Lisée et Couillard s’allient contre Legault sur l’immigration

Le chef de la CAQ, François Legault
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault

Le Québec a accordé « trop d’importance à la connaissance du français » dans le processus de sélection des immigrants et « le premier, peut-être même le seul » critère de sélection à l’immigration devrait être la capacité à répondre aux besoins du marché du travail, a plaidé le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, dans une entrevue accordée au réseau CBC.

L’échange, publié par CBC mercredi, a rebondi au Salon bleu jeudi.

Après avoir causé un malaise au sein du caucus libéral avec sa motion sur le « bonjour-hi », le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, s’en est pris aux positions de son rival caquiste sur les questions d’immigration.

« À la question “Pourquoi on n’arrive pas à faire embaucher suffisamment d’immigrants ?”, le chef de la CAQ a dit : “Je pense qu’on accorde trop d’importance à la connaissance du français dans la sélection” », a rappelé le chef péquiste. « À la CAQ, on dit que le premier et peut-être le seul critère de sélection doit être la compétence professionnelle », a-t-il encore déclaré, dans une question posée… au premier ministre, Philippe Couillard.

De l’autre côté du Salon bleu, le chef libéral a saisi la balle au bond. « [Je suis] excessivement surpris d’entendre la CAQ dire des choses semblables. Mais, quand on veut être élu à tout prix, on dit n’importe quoi », a-t-il répondu, dans une pointe lancée à François Legault, dont le parti le devance dorénavant le sien dans les sondages.

Sur son site Web, CBC a publié la totalité de son échange avec François Legault. Les propos qui y sont écrits sont conformes à ceux rapportés en chambre par Jean-François Lisée.

Double discours ?

La porte-parole de la CAQ en matière de protection et de promotion de la langue française, Claire Samson, a défendu son chef. « Non, je ne crois pas », a-t-elle répondu quand on lui a demandé si François Legault tenait des discours différents dans les médias anglophones et francophones. « Il fut un temps où la connaissance du français était plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui. […] Il fut un temps où on a accordé trop d’importance à la connaissance du français », a-t-elle affirmé, pour expliquer la déclaration de François Legault à la CBC.

Or, la connaissance du français occupe actuellement davantage de place dans le processus de sélection des immigrants qu’elle ne le faisait auparavant. En mars 2017, Québec a modifié la pondération de sa grille de sélection pour y abaisser le nombre de points pouvant être obtenus pour les qualifications professionnelles par rapport au reste des facteurs — dont les connaissances linguistiques.

Le gouvernement Couillard espérait ainsi accroître le recrutement d’immigrants qualifiés pouvant parler le français. En comparant les neuf premiers mois de 2016 avec les neuf premiers mois de 2015, le ministère de l’Immigration avait constaté que le pourcentage d’immigrants répondant à ces deux critères avait chuté, passant de 79,3 % à 64,5 %.

La qualification d’abord

Dans la même entrevue à CBC, François Legault a déclaré que la CAQ proposait de soumettre les immigrants à un test de français trois ans après leur arrivée au Québec. « Le premier, et peut-être le seul critère [de sélection] devrait être la qualification, et [la capacité] à répondre aux besoins du marché du travail », a-t-il ajouté. Claire Samson partage-t-elle son avis ?

« Non, je crois qu’il doit y avoir plusieurs critères qui doivent s’appliquer », a-t-elle déclaré au Devoir. « Naturellement, le critère de nos besoins en main-d’oeuvre doit être important, mais aussi la capacité d’une personne, d’un candidat, de s’intégrer à la société québécoise est importante », a-t-elle ajouté.

La députée s’est une fois de plus défendue de tenir un discours différent de celui de son chef. « Il faut s’assurer qu’ils [les immigrants] sont habilités à décrocher un emploi. Tant mieux s’ils parlent le français. S’ils ne le maîtrisent pas, on doit se dévouer à le leur apprendre », a-t-elle proposé.

Son parti suggère d’accepter les demandes d’immigration de travailleurs qualifiés, même si ceux-ci ne parlent pas français, pour ensuite leur offrir un suivi individuel assurant leur francisation. « Ça illustre que pour la CAQ, l’immigration, c’est purement une question économique », a réagi le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois. Il a défié le chef caquiste de répéter ses commentaires en français. « Ça a toute l’apparence d’un clientélisme élémentaire. Si ce n’est pas ça, qu’il en fasse la démonstration. Qu’il se ravise ou qu’il réitère la position de son parti », a-t-il demandé.

Une vieille tactique

La semaine dernière, les élus de l’Assemblée nationale ont adopté une motion du Parti québécois qui invitait tous les commerçants à accueillir leurs clients avec un « bonjour », plutôt qu’un « bonjour-hi ».

Les libéraux Kathleen Weil et Geoffrey Kelley ont publiquement admis avoir fait face à un torrent de critiques en raison de leur appui à celle-ci. Ils ont tous deux minimisé l’impact de la motion ; la première en réitérant son désir d’utiliser le « bonjour-hi », le second en qualifiant l’histoire de « tempête dans un verre d’eau » dans un entretien avec le quotidien Montreal Gazette.

« Je crois qu’on avait sous-estimé l’impact que ça aurait chez nos compatriotes de langue anglaise », a reconnu jeudi le premier ministre Couillard. « Il n’y a pas deux classes de Québécois, mais bien une seule », a-t-il ajouté en anglais, au Salon bleu. « Le français est notre langue officielle, mais l’anglais n’est pas une langue étrangère au Québec », a-t-il souligné.

Jean-François Lisée a admis avoir déposé cette motion pour prouver que le premier ministre n’agit pas « de bonne foi » quand il avance que le français est la langue commune au Québec. « I set the oldest trap in the book », a-t-il lancé aux reporters anglophones de la colline Parlementaire.

15 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 décembre 2017 04 h 29

    La cohérence de M. Legault

    Lorsque le gouvernement Marois a voulu renforcer la Loi 101 pour lutter contre l’anglicisation de Montréal, la CAQ a posé toute une série d’objections inacceptables.

    Minoritaire, ce gouvernement avait absolument besoin de la CAQ pour agir. La CAQ a poignardé le PQ dans le dos.

    Les objections de la CAQ étaient du genre : « Oui mais ça va coûter combien ? ».

    Comme si la survie du peuple francoQuébécois était une gestion de sous.

    La position de M. Legault aujourd’hui est la même qu’autrefois. En comparaison avec le PLQ, la CAQ a le mérite de la franchise.

    Si les Québécois élisent un gouvernement de la CAQ à l’occasion de la prochaine élection, ils auront choisi démocratiquement d’accélerer l’anglicisation de Montréal puisque les réticences de la CAQ à augmenter le nombre des immigrants disparaîtront devant les appels contraires des chambres de commerce et des clubs Kiwanis du fond de la province.

    La CAQ, c’est le parti de la compromission et de l’aplatissement devant les visées coloniales des élites canadiennes-anglaises. Tout comme le PLQ, mais de manière moins hypocrite.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 8 décembre 2017 09 h 47

      En 2017, on parle encore du franças, langue officielle. Il faudrait en finir avec ce sujet et décider enfin que le français est langue officielle et arrêter de dialoguer comme on le fait à l'Assemblée nationale. Changer de sujet Messieurs les députés/ministres car vous tournez en rond. On ne rejette pas les autres langues en autant qu'on respecte la nôtre. On utilise ce sujet pour lancer des bêtises à un autre parti et augmenter sa popularité
      et gagner des votes. Couillard le ventre gonflé par son arrogance se croit le roi du monde...

    • Gilles Racette - Inscrit 8 décembre 2017 12 h 37

      L'attrait du pouvoir pousse a bien des choses, comme oublier des principes qu'on defendait avec vigueur autrefois mais, vire capot un jour, vire capot toujours, on en apprend beaucoup sur l'homme et je vais m'en souvenir aux prochaines élections.

  • Clermont Domingue - Abonné 8 décembre 2017 05 h 34

    Sa mémoire.

    Monsieur Legault ne sait pas ce qu'il pensait ni ce qu'il disait par le passé.Il a un problème de mémoire.

  • Pierre Samuel - Abonné 8 décembre 2017 06 h 40

    Les vierges offensées...

    < Lisée et Couillard s'allient contre Legault sur l'immigration. >

    Provocateur Legault ! Mais faut tout de même le faire...Allier Lisée et Couillard contre lui ! Ce que des sondages peuvent faire...

    D'autant plus que, pas plus tard que la semaine dernière au Congrès libéral, "la ministre des Relations avec les Québécois d'expression anglaise", Kathleen Weil, a donné le coup d'envoi officiel du Secrétariat aux relations avec les Québécois d'expression anglaise et annoncé la tenue d'une consultation sur les "préoccupations" des anglophones du Québec "dans les prochains mois", selon l'édition du Devoir du 25 novembre dernier.

    Et que dire de Lisée qui se contorsionne tel un acrobate du Cirque du Soleil depuis des lustres, ne sachant plus quelle position adopter pour ne pas déplaire à personne avec son référendum du "peut-être ben que oui, peut-être ben que non" en tentant désespérément de convaincre les anglos qu'ils n'ont absolument rien à craindre...

    Nul besoin d'être caquiste, pour que tout citoyen le moindrement avisé s'aperçoive
    que ça chaufffe et que la soupe est déjà dans la marmite...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 décembre 2017 08 h 35

      À Pierre Samuel :

      Aucun parti québécois n’est plus dévoué à la défense du français que le PQ.

      Non seulement la Loi 101 est une loi adoptée par le PQ, mais n’eût été l’opposition de la CAQ, cette loi aurait été renforcée par le gouvernement minoritaire de Mme Marois.

      Contrairement à ce que vous semblez croire, ce n’est pas M. Lisée qui décide des politiques linguistiques du PQ; ce sont les membres de cette formation politique.

      Alors je vous le dit bien aimablement : la récréation achève. Si le PQ est élu, nous respecterons les droits de la minorité anglophone mais nous ne nous plierons pas à tous ses caprices.

      Il y a des centaines de millions de Francophones à travers le monde. C’est suffisant pour pourvoir tous les postes vacants du Québec. Sauf que la langue de travail doit être _exclusivement_ le français pour tous les postes sauf ceux consacrés au service à la clientèle. Voilà comment on facilite leur intégration au travail.

      C’est justement ce que dit la Loi 101. Il suffit de l'appliquer.

      Ouvrir les vannes de l’immigration anglaise pour satisfaire ‘la demande’, c’est un autre exemple du nationalisme de peccadille de la CAQ.

      C'est un suicide collectif.

    • Guy Boudreau - Inscrit 8 décembre 2017 09 h 33

      Peut-être qu'il se contonsionne mais au mois il propose une solution durable qui vise à sortir le Québec du carcan fédéraliste alors que Legault n'offre que des mesures électoralistes. Comment faire confiance à ce traitre qui a renié ses convictions indépendentistes dams le seul but d'accéder à la fonction de 1er ministre ?

    • Pierre Samuel - Abonné 8 décembre 2017 12 h 42

      @ MM. Martel et Boudreau:

      Ne vous en déplaise, le PQ est malheureusemnent un parti en déclin en voie de rejoindre l'Union Nationale de Duplessis dans les limbes de l'Histoire.

      Cessons de se raconter des histoires et osons regarder les choses en face sans oeillères partisanes.

      Le PQ, et je parle en connaissance de cause, ayant fait partie de la cohorte des premiers militants péquistes, n'a jamais véritablement eu le courage de ses opinions, si ce n'est lors d'un bref moment en 1995 où Jacques Parizeau fut toutefois prestement écarté, considéré trop radical par son propre parti, au profit du conservateur Lucien Bouchard...On connaît la suite de ce référendum volé...Commer un René Lévesque complètement désemparé en 1980, après avoir également auparavant exilé un Pierre Bourgault dans le comté de Sept-Iles pour la même raison.

      A ne jamais se remettre véritablement en question, cette formation quinquagénaire s'est alors constamment dotée, par la suite, de chefs mi-figue, mi-raisin dont Jean-François Lisée est le prototype par excellence, successeur du fugace ultime sauveur PKP...

      N'ayant, de par mon expérience politique, aucune leçon à recevoir,
      j'en connais trop leurs sempiternelles redites pour m'y complaire ad nauseam...

      A défaut d'avoir eu le courage d'afficher véritablement leurs intentions et de concrétiser ce qui devait être fait en temps et lieu, ils n'en seraient pas encore aujourd'hui à "tataouiner" au niveau de tiers-parti avec un chef rivalisant avec un Gabriel Nadeau-Dubois...

      Quant au carriériste vire-capot François Legault, il est tout à fait en phase avec l'époque actuelle de ce Québec multiculturel et anglicisé où l'amnésie collective tient lieu de politique.

      "Suicide collectif", dites-vous, M. Martel ?

  • Jean Lapointe - Abonné 8 décembre 2017 08 h 10

    Rester une minorité n'est-ce pas de la lâcheté?

    «Son parti suggère d’accepter les demandes d’immigration de travailleurs qualifiés, même si ceux-ci ne parlent pas français, pour ensuite leur offrir un suivi individuel assurant leur francisation. » (Marie-Michèle Siou)

    Est-ce qu'il ne faut pas penser aussi aux demandeurs ?

    Ça ne doit pas être très motivant que d'apprendre le français quand on sait que les francophones au Québec ne forment pas vraiment un peuple et encore moins une nation mais qu'ils ne sont qu'une minorité dans un Canada majoritairement anglophone et quand ils voient que le français est très souvent bafoué et que les lois concernant l'usage du français sont très souvent contournées et même ignorées parfois?

    Les gens qui veulent immigrer aux Etats-Unis n'hésitent sûrement pas à appendre l'anglais pour la plupart d'entre eux parce qu'ils savent que ce serait une question de survie.Ceux qui veulent immigrer en France n'hésitent sûrement pas à apprendre le français pour les mêmes raisons.

    Pour que ce soit pareil ici au Québec il faudrait que le Québec soit indépendant pour que tout le monde sache que le Québec est un pays de langue française et que ses habitants ne sont pas qu'une simple minorité dans un pays anglophone.

    Nous nous le savons mais les étrangers eux se fient à ce qu'ils voient et ils ne nous voient pas comme nous nous voyons étant donné que nous ne sommes pas officiellement reconnus comme formant une nation et que notre langue n'est que la langue d'une simple minorité qui n'est respectée qu'à moitié.

    N'est-il un peu lâche de notre part de nous contenter de rester une minorité dans un pays anglophone alors que nous pourrions, si nous le voulions,être une majorité dans un pays de langue française?

    La CAQ n'a pas ce courage. Elle ne fait qu'espérer notre survie au lieu de prendre nos responsabilités comme peule. Elle n'adopte qu'une simple position défensive qui n'a aucune garantie de succès alors que nous pourrions plutôt nous affimer comme le souhaite le Parti québéc

  • Alain Lavallée - Inscrit 8 décembre 2017 08 h 18

    Qualification ??? Faux argument , la langue est plus importante

    « Le premier, et peut-être le seul critère [de sélection] devrait être la qualification, et [la capacité] à répondre aux besoins du marché du travail »,

    en soi c,est un argument faux, la qualification est indissociable de la langue.

    Il faudrait d,abord définir ce qu'est la qualification ? J'ai un nouveau voisin , immigrant de CHine. Là bas , il faisait du développement des affaires (marketing industriel),. Il veut faire du développement des affaires ici. il a 10 ans d'expérience, est-il qualifié ? il croit que oui....

    sauf que pour le moment il est d'une part incapable de soutenir une discussion en français et d'autre part, est-ce que ses connaissances du marché des affaires (dirigé) chinois, est directement transmissible à faire des affaires ici.
    Évidemment non.

    alors il faut définir la qualification...... qui implique une connaissance de la culture des affaires ici (Québec, Canada, Amérique du Nord).

    et ce n'est pas seulement le cas de la Chine c'est le cas de la grande majorité des immigrants arrivant ici et qui en plus ne parle pas la langue française

    • Serge Lamarche - Abonné 8 décembre 2017 14 h 30

      J'abonde dans le même sens. La maitrise du français est essentielle et ne veut pas dire que ces gens là sont moins compétents que les cohortes non-francophones. C'est une insinuation de m. Legault qui vient directement des anglais.