Suroît: Charest risque de braquer les citoyens, dit le maire de Beauharnois

La Ville de Beauharnois n'a pas apprécié les propos tenus lundi par Jean Charest, dans le cadre d'une entrevue accordée au Devoir. Le premier ministre a estimé que la sécurité énergétique du Québec était en jeu et que la controversée centrale au gaz du Suroît devrait être imposée aux citoyens de la Rive-Sud si la Régie de l'énergie statuait que le projet est nécessaire.

Selon Daniel Charlebois, maire de Beauharnois, de tels propos sont prématurés et risquent de braquer la population de la ville contre le projet, voyant que le gouvernement veut l'imposer. Déjà, 80 % des citoyens de Beauharnois seraient réfractaires au Suroît, d'après le maire.

Hydro-Québec doit obtenir un changement de zonage pour implanter sa centrale dans le secteur prévu. Or, Beauharnois envisage de soumettre cette modification à un référendum municipal, tellement elle est contestée dans la région.

Référendum ou pas, si la Régie accorde sa bénédiction à Hydro-Québec, le gouvernement n'écarte pas la possibilité d'imposer ce changement de zonage s'il le faut. Le Suroît «concerne tous les Québécois» et pas seulement les résidants de Beauharnois, a dit Jean Charest au Devoir. «Il y a au Québec une question de sécurité énergétique qui interpelle la responsabilité de l'État. Le choix du Suroît s'est fait dans ce contexte-là. Il y a un problème de sécurité dans les années 2006-2007-2008: il faut répondre à cela», a-t-il souligné.

En ce sens, l'approbation de la population locale, l'une des conditions que s'est imposées Hydro-Québec pour tous ses nouveaux projets, ne serait pas requise. «Je place le Suroît dans un autre contexte», a mentionné le premier ministre. La décision de la Régie de l'énergie est attendue le 30 juin, et une commission parlementaire sur l'énergie doit suivre.

La Ville de Beauharnois n'a pas manqué de souligner que la ligne Hertel-des-Cantons, bâtie au lendemain de la tempête de verglas pour assurer elle aussi la sécurité énergétique de la province, avait été imposée à la population locale. Une loi spéciale avait alors été nécessaire.

À l'Assemblée nationale, le premier ministre Jean Charest a tenu à préciser qu'il n'avait pas parlé de loi spéciale lors de l'entrevue accordée au Devoir, lundi. M. Charest a d'ailleurs déposé à l'Assemblée nationale une transcription de la partie de l'entrevue où il a été question de la centrale du Suroît.

Répondant à une question du député de Lac-Saint-Jean et porte-parole de l'opposition officielle pour l'environnement, Stéphan Tremblay, M. Charest a réitéré que la centrale du Suroît «est un choix qui a été fait dans ce contexte de sécurité énergétique». Si ce problème de sécurité énergétique s'est posé, c'est parce que «le gouvernement de l'époque a arrêté le développement. C'est le gouvernement du Parti québécois qui est responsable de cette situation-là», a-t-il dit.

L'opposition officielle a accusé le premier ministre d'avoir déjà pris sa décision «d'aller de l'avant», avant même de connaître les conclusions de la Régie et les consultations publiques qui doivent suivre.

Le gouvernement Charest attend la décision de la Régie pour agir. «On a demandé à la Régie de nous éclairer là-dessus et on va attendre que la Régie fasse son travail. Qu'ils livrent leur rapport et on va donner suite au rapport, comme on s'est engagés à le faire», a dit le premier ministre.

Avec la collaboration de la Presse canadienne et de Robert Dutrisac