Constitution: le ROC reste sourd aux appels de Couillard

Le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier

La Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes du gouvernement Couillard n’a pas permis de reprendre le « dialogue about us » : elle a dû se contenter d’une couverture médiatique marginale dans le reste du Canada, révèlent des documents du ministère du Conseil exécutif (MCE).

L’offensive constitutionnelle tranquille, lancée en grande pompe il y a sept mois, est « au coeur des activités » du Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, atteste le MCE dans des documents dévoilés en vertu de la loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Elle touche « l’ensemble » des employés de ce ministère et « sa mise en oeuvre occupe de façon plus particulière environ sept personnes ».

Mais elle n’a toujours pas trouvé le moyen de faire les manchettes dans le Rest of Canada.

Dans la semaine où elle a été lancée, la politique d’affirmation nationale a connu un impact médiatique « beaucoup plus grand au Québec qu’ailleurs au Canada », reconnaît le MCE, qui a effectué une vaste veille médiatique.

Du 1er au 7 juin, 264 interventions médiatiques distinctes ont porté sur cette politique. Du nombre, « 60 % […] ont été publiées dans les médias basés au Québec », a remarqué le MCE. Cela est « largement supérieur à la couverture médiatique de l’événement ailleurs au Canada lorsqu’on tient compte du poids démographique du Québec au sein de la fédération », a souligné le ministère.

Dans la semaine du 29 mai au 4 juin 2017, la « relance du débat constitutionnel » par Québec s’est classée au cinquième rang du palmarès de l’actualité québécois dressé par Influence Communication. Elle est demeurée absente du top 5 canadien.

Cette quasi-indifférence canadienne n’entame cependant pas la confiance du ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier. « La Politique d’affirmation du Québec est une démarche de longue haleine », a-t-on fait valoir, mercredi, à son cabinet. « La couverture médiatique est un indicateur de pénétration du message, mais il est loin d’être le seul », y a-t-on dit, soulignant notamment l’accueil « très positif » que le milieu universitaire a réservé au projet.

Une politique de rapprochement ?

Deux mois avant de lancer la Politique d’affirmation du Québec, devant le tollé suscité par la série télévisée Canada : The Story of Us, Jean-Marc Fournier disait espérer « repren[dre] un dialogue about us » d’un bout à l’autre du pays.

La CBC, qui avait produit l’émission dans le cadre du 150e du Canada, était alors sous le feu des critiques pour sa représentation circonscrite de l’histoire autochtone, son passage sous silence de la déportation des Acadiens et son portrait réducteur des figures historiques françaises, notamment. « Let’s talk about us ! Essayons encore de reprendre un dialogue pour qu’il y ait de la place pour chacun », avait alors suggéré le ministre.

Le jour de la fête du Canada, il publiait une lettre ouverte dans laquelle il qualifiait sa politique d’affirmation nationaliste de « proposition de rapprochement ». « L’objectif de ce nouveau dialogue est d’établir de plus nombreuses solidarités économiques, sociales et culturelles entre les citoyens du Québec et ceux de partout ailleurs au Canada et de mieux se connaître pour mieux se reconnaître », écrivait-il.

Sauf que ce rapprochement ne s’est pas reflété dans les médias. D’ailleurs, ceux-ci ont surtout été informés en français de la nouvelle approche constitutionnelle du Québec. Le MCE a ainsi acheminé 150 copies francophones de sa politique — qui tient sur 194 pages — aux journalistes. Seuls dix documents rédigés en anglais ont été transmis à des représentants des médias.

Haussement d’épaules au Canada

Sur la scène politique hors Québec, l’accueil a été glacial. En date du 27 novembre 2017, les dirigeants de sept des 13 provinces et territoires du pays n’avaient pas réagi à l’initiative québécoise, selon le MCE. Le ministère a ainsi attribué la mention « aucune réaction » à la Colombie-Britannique, l’Île-du-Prince-Édouard, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse, le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon.

Deux mois plus tôt, le 27 septembre, le gouvernement achevait le lancement d’« unités de relations canadiennes » au sein de chacun des ministères québécois, afin que ceux-ci puissent consolider les relations avec le reste du Canada dans leurs secteurs.

Le MCE n’a par ailleurs envoyé que trois copies de sa politique d’affirmation aux leaders des Premières Nations et Inuits du Canada, et ce, en dépit de l’espace accordé aux autochtones dans le document. Le MCE n’a pas recensé les réactions des divers leaders autochtones du pays. Il a néanmoins listé un article du Réseau de télévision des peuples autochtones dans sa revue de presse.

Accueil favorable chez les universitaires

Là où la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes a reçu un accueil favorable, c’est au sein des milieux universitaires, a constaté le MCE, qui se félicite de la « volonté évidente » des universitaires d’échanger sur le sujet.

« Somme toute, les universitaires démontrent une réelle volonté de dialogue et s’approprient le contenu de la Politique. Cependant, leur appui demeure connu uniquement dans le milieu universitaire, à quelques exceptions près », a remarqué le ministère.

Dans une sortie médiatique qu’il avait organisée le 5 octobre, Jean-Marc Fournier s’était réjoui de constater que, « chez les penseurs, il y a un intérêt pour reprendre la réflexion sur le sujet ». « On a beaucoup d’invitations dans le monde universitaire, l’accueil est très bon », avait-il attesté, énumérant les universités canadiennes qu’il avait visitées.

« Pensez-vous que votre démarche manque d’attention médiatique ? » lui avaient demandé les journalistes convoqués sur place. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait beaucoup d’attention médiatique. Je ne sollicite pas beaucoup d’attention médiatique », avait répondu le ministre.

Avec Dave Noël

40 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 4 janvier 2018 00 h 29

    Fockel dodoll comme disait son père

    Est-ce que ce n'était pas prévisible,que ces paysants de l'ouest ne laisseront jamais tomber le morceau, ils savent bien qu'ils nous doivent leur existence, n'est ce pas toujours ainsi que s'articule la vie , pourquoi pensez-vous que Justin a déménagé a Vancoucer qu'il est devenu la coqueluche de tous les riches de la terre,ce petit québécois qui a décidé de faire parti des dominants

    • Louise Collette - Abonnée 4 janvier 2018 08 h 18

      Excusez-moi mais c'est : Fuddle duddle.... ;-)

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 janvier 2018 09 h 02

      C'était tellement prévisible que cette "tentative" de Couillard était et reste un ballon, ou plutôt un alibi pour pouvoir prétendre qu'il aura essayé quelque chose.

      Jamais Couillard ou Fournier n'y ont cru, même pas une seconde... et en fait ils s'en foutent royalement.

      Le ROC fait bien plus que ne pas souhaiter de nouvelles négociations constitutionnelles. Il n'en veut à aucun prix. Après ce que le Canada a considéré comme du chantage de la part du Québec "pour en avoir plus", après avoir eu vraiment peur, le ROC maintenant veut se faire croire que tout ça est bel et bien fini et n'y reviendra jamais, quelle que soit la sclérose des institutions actuelles.

      C'est maintenant une loi non écrite au Canada : on ne touche plus du tout à la Constitution.

      Ça, Couillard le sait parfaitement.
      Et il continue à mentir pour sauver la face comme il fait depuis son arrivée et avant, comme Charet faisait...

      Le PLQ est un mauvais clone du Parti Conservateur Canadien, en plus incompétent.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 4 janvier 2018 09 h 31

      Suite à ce refus, le Québec doit procéder à son indépendance et notre peuple québecois doit se réveiller et suivre les successeurs de René Levesque vers un Québec souverain. Réveillez-vous et un était de sommeil ne mène à rien. JE VOTE PQ!

    • S. A. Samson - Abonnée 4 janvier 2018 12 h 22

      Pardon...Justin Trudeau est Ontarien.. Formation, activités sportives et éducation dans des écoles unilingues anglaises...du moins au début de sa scolarisation.

    • Bernard Plante - Abonné 4 janvier 2018 13 h 59

      Mme Desjardins, depuis 20 ans qu'a fait le PQ concrètement pour faire avancer la souveraineté? Se proclamer le leader d'une question aussi fondamentale et ne rien faire équivaut à berner la population, et au premier plan les supporteurs du parti. Pire encore, cela crée un désintérêt généralisé pour la question qui mène au blocage que l'on connaît actuellement.

      Le PQ est plein de gens de bonnes volonté qui y croient réellement. Le problème semble plutôt provenir de l'establishement du parti qui "pousse" systématiquement et réussi à faire élire des chefs sans colonne vertébrale qui gèrent en fonction des sondages plutôt que par conviction. Ça fait 20 ans que ça dure. Quand allons-nous comprendre qu'un leader qui ne joue pas son rôle est ce qu'il y a de plus dommageable pour une cause?

  • Marie Nobert - Abonnée 4 janvier 2018 03 h 30

    Alors que le ROC maîtrise la «GWT» et «Scythe», le Québec...

    [...] tente toujours de jouer à la «belot(t)e» (sans en connaître les règles de base) et de surcroît, sans partenaire. Misère.

    JHS Baril

  • Charles Talon - Abonné 4 janvier 2018 04 h 59

    Constitution

    Décidément, nos élus libéraux sont prêts à toutes les bassesses: ils se présentent en quêteux et demandent timidement de discuter de la constitution... Le ROC étouffe un bâillement et répond que ça ne le tente pas, ou ne répond même pas... Ça intéresse les universitaires (2 ou 3?): la belle affaire! Un beau sujet de recherche pour un jeune doctorant: une thèse sophistiquée qui dormira sur les tablettes de sa parenté... Même le clown en chef a dit, sans pleurer, qu'il n'était pas intéressé... Et pourquoi le serait-il? Nous avons eu un référendum qui a résolu la question: le modeste non, un peu beaucoup volé, a réglé pour eux la question: à quoi bon revenir là-dessus? Le peuple, par son non, a implicitement réglé la question. Les libéraux, par leur approche niaiseuse, n'apportent rien de nouveau...
    Il s'agit d'une démarche électoraliste destinée à faire croire qu'on se préoccupe du "problême". M. Couillard a déjà démontré son grand amour de la langue anglaise et considère plutôt le français comme un handicap... Alors, la constitution? Restons polis.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 janvier 2018 07 h 48

      Quant à la CAQ, elle crie qu'il ne faut pas parler de constitution pendant 10 ans voire 20 ans. Legault, il le sait que l'ILLÉGITIME papier de 1982 est coulé dans le béton.A mon humble avis, c'est là où le bât blesse avec ce parti.

      Sans oublier que, avec l'accord du lac Meech, le Québec réintégrait la constitution; le Canada anglais reniera sa parole et sa signature.Or,on ne peut répéter un accord par des simples ententes entre premiers ministres.British Colombia et Alberta ont adopté des résolutions s'obligeant à aller en référendum.

    • Robert Lauzon - Abonné 4 janvier 2018 09 h 03

      Qui, au Québec, parle encore du Québec?

      Les PLQuistes ont le beau jeu, plus personne ne parle d'un PAYS à FAIRE. On parle d'affaires. Plus personne ne parle des avantages de l'INDEPENDANCE politique du Québec; on ne souligne même pas les désavantages et les affronts que nous fait subir le canada.
      Où est le projet, où sont les vrais? Tapis, humiliés, en attente.
      Doit-on vraiment attendre que les journalistes en re-parlent ou devons-nous diffuser un large projet consensuel?
      L'indépendance politique du Québec est ce dont le Québec a besoin pour accéder au monde, aux nations, pour y jouer son rôle, pour faire ses lois et prélever ses impôts pour faire enfin naître notre société dans une vraie république démocratique.

      Qui se lèvera pour nous en parler?

    • Marguerite Paradis - Abonnée 4 janvier 2018 10 h 08

      Je signe!
      M.P.

    • Serge Lamarche - Abonné 4 janvier 2018 13 h 12

      Il n'y a pas d'avantages à la séparation mais plus d'indépendance des francophones aiderait.

  • Jacques Lamarche - Abonné 4 janvier 2018 05 h 27

    Il faut un rapport de force! Or ... !

    À l'émancipation, le Québec a dit ¨non¨deux fois! À la soumission , les gouvernements Charest et Couillard ont dit ¨oui¨ maintes et maintes fois! Le Québec est à genoux et les Québécois de plus en plus mous! Or pourquoi Justin Trudeau risquerait-il de se mettre à dos le Canada anglais en faisant les yeux doux au Québec français?

    Plus sérieusement, cette dernière opération du PLQ, tant elle manque de réalisme, semble avoir été menée non pour entamer de réelles négociations, mais bien plus pour séduire les quelques fédéralistes qui rêvent encore d'un Québec fort et qui seraient tentés par l'aventure caquiste!!! Une opération de charme conçue par des Québécois pour des Québécois! Sans plus!!!

    • Bernard Plante - Abonné 4 janvier 2018 10 h 14

      Effectivement, le Québec ne possède plus aucun rapport de force. Malgré ce que peuvent en dire nos jovialistes eunuques constitutionnels Fournier et Couillard, cette situation illustre parfaitement les deux solitudes et l'absence totale d'intérêt du Canada pour le Québec. Nous sommes devenus invisibles.

      Avons-nous vraiment envie de nous éteindre lentement comme peuple?

      Quand nous réveillerons-nous?

      Probablement le jour où les souverainistes de la première heure réaliseront que depuis vingt ans ils sont utilisés comme dindons de la farce du PQ qui secoue le hochet de la souveraineté aux quatre ans pour mieux le ranger une fois les élections passées. Faire croire qu'on travaille à réaliser la souveraineté et ne pas le faire est une traîtrise envers notre peuple. Cette fausse représentation nous immobilise. Et après on accuse ceux qui veulent casser cette interminable inertie de diviser le vote...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 janvier 2018 10 h 15

      Le rapport de force, on a pensé l’avoir en 1984, avec la promesse de Mulroney du « retour du Québec dans le giron constitutionnel dans l’honneur et l’enthousiasme »( discours de Sept-Iles de Mulroney). Mulroney et les Conservateurs à Ottawa; Bourassa et le PlQ au Québec. Il y eut entente que le Canada anglais répudiera reniant sa parole et sa signature.. Bourassa dira : « On ne peut se fier à eux dans une négociation ».

      Et Trudeau père et plusieurs libéraux fédéraux, dont Chrétien, se feront un devoir de se faire les architectes de la destruction de l’entente du lac Meech par lequel le Québec réintégrait la canadian constitution. Le Canada anglais n’acceptait pas la spécificité du Québec dans l’accord de Meech.

      Imaginez « le rapport de force » de Legault!Ce dernier pratique la fuite en avant pcq il le sait, lui, que le document de 1982 est coulé dans le ciment et dans l’acier.

  • Paul-André Sansregret - Abonné 4 janvier 2018 07 h 12

    Une surdité affirmée officiellement depuis 1982

    Non, mais vous n'êtes pas fanné de mourir.nous disait un de nos artiste Et Félix chantant que les raisins sont murs dans notre jardin...
    Mais quand collectivement nous prendrons nous en main ?

    P-A Sansregret

    • Pierre Grandchamp - Abonné 4 janvier 2018 07 h 42

      La "surdité" a commencé en 1867. Puis, quand Trudeau a rayé le BICULTURALISME de Pearson pourf le remplacer par le bilinguisme et le MULTIculturalisme.

      Le Canada n'a jamais été une CONfédération.