La montée en puissance de la CAQ inquiète les centrales syndicales

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot

Les chefs syndicaux s’inquiètent de voir la Coalition avenir Québec donnée favorite à moins de 10 mois des élections générales. Après trois ans et demi d'« austérité libérale », ils mettent en garde les électeurs contre le risque de voir l’État du Québec rapetisser encore plus entre 2018 et 2022.

« Entre l’austérité libérale et les intentions à peine voilées de démantèlement caquiste de l’État, la population, comme les travailleuses et travailleurs, risque de trouver le temps long », a fait valoir la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, en conseil général mercredi.

« Disons-le franchement, le vent qui souffle actuellement sur le Québec n’est pas très encourageant », a-t-elle laissé tomber devant des centaines de délégués rassemblés au Fairmont Le Château Frontenac.

De son côté, le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau, a reproché au gouvernement libéral d’avoir abandonné, en douce, des missions clés de l’État — en éducation et en santé, notamment — sous le couvert d’un assainissement nécessaire des finances publiques.

Le vent qui souffle actuellement sur le Québec n'est pas très encourageant

 

Québec a effectué des coupes budgétaires — totalisant plus de 4 milliards de dollars depuis le printemps 2014, selon l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) — au terme desquelles il a allégé le fardeau fiscal des Québécois.

« C’est une arnaque incroyable ! C’est une spirale sans fin dans laquelle on est entraînés : tu coupes, tu as moins de services, tu as un remboursement d’impôts. Alors, tu développes le réflexe : je n’ai plus de services, mais je vais avoir plus d’argent dans mes poches pour… aller me les payer. Et, si je suis prêt à me les payer, je suis prêt à vivre avec la privatisation et la sous-traitance », a-t-il déclaré devant les participants du conseil confédéral de la CSN réunis à l’Hôtel Le Concorde mercredi.

La table à une « nouvelle ère de compressions » ?

Mme Chabot accuse également le gouvernement Couillard d’avoir « sem[é] les graines pour une nouvelle ère de compressions » en abaissant les impôts de près de 3 milliards de dollars — du « gaspillage », selon elle.

« Dès le prochain ralentissement économique, le gouvernement fera à nouveau face à un manque d’argent et nous imposera à nouveau l’austérité pour répondre à ses obligations. Comme quoi la vision d’avenir des libéraux se résume à nous faire tourner en rond », a-t-elle lancé.

À l’approche du rendez-vous électoral, Mme Chabot dit « croi[re] beaucoup aux contre-pouvoirs ». « La pression populaire, la pression syndicale, il faut continuer à la maintenir [face] au gouvernement qui dirige pour les mieux nantis et non pour le bien commun de la société. »

Geste inusité : la CSQ entrevoit la possibilité de donner une consigne de vote à ses membres ou, à tout le moins, d’afficher son préjugé pour une formation politique ou une autre.

« On a un débat cette semaine sur cette question-là », a précisé Mme Chabot au Devoir, après avoir rappelé que la CSQ « n’a pas la tradition d’appuyer des partis ».

La CSN, elle, n’affichera pas ses couleurs. « On ne fait pas de politique partisane », a répété M. Létourneau mercredi. « Mais on va critiquer la réforme Barrette. On va critiquer la stratégie des finances publiques. On va souhaiter des réinvestissements. On va critiquer l’absence de politique industrielle et manufacturière pour le Québec. »

Menace pour le mouvement syndical

Par ailleurs, la « logique » de « gouvernance de l’État » préconisée par le PLQ et la CAQ est perçue comme une menace au mouvement syndical.

« Si on n’est pas capable de casser ce modèle-là, on va tous se faire prendre un par un : les CPE, les psychologues, les professeurs de cégep, les travailleurs des secteurs privés, le monde des régions… On va tous se faire prendre un par un et on va tous se faire planter », a mis en garde M. Létourneau devant des délégués provenant des quatre coins du Québec.

Enfin, le président de la CSN a insisté mercredi sur la nécessité de revoir ses façons de faire à un moment où la « pertinence du syndicalisme » est remise en cause par l'« individualisme » et le « chacun pour soi ».

14 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 14 décembre 2017 07 h 50

    STACAUSE DES MEMBRES, FRANCHEMENT!

    « la « pertinence du syndicalisme » est remise en cause par l'« individualisme » et le « chacun pour soi ». »

    La pertinence du syndicalime est remise en cause par le fonctionnement obsolète du syndicat, entre autres par le non prise en compte de l'intelligence collective des membres.

    M.P.

    • Bernard Dupuis - Abonné 14 décembre 2017 10 h 28

      Que signifie l’expression <<L’intelligence collective des membres>>? Est-ce que l’ensemble des membres forme une collectivité intellectuelle homogène? Cette collectivité ressemble-t-elle à une ruche d’abeille? Sommes-nous en présence d’une croyance en un dessein intelligent? Ou est-ce un concept semblable à celui d’opinion publique? Est-ce une réalité virtuelle, une fiction? Les membres existent bel et bien, mais <<l’intelligence collective>>? Comment peut-on le savoir?

      Bernard Dupuis, 14/12/2017

    • Marguerite Paradis - Abonnée 14 décembre 2017 12 h 42

      Merci monsieur Dupuis de poser la question.
      L'intelligence collective, en résumé, c'est le résultat du processus de mise en commun des savoir, savoir-faire et savoir-être.
      Voici une référence sur le sujet qui pourrait contribuer à la mise à jour de la pratique syndicale
      http://www.intelligence-collective.net/intelligenc
      M.P.

    • Patrick Daganaud - Abonné 14 décembre 2017 21 h 30

      Chère Madame Paradis,

      La controversée intelligence collective ne résiste guère à la controversée théorie du maillon le plus faible.

      La gestion du pouvoir par les syndicats mérite certes une visite démocratique, mais cette dernière, en même temps que tributaire d'une répartition collégiale des pouvoirs, dépend de l'engagement individuel.

      Nous sommes hélas très loin de l'émergence d'intelligences collectives, tant la prédation est devenue règle sociale.

    • Marguerite Paradis - Abonnée 15 décembre 2017 10 h 17

      Cher monsieur Daganaud,

      Vous n'êtes pas un prédateur, je ne suis pas une prédatrice, alors...

      1 + 1 = 3.

      Au plaisir,

      M.P.

  • Bernard Terreault - Abonné 14 décembre 2017 08 h 03

    Il est temps

    Les travailleurs, syndiqués ou non, ont tout à perdre avec la CAQ. Lettre au Devoir, d'accord, mais c'est surtout à la base que les syndicats doivent faire le travail de conscientisation de leurs membres pour qu'ils aillent voter en masse pour le PQ, le seul parti le moindrement à gauche qui a le potentiel de former un gouvernement. Que les travailleurs ne se laissent pas leurrer par les promesses de baisses d'impôt qui profiteraient surtout aux gros, ou de limitation de l'immigration qui ferait disparaître un bassin de cheap labor cher au patronat.

  • Jean-François Laferté - Abonné 14 décembre 2017 08 h 36

    Une direction de vote..

    Bonjour,

    Vois dites:

    "Geste inusité : la CSQ entrevoit la possibilité de donner une consigne de vote à ses membres ou, à tout le moins, d’afficher son préjugé pour une formation politique ou une autre."

    Si vous avez fait au cours des mes années de prof une mission de conserver notre autonomie professionnelle,je vous enjoins à ce que je conserve ma liberté de penser et d’agir..Ce n’est pas à 60 ans que vous allez me pointer vers un parti ou un autre.De plus,avec le montant exigé pour nos cotisations syndicales même à la retraite lorsque je fais de la suppléance occasionnelle,vous n’avez aucun mandat sur le choix de mon vote.

    Jean-François Laferté
    Terrebonne

  • Danielle Houle - Abonnée 14 décembre 2017 13 h 50

    CAQ= PLQ

    Entre autres, ces deux partis carburent aux hydrocarbures et ont plein de points communs! Catastrophe, on est pas sorti du bois et ce, que se soit la caq ou le plq qui entre en 2018!

  • Clermont Domingue - Abonné 14 décembre 2017 15 h 27

    Inquiétudes fondées.

    Le plus inquiétant chez les caquistes, après l'égoĩsme, c'est leur méconnaissance de la macro-économie et leur incapacité à anticiper les comportements de la population.

    La vélocité de la monnaie ( l'argent qui roule et change de main) a une grande importance pour la santé de l'économie et la lutte contre la pauvreté.

    Considérant que les salaires stagnent depuis des années, les transferts d'argent du gouvernement aux particuliers doivent augmenter constamment pour compenser le manque à gagner des travailleurs.L'aide aux familles du gouvernement Trudeau a été une excellente mesure, parce que cet argent est mis entre les mains de personnes qui vont dépenser chez nous pour répondre aux besoins de leurs enfants. Les baisses d'impôts n'ont pas du tout le mëme impact,parce que cet argent va aux plus aisés pour s'accumuler dans leur épargne, payer des voyages à l'étranger ou acheter des biens de luxe.

    Les milliards de l'aide aux familles ont corrigé, en partie, l'austérité bête de Couillard.Le maintien au pouvoir de Couillard ou l'élection de la CAQ détruira l'état et accroîtra la précarité des plus vulnérables.