Liaison Québec-Montréal: le train à grande fréquence ne séduit pas Québec

Le gouvernement fédéral étudie depuis un an déjà des «modèles d’affaires» de TGF ainsi que de remplacement de la flotte de locomotives et de voitures du corridor Québec-Windsor.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le gouvernement fédéral étudie depuis un an déjà des «modèles d’affaires» de TGF ainsi que de remplacement de la flotte de locomotives et de voitures du corridor Québec-Windsor.

Le ministre des Transports, André Fortin, refuse pour l’instant de donner son appui moral au projet de train à grande fréquence (TGF) de VIA Rail entre Québec et Windsor. « Si VIA Rail veut déposer un projet qui passe par Trois-Rivières et que le gouvernement fédéral veut investir dans ce projet-là, tant mieux », s’est-il contenté de dire à l’Assemblée nationale mercredi.

L’intérêt manifesté par le premier ministre Philippe Couillard à l’égard d’une liaison « moderne, durable, futuriste » entre Montréal et Québec — un monorail à grande vitesse (MGV), par exemple — a choqué des gens d’affaires de la Mauricie. Ils s’inquiètent de voir le projet de TGF — qui relierait notamment les villes québécoises de Montréal, Trois-Rivières et Québec — dérailler.

« On demande aux Québécois de penser avec nous à un projet d’avenir, à un projet qui sera bon pour l’an prochain, pour les prochaines années, pour les prochaines générations. Nous, on pense à 2050, on ne pense pas à 1950 », a déclaré M. Fortin.

Il répondait à l’élu caquiste Benoit Charette, qui lui reprochait de préconiser un MGV afin d’assurer la liaison entre Québec et Montréal au détriment d’un TGF, qui est « largement documenté » en plus d’être « largement appuyé par les communautés d’affaires et les municipalités ».

En effet, le gouvernement fédéral étudie depuis un an déjà des « modèles d’affaires » de TGF ainsi que de remplacement de la flotte de locomotives et de voitures du corridor Québec-Windsor par de l’équipement moderne carburant possiblement au diesel et à l’électricité.

Pour l’heure, M. Fortin refuse de demander à Ottawa d’appuyer financièrement le projet. « Avant toute chose, si le fédéral a un projet pour un lien rapide, nous l’encourageons à nous le déposer », a dit son attachée de presse, Marie-Pier Richard, mercredi soir.

Avant tout chose, si le fédéral a un projet pour un lien rapide, nous l'encourageons à nous le déposer

 

La concrétisation du TGF demeure toutefois une priorité aux yeux du député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard. « Je planche sur la solution réalisable à très court terme : le train à grande fréquence. C’est un outil de développement économique très important pour Trois-Rivières », a-t-il déclaré au quotidien Le Nouvelliste à dix mois des prochaines élections générales.

Le monorail : un « rêve folichon » ?

Le professeur à Polytechnique Montréal Aurelian Vadean ne retiendrait « pas du tout » la technologie du MGV pour assurer « une liaison entre Montréal et Québec ».

« Ce serait mieux si on se concentre sur une [agglomération] avec un fort achalandage, comme Montréal, avant de penser [à relier des] régions », explique-t-il dans un entretien avec Le Devoir.

De concert avec un groupe d’étudiants, notamment de Polytechnique Montréal et de HEC Montréal, M. Vadean avait évalué en 2011-2012 la faisabilité du projet de suspendre des navettes de la taille d’un autobus à un rail soutenu par des pylônes de plus de 10 mètres.

« On a trouvé que les risques financiers, économiques sont beaucoup trop importants. [Il faudrait retenir une] solution rodée plutôt que de se lancer dans quelque chose qui est très original, qui va, c’est sûr, nous apporter de la visibilité, mais… Je ne pense pas qu’on est dans une situation où on prend des risques aussi grands », souligne-t-il.

Le professeur Aurelian Vadean se dit néanmoins disposé à poursuivre des recherches afin de trouver une « solution qui exploite l’énergie électrique ».

« C’est assurément la voie à suivre. Un monorail qui n’est pas suspendu, mais posé sur les rails ou en lévitation, ça peut être intéressant », suggère-t-il au Devoir.

Le directeur général de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), Robert Laplante, soutient quant à lui que le MGV constitue à la fois un projet de transport carboneutre et de structuration du territoire intéressant.

« C’est un projet qui fait rêver beaucoup, beaucoup de Québécois… Et ce n’est pas un rêve folichon. C’est un rêve qui leur permettrait de se représenter et d’habiter le territoire d’une façon radicalement nouvelle », fait valoir le directeur du rapport de recherche « L’électrification du transport collectif : un pas vers l’indépendance énergétique du Québec » (2010). « Imaginez seulement le développement du Bas-Saint-Laurent, si vous pouvez faire Montréal-Rimouski en deux heures. »

14 commentaires
  • Benoit Fournier - Inscrit 30 novembre 2017 01 h 32

    Vivement un MGV!

    « On a trouvé que les risques financiers, économiques sont beaucoup trop importants. [Il faudrait retenir une] solution rodée » nous dit M. Vadean. Rodée dans des pays plus chauds et qui n'ont pas nos hivers. Le MGV ne serait pas embêté par la neige, il s'adapterait mieux au relief que le TGF, sa logistique favoriserait des arrêts dans de petites agglomérations...

    « Ce serait mieux si on se concentre sur une [agglomération] avec un fort achalandage, comme Montréal, avant de penser [à relier des] régions » On relierait seulement Montréal et Québec?

    Un avantage important du monorail, c'est qu'on n'a pas à bétonner des kilomètres et des kilomètres pour qu'un train puisse atteindre une grande vitesse de l'ordre des TGV. Ça a un impact important sur les coûts.

    Je suis curieux : les premiers investissements sur les barrages électriques ont dû présenter certains risques, non? Pourquoi l'article offre-t-il une plus petite place aux arguments en faveur du monorail? Robert Laplante en a certainement plus à dire sur le sujet...

    • Robert Beaulieu - Abonné 30 novembre 2017 12 h 15


      Tout à fait d'accord avec vous M.Fournier. Difficile d'accorder de la crédibilité a Aurelian Vadean. Étrangement, le professeur semble ne pas avoir saisit les caractéristiques de base avantageuses du MGV qui le démarque des autres options. Le MGV peut passer presque n'importe où, au dessus des routes et autres infrastructures existantes. C'est majeur comme différence! Il s'accommode des dénivelés bien mieux qu'un train.
      L'argument du risque financier n'a pas beaucoup de poids, surtout si on met de l'avant l'option d'un monorail au sol (!?) et pourquoi pas en lévitation (!!??) sur un champs magnétique!
      Y avez vous pensé? Imaginez l'assise nécessaire pour de telles options en plus des viaducs et des tunnels requis pour ne pas nuire à la circulation existante.
      Il est tellement dommage que le MGV refasse surface avec M.Couillard. Autre bonne façon de bousiller un projet tellement prometteur.
      Quand à Via, pour eux c'est une question de survie, plusieurs de leurs trains sont très vieux. Mais on ne parle pas ici d'un projet majeur structurant qui peut éventuellement relier les régions. On comprend l'intérêt pour Trois-Rivières, mais ensuite?
      La solution très court terme pour désengorger dans tous les cas semble être l'autobus électrique.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 1 décembre 2017 17 h 49

      M. Beaulieu, si Couillard, le PQ, QS et ON sont capables de s'entendre sur un même projet en même temps, c'est quand même très bon signe, non ??

  • Maryse Veilleux - Abonnée 30 novembre 2017 06 h 39

    D'accord avec Québec...

    ... il serait plus avantageux pour Montréal d'avoir un TGV vers Toronto.

    • Bernard Plante - Abonné 30 novembre 2017 11 h 10

      Merci pour votre solidarité québécoise.

    • André Joyal - Abonné 30 novembre 2017 21 h 59

      Mme Veilleux vous avez peut-être raison. Je vais à Québec 2 fois par année avec Orléans Express et ça me convient parfaitement.Souvent le bus de 10:00 est à moitié plein.Récemment, faute de passagers en nombre suffisant, il a dû être annulé.
      La demande est nettement insuffisante pour justifier un tel investissement.
      En fait,oublions Toronto et pensons santé et éducation si on veut investir des milliards.

  • Christian Montmarquette - Abonné 30 novembre 2017 07 h 45

    Tant qu'à investir pour le bien commun..

    Faudrait avant tout se demander à qui et à quoi ça servirait un projet comme celui-là, autre qu'à essayer de faire gagner des élections aux libéraux avec un projet racoleur? Ou à transporter une poignée de députés.es qui demeurent à Montréal vers l'Assemblée nationale à Québec?

    Tant qu'à investir pour le bien commun..

    Il me semble que nos gros problèmes de transport sont bien plus autour des grands centres. Y'a pas de pare-chocs à pare-chocs sur la 20 ni sur la 40 pour se rendre au travail.

    Mais y'en a énormément sur la 15 par contre, ce qui serait déjà un choix beaucoup moins cher (50 kilomètres seulement) et beaucoup plus judicieux.


    Christian Montmarquette

    • André Joyal - Abonné 30 novembre 2017 22 h 00

      Une fois n'est pas coutume, je suis parfaitement d'accord avec vous M. Montmarquette.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 30 novembre 2017 08 h 37

    DÉTOURNER L'ATTENTION DES PRIORITÉS

    Monsieur le premier ministre québécois et cie, vous avez trouvé une autre belle façon de détourner l'attention sur ce qui devrait être les priorités nationales. Ce n'est certainement pas d'aller « plus vite » à Québec
    Un transport collectif digne de ce nom à Montréal serait parmi les priorités.

    Ce n'est pas la population qui est cynique ce sont les éluEs qui sont sinistres.

    M.P.

    • Pierre Robineault - Abonné 30 novembre 2017 12 h 29

      Ce sont les éluEs qui sont sinistres, dites-vous?
      Ah bon! Je demande bien ce qu'elles penseront de ce commentaire.

  • Jean Richard - Abonné 30 novembre 2017 10 h 23

    Vendeurs de rêve et de virtuel

    « On demande aux Québécois de penser avec nous à un projet d’avenir, à un projet qui sera bon pour l’an prochain, pour les prochaines années, pour les prochaines générations. Nous, on pense à 2050, on ne pense pas à 1950 » (André Fortin)

    Traduction : pensons à un lointain et très hypothétique futur qui nous fera oublier les besoins du présent.

    Le gouvernement du Québec se moque visiblement des gens. Il traite le peuple comme une bande de gamins ayant perdu la capacité de faire la différence entre le réel et le virtuel. Il agit comme ces parents qui, n'aimant pas trop être dérangés par leurs propres enfants, leur basculent des jeux vidéos grâce auxquels ils s'effacent.

    Un monorail suspendu capable d'atteindre les 250 km/h, c'est une chimère. Est-ce par naïveté que le premier ministre du Québec se laisse embarquer dans ce projet farfelu ? Ou M. Couillard serait-il devenu souverainiste en refusant d'appuyer un projet simple et réaliste sous prétexte qu'il est mené par une société fédérale ? La réponse à ces deux questions est non.

    La réalité la plus probable, c'est que le gouvernement du Québec ne veut RIEN faire pour combler le retard de la province en matière de transport collectif, tant urbain qu'interurbain. Le gouvernement du Québec nage encore dans les années 50 (1950 et non 2050 comme le prétend son ministre des transports) et comme par hasard, le seul projet de transport collectif qu'il appuie vraiment, c'est le futur train de banlieue de la CDPQ, un projet de spéculation immobilière en banlieue. Et comme par hasard, le projet de Via Rail et celui du train de banlieue de la CDPQ font face à un dilemme : le difficile partage du tunnel sous le mont Royal. Via Rail a besoin de ce tunnel mais la CDPQ et son REM aspire à l'exclusivité – seul le REM empruntera le tunnel.

    Le MGV Québec-Montréal, c'est un jeu vidéo, un rêve pour distraire les gamins. Ou c'est une blague juste pour rire...

    • Gilles Théberge - Abonné 30 novembre 2017 11 h 10

      Quel lien faites-vous entre le souverainiste et le monorail...?