Québec laissera Ottawa s’occuper de l’octroi des permis de production de cannabis

L’entreprise Aurora produit de la marijuana au Québec, mais son siège social est en Alberta. Un seul producteur québécois fait partie de la liste des producteurs autorisés de Santé Canada.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne L’entreprise Aurora produit de la marijuana au Québec, mais son siège social est en Alberta. Un seul producteur québécois fait partie de la liste des producteurs autorisés de Santé Canada.

La ministre Lucie Charlebois souhaite qu’« à compétences égales », Ottawa favorise les producteurs québécois de marijuana, mais refuse néanmoins de rapatrier les compétences fédérales pour l’octroi de permis de production de cannabis.

« Je comprends qu’on veuille faire de la politique et qu’on veuille nationaliser les choses, mais sincèrement, c’est de la drogue, le cannabis. Ce n’est pas un plant de tomate », a déclaré la ministre déléguée à la Santé publique jeudi, en marge des consultations sur le projet de loi encadrant la légalisation du cannabis.

La société Hydropothecary est l’unique producteur québécois de marijuana à faire partie de la liste des producteurs autorisés de Santé Canada. L’entreprise Aurora produit aussi de la marijuana au Québec, à Pointe-Claire, mais son siège social est en Alberta.

Pourtant, « ce n’est pas des bananes ça, on peut le produire ici », a fait valoir le président des producteurs de serre du Québec, André Mousseau, devant les parlementaires.

« Quand on a compris qu’un [seul producteur] a été accepté, on s’est dit : il y a quelque chose qui cloche. On préférerait de beaucoup que ce soit notre ministère de l’Agriculture qui le prenne en charge », a-t-il dit au sujet de la délivrance de permis de production.

Le cofondateur d’Hydropothecary, Sébastien St-Louis, ne s’opposerait « pas du tout » à une telle prise de contrôle par Québec. « Attention au dédoublement de la réglementation », a-t-il cependant averti. « Les conditions sont extrêmement lourdes », a-t-il souligné.

C'est de la drogue, le cannabis. Ce n'est pas un plant de tomate.

 

Il a soutenu que sa demande de permis de production lui a demandé deux ans de travail et coûté 15 millions de dollars.

Une politique de production québécoise

Le Parti québécois s’est rangé derrière les Producteurs en serre du Québec. « Santé Canada n’a plus d’affaire dans ce dossier-là, à partir du moment où c’est du cannabis récréatif. Point final. Où est le gouvernement du Québec ? » a demandé le député Sylvain Pagé.

Selon lui, la prise de contrôle de l’octroi de permis de production par le ministère de l’Agriculture permettrait de « créer des emplois un peu partout au Québec », en vertu d’une « politique de production québécoise ».

La ministre Charlebois a plutôt suggéré d’adopter une approche inspirée de la discrimination positive. « Ce qu’on va faire, c’est dire au gouvernement fédéral : […] à compétences égales, on souhaite que nos producteurs québécois aient les mêmes chances, les mêmes permis », a-t-elle déclaré.

La Coalition avenir Québec a quant à elle rappelé qu’à son avis, le projet de loi de Québec est trop permissif. « Le Canada va devenir Amsterdam », s’est désolé le député André Spénard.

Âge légal

Si la CAQ devait former le gouvernement au terme de l’élection générale d’octobre 2018, elle pourrait « possiblement » rehausser l’âge légal de consommation de la marijuana à 21 ans, a attesté le député de Beauce-Nord.

De son côté, le député solidaire Amir Khadir a rappelé que son parti souhaite que la production de marijuana à des fins personnelles soit autorisée dans les résidences privées, et ce, afin de créer « les conditions les plus favorables pour sortir la pègre et le crime organisé » du marché du cannabis.

3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 1 décembre 2017 08 h 15

    Ça va en coûter, des tomates!

    Le gouvernement si prompt à soulever des problèmes éventuels de santé, et qui décide des médicaments qui peuvent, ou pas, être indemnisés, refuse de se mêler de la production de cannabis ?

    Cette industrie si facile à développer, qui au surplus serait flexible, réorientable sans trop de difficulté, est trop compliquée pour le gouvernement Libéral, qui préfère payer pour ders achats extérieurs, trnsport compris ?

    Je gagerais ma chemise que la raison en est toute simple : le PLQ n'a pas réussi à organiser de réseau de retour assez payant pour sa caisse occulte.

    En fin de compte c'est pas mal tout ce qui intéresse la clique à Couillard.

  • Robert Morin - Abonné 1 décembre 2017 08 h 46

    Vraiment typique...

    ...encore une fois, le gouvernement Couillard reste sur la touche et regarde passer le train fédéral en ruminant ses brins d'«herbe». Et à Montréal, c'est une entreprise albertaine qui s'en mettra plein les poches! «Allô la Terre!»

  • André Tremblay - Abonné 1 décembre 2017 09 h 04

    Surprenant....

    Faut -il s'attendre à autre chose de ce PM qui veut "sauver" le Québec...agenouillé devant son maître fédéral ?