Immigration, cannabis et compostage: les défis de 2018

L’intégration des immigrants devient un enjeu des municipalités québécoises aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre.
Photo: iStock L’intégration des immigrants devient un enjeu des municipalités québécoises aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre.

De Val-d’Or à Rivière-à-Pierre et de Montebello à Saguenay, quels dossiers mobiliseront les municipalités en 2018? Tour d’horizon non exhaustif et dans le désordre de ce qui s’annonce.

Les voyages en avion. Saviez-vous que le coût du billet d’avion pour un vol régional est 55 % plus élevé au Québec qu’ailleurs au Canada ? Ainsi, lorsqu’on prend l’avion à Chibougamau, le prix du billet est le même, qu’on veuille se rendre à Montréal ou… Beijing. Cheval de bataille de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), le dossier sera soulevé en février à Lévis lors d’un Sommet du transport aérien régional.

Diverses solutions sont sur la table, notamment des incitatifs fiscaux pour les compagnies aériennes prêtes à desservir ce marché difficile où Air Canada jouit d’un quasi-monopole.

Les revenus du cannabisLes élus municipaux l’ont répété sur toutes les tribunes avant les Fêtes : ils veulent leur part des revenus de taxe du cannabis. Une manière, disent-ils, de financer notamment la pression que la légalisation va exercer sur les corps de police locaux, les cours municipales, etc. On parle du tiers des revenus de taxes. Une demande à laquelle on souhaite des réponses « très tôt en début d’année », prévient le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Drummondville, Alexandre Cusson.

L’immigration. Les pénuries de main-d’oeuvre dans certains secteurs sont telles que de plus en plus de municipalités interviennent elles-mêmes dans le recrutement des travailleurs et des immigrants.

À Québec, Régis Labeaume multiplie les démarches pour attirer des Français. En Abitibi, on organise des visites de la région pour les immigrants montréalais et ailleurs, on rivalise d’imagination pour offrir des cadeaux aux nouveaux venus.

« C’est un problème qui n’arrête pas de croître », note le maire Cusson, dont la ville est frappée de plein fouet par la pénurie avec un taux de chômage oscillant autour de 4 %.

Pendant ce temps, des entreprises recrutent des travailleurs aux quatre coins du monde, ce qui laisse les municipalités face à de nouvelles préoccupations.

« Quand on a une centaine d’immigrants qui arrivent dans une région, il faut prendre le temps d’organiser l’intégration et ça prend des ressources », observe le président sortant de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Richard Lehoux.

L’accès à Internet. Sur sa terre agricole en Beauce, M. Richard Lehoux ne peut pratiquement pas communiquer avec le monde extérieur. Là comme ailleurs, l’accès aux réseaux cellulaire et à Internet haute vitesse est, au mieux, déficient.

« Ça ne se peut pas qu’en 2018, on soit encore en train de se poser ce genre de questions là », note-t-il.

Avant Noël, le gouvernement du Québec a promis des investissements de 290 millions pour l’accès à Internet haute vitesse. On pense ainsi pouvoir brancher 96 829 résidences en milieu rural d’ici cinq ans. Un processus que la FQM entend surveiller de près tout en lorgnant du côté d’Ottawa, qui est responsable de son côté de l’accès au réseau cellulaire. « C’est un dossier qui est loin d’être réglé, note M. Lehoux. Il va falloir pousser sur le fédéral. »

Les pelures de banane. L’heure des choix est arrivée pour bien des villes en matière de gestion des déchets. À compter de 2022, il sera interdit d’enfouir les matières organiques dans le sol. Les municipalités qui ne l’ont pas encore fait doivent dès lors choisir comment elles vont s’y prendre pour récupérer nos pelures de banane et les valoriser. Seules ? Par l’intermédiaire de la MRC ? Ou à l’intérieur d’un regroupement ? Et qu’en est-il de la technologie ? Misera-t-on sur le compostage, comme Lévis et Victoriaville, ou sur la construction d’un centre de biométhanisation, comme à Québec et à Laval ?

Les référendums. On se rappelle que les villes ont obtenu le droit d’abolir les référendums en 2017. Or le gouvernement les a aussi obligées à remplacer les référendums par autre chose pour consulter les citoyens. Les élus devront donc cette année se doter de « Politiques de consultations publiques ». Quelle forme cela prendra-t-il ? Les citoyens auront-ils vraiment un poids politique au bout du compte ?

Des fonctionnaires plus efficaces. En plus de l’abolition des référendums, les municipalités ont gagné plus de pouvoirs avec la nouvelle Loi sur les gouvernements de proximité (122). Reste à l’appliquer, maintenant, prévient Alexandre Cusson.

« Par exemple, on va s’assurer que quand un ministère prépare une politique touchant les municipalités, on aura le réflexe de nous rencontrer en amont. »

Cela se traduira-t-il par une meilleure efficacité ? Pourront-ils réagir plus rapidement aux demandes des citoyens ? Oui, répond M. Cusson en rappelant qu’avant la nouvelle loi, les villes devaient par exemple demander l’autorisation du ministère des Transports pour changer la limite de vitesse dans une rue locale.

Le logement. En 2017, le gouvernement a promis une réforme en profondeur du programme qui finance la construction des logements sociaux dans les villes.

À l’origine, AccèsLogis payait le tiers de chaque projet ; l’hypothèque, un second tiers ; et les municipalités devaient compléter, mais la hausse des coûts de construction, notamment, a créé toutes sortes de distorsions dans le programme. Ces dernières années, le gouvernement a dès lors coupé dans le financement de nouveaux projets au profit d’aides directes aux locataires (les suppléments au loyer).

Que compte faire le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux ? Dans un rapport, son collègue Norbert Morin proposait en mai de subventionner les propriétaires privés pour qu’ils louent leurs logements moins cher. Osera-t-on s’attaquer à ce dossier avant les élections cet automne ?

Les élections. Parce qu’évidemment tous les enjeux soulevés ci-dessus seront tributaires du contexte préélectoral. Ce qui fait dire à M. Lehoux que 2018 sera une année « en deux parties », dont une sera en mode « campagne ».

« On va demander des engagements précis à chacun des partis. C’est une belle occasion qu’on aura », dit-il. À cet égard, l’Union des municipalités tiendra en septembre un « grand sommet municipal » où les chefs de partis seront invités à prendre des engagements, signale le maire Cusson. « En 2014, ça avait donné des résultats, entre autres la reconnaissance des gouvernements de proximité. »

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 janvier 2018 19 h 55

    Au delà de tout ça....

    une sévère refonte des lois et règlements, au Ministère du travail du Québec et dans le Monde de la construction, lois et règlements qui sont terriblement galvaudés et, sans respect aucun pour les acheteurs de... «bâtiments neufs».

    Des années ont passé depuis la «promesse de revoir» le code du bâtiment qui encore aujourd'hui, permet à des entrepreneurs, constructeusr, contracteurs (appelez-les comme vous le voulez) de se sauver les poches pleines après avoir vendu des logements... neufs et insalubres...farcis de malfaçons et de vices cachés...sans que la responsabilité de ces derniers ne soit visée par des peines sévères.
    De plus, les villes ne sont pas contraintes, par des mesures légales, à faire en sorte qu'un bâtiment construit sur leur territoire soit de facto inspecté de A à Z et, fasse l'objet d'un suivi constant d' inspecteurs en bâtiment.. compétents et dûment mandatés par chaque ville. (Je suggère ici que chaque ville soiet responsable de la
    conformité d'un bâtiment neuf, bâti sur son territoire. Les modalités feraient l'objet de discussions avec les citoyens lors d'une «consultation citoyenne». )

    Chaque année voit son lot d'acheteurs d'immeubles (condominiums surtout) faire les frais de revendications pour vices cachés, malfaçons et défauts de construction.
    Ces acheteurs sont laissés seuls, à eux-mêmes... Même si on leur a vendu aussi une Garantie (sic) maison-neuve.

    Depuis des années, ces malheureux acheteurs sont des proies faciles pour contracteurs véreux et, voient ceux-ci faire main basse sur un pactole de millions de $$$$$$$ sans pour autant leur garantir un immeuble, logement ou maison vraiment construit selon «les règles de l'art».... Loin de là. !

    Ils ont à subir des années de tergiversations de toutes sortes ...Ils doivent revendiquer...se trouver à même de faire les démarches judiciaires ou d'expertises afi