Allégations non fondées: l’étau se resserre autour d’Yves Francoeur

Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur

L’étau se resserre autour du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, encore muet mercredi sur la conclusion d’une enquête qui a établi qu’« aucune preuve » ne permet d’étayer ses prétentions sur la fermeture prématurée d’une enquête en raison de pressions politiques.

Les ministres Robert Poëti, Pierre Moreau, Christine St-Pierre et Stéphanie Vallée ont tour à tour réitéré la demande d’excuses formulée mardi par leur collègue Jean-Marc Fournier, tandis que le maire de Québec, Régis Labeaume, a réclamé la démission d’Yves Francoeur.

« Le minimum qui pourrait arriver, ce serait certainement de s’excuser, je pense », a déclaré Pierre Moreau à son arrivée au Conseil des ministres. « Les policiers savent très bien que l’on vit dans un État de droit et ils ne peuvent pas avoir un comportement aussi répréhensible que celui-là. Moi, je pense que sa responsabilité civile est engagée », a ajouté l’avocat de carrière.

Au terme d’une enquête qu’elle a menée auprès de 60 personnes, une équipe mixte pilotée par la Sûreté du Québec (SQ) et supervisée par le Bureau des enquêtes indépendantes a conclu que les allégations d’Yves Francoeur étaient non fondées. « Aucune preuve ne démontre quelque fraude ou quelque trafic d’influence [que ce soit] », a-t-elle statué.

Le 27 avril, Yves Francoeur a déclaré au micro du 98,5 FM qu’une enquête de fraude ou de trafic d’influence qui concernait deux élus libéraux, dont un siégeait toujours à l’Assemblée nationale, avait été bloquée en plus haut lieu — et peut-être au sein même du DPCP. Des médias ont plus tard révélé que l’enquête aurait porté sur l’ex-ministre libéral Raymond Bachand et le leader actuel du gouvernement, Jean-Marc Fournier. L’affaire avait aussi éclaboussé le directeur du Service de police de la Ville de Québec et ex-directeur des enquêtes de la commission Charbonneau, Robert Pigeon, mis en cause pour avoir prétendument fait avorter l’affaire.

« On a visiblement affaire à un menteur qui a remis en question la réputation du chef de police de la Ville de Québec », a pesté le maire Labeaume mercredi, selon ce qu’ont rapporté les médias de Québec. « C’est épouvantable, et la preuve a été faite qu’il a menti. J’espère vraiment qu’on ne le reverra pas dans l’espace public. Ce gars-là ne mérite pas beaucoup d’estime de la population du Québec. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, n’a pas souhaité s’ingérer dans le dossier. « M. Labeaume peut gérer son propre service de police et pour moi, c’est important de laisser le SPVM gérer son propre service. Cette histoire est sortie aujourd’hui. Je suis sûre que le SPVM prendra la bonne décision basée sur la situation et les faits », a-t-elle déclaré.

À l’Assemblée nationale, le ministre Robert Poëti — lui-même ex-policier — a sommé Yves Francoeur de s’exprimer sur le fond de l’affaire. « Compte tenu de l’enquête à ce stade-ci, il devrait une fois pour toutes dire ce qu’il en est », a-t-il suggéré.

Aucun des ministres n’est allé jusqu’à demander la démission d’Yves Francoeur. « Je pense qu’au minimum, ça prend des excuses. Minimum. Et après ça, eh bien, c’est à lui de décider ce qu’il va faire de son avenir », a déclaré Christine St-Pierre.

« Jean-Marc Fournier, qui est le principal intéressé, a eu les mots justes hier », a aussi affirmé Stéphanie Vallée.

— Avec Jeanne Corriveau

14 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 20 décembre 2017 11 h 19

    Qu'en est-il au juste ?

    Le texte dit qu'une « enquête auprès de 60 personnes (menée par) une équipe mixte pilotée par la Sûreté du Québec (SQ) et supervisée par le Bureau des enquêtes indépendantes a conclu que les allégations d’Yves Francoeur étaient non fondées ».

    Il s'agit d'une enquête policière et un bureau d'enquête. Il me semble que les données de l'enquête (personnes consultées ou interrogées) et données recueillies (textuelles, informatiques ou autres) devraient être rendues publiques. Autrement, c'est demander de faire confiance, ce qui n'est pas une façon de faire une preuve.

    Il ne revient pas seulment à M. Francoeur de soulever ce point. Il revient aux élus de l'Assemblée nationale de le faire en convoquant les responsables de l'enquête et en leur demandant de déposer le document écrit attestant de leur verdict. S'ils ne le font pas, ils contribueront à valider un exercice dont les auteurs demandent qu'on leur fasse confiance.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 décembre 2017 11 h 40

      C'est justement ce que j'allais écrire...en d'autres mots.
      Merci de l'avoir si bien fait ...M. Bariteau.

      J'ajouterais:
      Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de preuves* que des allégations sont
      fausses.
      Les preuves* peuvent être directes ou...circonstancielles.
      Ces dernières sont souvent plus difficiles à étayer "hors de tout doute".
      Pourquoi ? parce que l'instigateur du crime a tout fait pour cacher ou détruire ...les preuves directes.?

    • Pierre Pinsonnault - Abonné 20 décembre 2017 12 h 27

      Monsieur Bariteau a raison. Beaucoup de citoyens sont assez intelligents pour lire et comprendre le document écrit rapportant ce qui a mené cette équipe mixte à signer leur verdict. Nous en priver constitue une insulte à l'intelligence.

    • François Genest - Abonné 20 décembre 2017 13 h 58

      Apparemment, c'est tout ce qu'on saura :

      https://www.sq.gouv.qc.ca/communiques/conclusion-enquete-allegation-20171219/

  • Robert Beauchamp - Abonné 20 décembre 2017 12 h 18

    La preuve

    On cherche quoi au juste? Preuve de fraude ou preuve de rencontre en personnes intéressées?

    • Yves Mercure - Abonné 22 décembre 2017 13 h 58

      Notion de preuve : "l'absence de preuve"ne doit pas être confondue avec "la preuve de l'absence de faits". Fournier, spécialiste de casuistique et tortionnaire de faits, sait très bien que lorsqu'une enquête ne peut conclure aux fait, le publique reçoit un message d'innocence. Le ministre bénéficie du doute raisonnable. Ça n'en fait pas un saint et on dirait qu'il exulte un peu beaucoup, lui qui regardait ailleurs depuis des mois. Pas besoin d'être profiteur au FBI pour avoir des soupçons. Ce qui ne résout pourtant rien : le jeu continuera jusqu'en octobre...ou plus.

  • Lucien Cimon - Abonné 20 décembre 2017 16 h 47

    Une autre comédie scénarisée par le grand metteur en scène libéral.
    Allons pleurer sur l'injustice faite à saint Jean-Marc!
    Ce qu'on en a marre de ces imposteur!

  • Marc Therrien - Abonné 20 décembre 2017 17 h 02

    Les allégations non fondées n’ébranlent pas la croyance adoptée


    Il est bien évident qu’en l’absence d’une démonstration convaincante prouvant que les allégations étaient non fondées, le biais de croyance fera en sorte que ceux qui croient que les personnes visées du PLQ sont coupables en seront encore plus convaincues, car même quand il y a des preuves démontrées qui entrent en contradiction avec une croyance, le biais cognitif appelé «l’effet retour de flamme» peut-être observé chez les personnes qui ont tendance à rejeter ces preuves et à se refermer davantage sur leur croyance de base. D’autres, en se rappelant le personnage de Shakespeare, appellent ça aussi «l’effet Othello», classiquement observé dans le phénomène de la jalousie maladive où toute tentative de la personne soupçonnée de tromperie de se disculper renforce le soupçon de son accusateur.

    L’étude des biais cognitifs à pris de l’ampleur avec le développement des sciences cognitives modernes, mais déjà en 1620, le philosophe et scientifique Francis Bacon avait semé les graines de ce futur champ de connaissance : «Une fois que la compréhension humaine a adopté une opinion (...) elle aborde toutes les autres choses pour la supporter et soutenir. Et bien qu'il puisse être trouvé des éléments en nombre ou importance dans l'autre sens, ces éléments sont encore négligés ou méprisés, ou bien grâce à quelques distinctions mis de côté ou rejetés.» (dans le «Novum organum»)

    Marc Therrien

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 décembre 2017 06 h 51

      Intéressant. Merci

  • Maryse Veilleux - Abonnée 20 décembre 2017 17 h 20

    Crédibilité nulle

    Vu que monsieur Francoeur ment de la sorte, les membres de la Fraternité des policiers devraient demander une assemblée générale et élire quelqu'un d'autre.