signe d'un temps morose ! Les départs de nombreux ténors du PQ n'annonçent rien de bon pour la suite des choses. Au plus bas dans les sondages une question me turlupine : est-ce que le choix d'Alexandre Cloutier aurait pu changer la donne ?

    La relève sera-t-elle au rendez-vous ? Et Jean-Marie Aussant qui réfléchit.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 janvier 2018 10 h 43

    ... comprendre !

    "... compte relever de nouveaux défis à distance de la joute partisane" (Marco Bélair-Cirino, Le Devoir)

    De cette citation, une question :

    Comment M Alexandre pourra-t-il, ou compte-t-il, relever des défis autres que ceux en lien avec le monde de la politique qu'il quittera sous peu, ou d'ici les Élections 2018 ?

    Difficile à ...

    ... comprendre ! - 16 jan 2018 -

    • Marc Boutin - Abonné 16 janvier 2018 13 h 16

      M. Blais, le monde politique d'aujourd'hui se rit des électeurs et de la population en général. Il faut comprendre ceux qui comme M. Cloutier ne partage pas cette politique ironique. Il réfléchira sans doute au moyen de contrer les effets pervers de cette politique sur le peuple québécois doublement touché.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 janvier 2018 19 h 02

      Grands mercis, M Boutin, pour cette précision !

      De cette précision, il est bien de se rappeler que certains départs hâtifs, autres que ceux relatifs à des retraites bien méritées (ex.: Nicole Léger ... .), peuvent intéresser quelques Mouvements dits alternatifs audite "politique ironique", dont celle, précisément, ne respectant pas ses promesses d'origine (ex.: Promesse non tenue : celle de la nouvelle mairie de Mtl sur ou concernant hausse de taxes) !

      Bref ! - 16 jan 2018 -