Cour suprême: la position du commissaire aux langues officielles désigné étonne

Le commissaire aux langues officielles désigné, Raymond Théberge, a  comparu devant le Comité parlementaire des langues officielles mardi.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le commissaire aux langues officielles désigné, Raymond Théberge, a  comparu devant le Comité parlementaire des langues officielles mardi.

Bien qu’il espère être nommé prochainement commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge ne partage pas l’idée que les juges à la Cour suprême doivent maîtriser le français et l’anglais. Le candidat du gouvernement Trudeau au poste de chien de garde des langues officielles au pays est d’accord avec le principe, mais ajoute qu’il peut s’avérer compliqué en pratique.

Sa candidature avait jusqu’ici été accueillie sans trop de heurts. Lors de sa comparution au Comité parlementaire des langues officielles, cependant, Raymond Théberge a offert une réponse qui a étonné les députés de l’opposition.

Invité à indiquer s’il estimait que les juges à la Cour suprême devaient être bilingues — une position défendue par le gouvernement de Justin Trudeau —, le commissaire désigné aux langues officielles a répliqué « en principe, moi, j’y crois ». Mais sa réponse ne s’est pas arrêtée là. « En pratique, jusqu’à quel point est-ce qu’on va représenter la diversité canadienne à la Cour suprême ? Et je pense que c’est la Cour suprême de tous les Canadiens et Canadiennes. Donc, au niveau pratique, on doit commencer à songer à ce que ça veut dire. »

Raymond Théberge a été appelé à préciser sa pensée. Le Franco-Manitobain a cité les débats qui ont entouré la récente nomination de la juge Sheilah Martin à la Cour suprême — plusieurs se sont demandé si aucun autochtone n’avait été nommé faute d’un candidat qui parle l’anglais et le français. « Le Canada est multiculturel », a conclu Raymond Théberge. « Mais il est officiellement bilingue », lui a lancé la néodémocrate Anne Quach. « Officiellement bilingue, absolument. Ça ne veut pas dire que l’un va à l’encontre de l’autre », a rétorqué le commissaire désigné.

À sa sortie du comité, M. Théberge a catégoriquement refusé de préciser sa pensée, arguant qu’il n’avait pas encore officiellement été nommé, même lorsque les médias lui ont souligné que ses propos pouvaient porter à confusion. La rencontre a été écourtée en raison de problèmes techniques et le candidat reviendra probablement terminer son témoignage jeudi. Conservateurs et néodémocrates promettent de revenir alors à la charge dans ce dossier.

Pas d’inquiétude au gouvernement

Le bureau de la ministre du Patrimoine et responsable des Langues officielles, Mélanie Joly, n’a pas voulu faire de commentaires lorsque Le Devoir lui a demandé si les propos de M. Théberge le menaient à reconsidérer sa nomination. L’attaché de presse Simon Ross a préféré rappeler que le gouvernement avait nommé deux juges bilingues à la Cour suprême. « Pour nous, le bilinguisme à la Cour suprême, c’est essentiel », a-t-il tranché. Le gouvernement s’est opposé cet automne au projet de loi néodémocrate qui aurait imposé le bilinguisme aux futurs juges du plus haut tribunal du pays, craignant qu’un tel changement ne constitue un amendement constitutionnel et préférant plutôt faire des nominations en ce sens sans enchâsser le principe dans la Loi sur la Cour suprême.

La libérale Linda Lapointe, qui siège au Comité des langues officielles, n’est « pas inquiète » des propos de Raymond Théberge, qui a « les connaissances » requises, selon elle, pour occuper le poste de commissaire.

Le conservateur Alupa Clarke trouve cependant « dommage » qu’il ait cette position. « En tant que Canadien, il a le droit d’avoir cette vision-là du pays. […] Mais en tant que commissaire […] je pense qu’il devrait être pour le bilinguisme des juges à la Cour suprême. » Le Parti conservateur ne retire pas pour autant son appui à la candidature de Raymond Théberge.

Toutefois, M. Clarke compte, tout comme les néodémocrates, reparler de cet enjeu avec M. Théberge lorsqu’il viendra terminer sa comparution. Car ses propos avaient « l’air ambivalent », de l’avis de la néodémocrate Anne Quach. « Ça nous prend des juges bilingues à la Cour suprême. C’est une lutte qu’on continue de mener au NPD et c’est important qu’il comprenne que c’est à lui ensuite de faire la promotion de cela. »

Les néodémocrates ont déposé plusieurs projets de loi réclamant le bilinguisme des juges au plus haut tribunal. Le nouveau chef, Jagmeet Singh, a cependant rompu avec la tradition du parti en se disant pour la nomination d’un magistrat autochtone qui ne parlerait pas les deux langues officielles.

19 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 décembre 2017 01 h 07

    que comprendre d'une décision semblable

    le Canada n'est-il pas un pays possédant deux langues officielles , quel vieux rétrograde et Trudeau veut le nommer,comme commissaire aux langues, ait-il tomber sur la tête

  • Yvon Beaudoin - Abonné 6 décembre 2017 06 h 15

    Un commissaire au multiculturalisme

    La question etait pertinente et sa reponse éloquente. Il vient de se discréditer pour le poste. Ce n'est pas un commissaire à l'épanouissement du multiculturalisme que les canadiens français ont besoin mais d'un défenseur de la dualité linguistique canadienne qu'on a besoin.

  • Gilles Bonin - Abonné 6 décembre 2017 07 h 05

    Compter...

    Compter sur un francophone pour miner la cause du français au Canada! Bon choix Mr. Trudeau.

  • Pierre Desautels - Abonné 6 décembre 2017 09 h 41

    Inquiétant.


    Les réponses de Raymond Théberge aux questions de la députée Anne Quach sèment l'inquiétude. S'il juge que défendre le multiculturalisme est aussi important que défendre le bilinguisme officiel, ce n'est pas rassurant.

    Il donne l'impression qu'il occupera ce poste, en tant que Canadien français de service qui ne voudra pas faire trop de vagues et déplaire à la majorité anglophone du pays.

  • Claude Gélinas - Abonné 6 décembre 2017 10 h 57

    Un loup dans la bergerie !

    Incapable de défendre le biliguisme à la Cour suprême ce candidat ne mérite-t-il pas d'être répudié. Manifestement, il n'a pas compris les exigences de sa fonction.

    Au mieux, il aurait été préférable de se taire en évoquant le fait qu'il s'agit là d'une question politique.