Le patron de l’UPAC a des comptes à rendre sur le climat de travail

Le ministre Martin Coiteux et le premier ministre Philippe Couillard ont tour à tour réitéré mardi leur confiance à l’endroit du grand patron de l’UPAC, Robert Lafrenière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Martin Coiteux et le premier ministre Philippe Couillard ont tour à tour réitéré mardi leur confiance à l’endroit du grand patron de l’UPAC, Robert Lafrenière.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, savait « depuis un certain temps » que le climat de travail est délétère au sein de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Or, il a attendu à mardi pour demander au commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, de lui faire rapport de l’état d’esprit de ses troupes et d’énumérer les mesures retenues afin d’améliorer les relations de travail.

Le document, qui est exigé d’ici le 19 janvier prochain, sera rendu public, a averti M. Coiteux. Les deux rapports internes sur le climat de travail à l’UPAC — que réclament les partis d’opposition et les médias depuis le printemps — resteront quant à eux secrets.

Québecor Média a diffusé mardi le contenu de l’un de ces deux rapports. Dans celui-ci, la Direction des ressources humaines du ministère de la Sécurité publique met en lumière le climat de travail malsain du service de vérification de l’UPAC, formé de 40 employés et dirigé par Marcel Forget jusqu’à jeudi dernier. « Le climat des réunions de direction ne serait pas bon. Il y aurait des tensions palpables entre individus. Il y aurait des échanges émotifs où certaines personnes auraient des gestes incivils [cris, larmes, regards sévères, poing sur la table] », est-il notamment écrit dans le document, que le gouvernement Couillard refuse de réclamer à l’UPAC.

Pour la deuxième fois mardi, les élus libéraux ont refusé une motion de l’Assemblée nationale exigeant à l’UPAC et à la Sûreté du Québec de lui remettre les deux rapports sur le climat de travail dans l’unité spécialisée dans la lutte contre la corruption.

« Je ne veux pas qu’on commence à demander, nous les parlementaires, les documents, [ce qui ferait en sorte de] lever la confidentialité des noms, [notamment] des témoins », a fait valoir le ministre Martin Coiteux. Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire se sont dits disposés à prendre connaissance de documents dépourvus d’informations nominatives, mais en vain.

M. Coiteux a refusé de dire s’il a déjà vu le rapport éventé par Québecor Média. « Ce n’est pas un rapport qui appartient au ministère », s’est-il contenté d’affirmer dans une mêlée de presse. Il a toutefois prétendu que le document « contient des données nominatives et confidentielles ».

Deux rapports

Après avoir dit que le climat de travail dans son équipe était « très bon », le grand patron de l’UPAC a admis le 4 mai dernier avoir mis en place un « comité sur le climat de travail », dans l’espoir « d’arranger les gens de la meilleure façon possible ».

La même journée, le député caquiste André Spénard a levé le voile sur un second rapport, produit par une employée de la SQ, Karine Martel, à la suite de plaintes d’employés du département des enquêtes de l’UPAC.

Le 19 octobre, le député péquiste Pascal Bérubé a demandé à l’UPAC de lui fournir les deux rapports mentionnés quelques mois plus tôt : celui sur le climat de travail au service de la vérification et celui produit par Karine Martel. « On va être preneur de tous ces documents-là », a-t-il lancé.

La semaine suivante, l’UPAC a remis le rapport de la Direction des ressources humaines du ministère de la Sécurité publique aux parlementaires qui en avaient fait la demande. Il était entièrement caviardé.

Ni M. Lafrenière ni la SQ n’ont accepté de transmettre — même caviardé — l’état de la situation produit par Karine Martel.

Le numéro deux démissionne

En dépit des crises qui secouent l’UPAC, le ministre Martin Coiteux et le premier ministre Philippe Couillard ont tour à tour réitéré mardi leur confiance à l’endroit du grand patron de l’UPAC, Robert Lafrenière. « M. Lafrenière est-il toujours l’homme de la situation ? » ont demandé les journalistes à M. Coiteux. « Oui », a répondu ce dernier.

Jeudi dernier, il faisait une lecture différente du travail du numéro deux de l’UPAC, Marcel Forget. « Dans les circonstances, je ne pense pas qu’il soit l’homme de la situation », avait-il déclaré, après qu’il fut révélé que Marcel Forget aurait vendu des actions sans permis de courtier dans les années 1990 et 2000. Le policier a démissionné quelques heures plus tard.

Malgré tout, M. Coiteux a réitéré mardi que le commissaire à la lutte contre la corruption ne doit pas être nommé par au moins deux tiers des élus de l’Assemblée nationale, comme le réclament les partis d’opposition. « On ne nomme pas les juges aux deux tiers. On ne nomme pas les directeurs de police aux deux tiers. Ça ne marche pas comme ça. C’est comme si on mélangeait les pouvoirs. C’est comme si on disait que les parlementaires devenaient les patrons de la police. C’est comme s’ils demandaient des comptes pas seulement sur l’efficacité, mais sur les enquêtes », a-t-il conclu.

L’affaire en quelques dates

4 mai : Robert Lafrenière affirme avoir mis en place un « comité sur le climat de travail » au sein de l’UPAC.

19 octobre : les parlementaires demandent à l’UPAC de leur fournir deux rapports sur le climat de travail à l’UPAC.

24 octobre : un premier rapport de la Direction des ressources humaines du ministère de la Sécurité publique est envoyé aux parlementaires. Il est entièrement caviardé. Le second rapport, produit par une employée de la SQ, n’a jamais été transmis aux parlementaires.

31 octobre : dans une conférence de presse de l’UPAC, André Boulanger, de la SQ, atteste que « le climat est très bon » à l’UPAC.

25 novembre : deux syndicats d’employés dénoncent le climat de travail « lamentable » au sein de l’UPAC.

28 novembre : le gouvernement libéral vote contre une motion de l’Assemblée nationale qui aurait permis d’exiger que l’UPAC remette les deux rapports sur son climat de travail.

5 décembre : le gouvernement libéral vote une fois de plus contre une motion exigeant que l’UPAC remette les deux rapports sur son climat de travail.
9 commentaires
  • Pierre Martin - Inscrit 6 décembre 2017 06 h 53

    La longue tradition du parti Libéral

    Fidèles à leurs habitudes, les libéraux vont dissimuler sous le tapis la poussière et cacher leurs exactions. L'UPAC est devenue une entité politique inopérante alors qu'adviendra-t-il des conclusions des enquêtes sur Pierre Bibeau, Nathalie Normandeau, Jean Charest...? Est-ce que l'incurie qui règne au sein de cette créature politico-policière créée sous le régime libéral nous mènera vers une nouvelle impasse, à l'instar de l'onéreuse Commission Charbonneau?

    • Sylvain Bolduc - Abonné 6 décembre 2017 10 h 55

      La meilleure justice possible(!) pour les québécois serait de ne plus JAMAIS porter au pouvoir ce parti corrompu. Ce serait déjà un minimum de justice...

  • Gaston Bourdages - Abonné 6 décembre 2017 07 h 11

    Monsieur Lafrenière, en acceptant ce mandat...

    ...a-t-il bien mesuré l'ampleur de ce que lui était demandé ? Savait-il qu'il aurait à s'attaquer à du «gros » ?
    Ce climat « délétère » serait-il aussi causé par des tenants de la vérité alors que d'autres s'y opposent ?
    Oh ! Que je ne voudrais pas travailler dans un tel climat !
    À savoir si nous bailleurs de fonds, payeurs de taxes et d'impôts ( pas celles et ceux des paradis fiscaux et Panama Papers ) aurons un jour droit à LA vérité ? C'est peut-être aussi affaire de conscience....
    Gaston Bourdages,
    Auteur de « Conscience...en santé ou malade ? »

  • Sylvain Bolduc - Abonné 6 décembre 2017 09 h 25

    Coiteux a tout faux!

    C'est déplorable de la part du ministre d'accuser l'opposition de vouloir s'immiscer dans les affaires de l'UPAC qu'alors que ce qui est demandé est de nommer le directeur au 2/3 de l'Assemblée Nationale comme dans plusieurs postes. Et après le PLQ accuse les autres de partisanerie mal placée!

    Libérez-nous des libéraux

  • Colette Pagé - Abonnée 6 décembre 2017 10 h 38

    Cette saga n'a-t-elle pas assez durée ?

    Enquêter exige concentration, application et sérénité.

    Or, comment voulez-vous que les enquêtes progressent lorsque les équipes sont divisées et qu'un climat toxique s'est installé alors que chacun protège ses arrières de crainte d'être dénoncé ou suspecté pour les fuites.

    Se pourrait-il que le directeur soit atteint du sydrome de Peter et qu'il ne soit plus la personne de la situation.

    À preuve aucune accusation découlant de l'enquête Machurer pas plus que pour le plus grand scandale immobilier à l'UPAQ qui traîne dans le passage depuis plus de 10 ans.

    Pendant ce temps les coquins qui courent dans la nature ont eu amplement le temps de détruire les preuves et de placer l'argent mal acquis dans les paradis fiscaux.

  • Yvon Pesant - Abonné 6 décembre 2017 11 h 50

    Intégrité policière

    Se pourrait-il que, à l'UPAC, il y ait des enquêteurs plus intègres que d'autres qui voudraient que toute la vérité puisse enfin être étalée au grand jour?

    Tout cet imbroglio nous porte à croire que, les preuves accumulées étant ce qu'elles sont depuis un bout de temps déjà, le gouvernementCouillard et le Parti Libéral du Québec mettent tout leur poids dans la balance du grand patron Lafrenière pour que rien ne puisse encore plus entachée l'image et la réputation du PLQ, lesquelles le sont déjà beaucoup trop pour tout le monde...

    ...sauf pour les membres du parti Libéral provincial qui font preuve d'un aveuglement volontaire sans borne comme ils ont si bien su nous le démontrer lors du récent congrès général en nous présentant Jean Charest comme "leur" héros national, Philippe Couillard compris dans cette mouvance caricaturale.