Les anglophones, des électeurs convoités

Le congrès du Parti libéral du Québec a été marqué par la présence, samedi, de l’ancien premier ministre Jean Charest. Celui-ci a rendu hommage à son successeur, Philippe Couillard, lors des célébrations soulignant les 150 ans d’existence du parti.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le congrès du Parti libéral du Québec a été marqué par la présence, samedi, de l’ancien premier ministre Jean Charest. Celui-ci a rendu hommage à son successeur, Philippe Couillard, lors des célébrations soulignant les 150 ans d’existence du parti.

Les libéraux et les caquistes se disputent les électeurs anglophones, qui semblent prêts à déroger à leurs habitudes électorales après l’abandon par les péquistes de la menace de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec entre 2018 et 2022.

Cela dit, le chef de la CAQ, François Legault, n’est pas prêt à tout pour faire le plein d’appuis au sein de la communauté anglophone. D’ailleurs, la « clause d’impact » obligeant le gouvernement québécois à mesurer les répercussions « de tout nouveau projet de loi ou règlement » sur les citoyens d’expression anglaise — qui a été adoptée par les membres du Parti libéral du Québec samedi — ne survivra pas à l’élection d’un gouvernement caquiste. « Pour l’instant, je ne vois pas l’utilité », a déclaré M. Legault à l’occasion d’une conférence de presse dimanche. « On a déjà trop de bureaucratie au Québec », a-t-il ajouté.

En revanche, l’aspirant premier ministre promet de garder intact le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise, mais seulement si celui-ci s’avère « vraiment utile ». « Je veux voir ce que ça va donner. Si ça donne de bons résultats, si c’est vraiment utile, puis que ce n’est pas seulement de la bureaucratie additionnelle, je n’ai pas de problème à le garder », a dit M. Legault au cours du week-end.

À Québec, la nouvelle ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, Kathleen Weil, a mis en avant la nécessité d’accroître le sentiment d’appartenance des Québécois anglophones et allophones à l’égard du Québec. « On veut que tout le monde se sente québécois à part entière. Que ce soient des gens qui viennent d’ailleurs ou des anglophones ; il faut travailler ce sentiment d’appartenance », a-t-elle déclaré.

D’ailleurs, l’ex-premier ministre Jean Charest a félicité son successeur, Philippe Couillard, d’avoir donné son feu vert à la création du Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise, et ce, trois ans et demi après s’être vu confier les commandes de l’État. « J’ai un seul regret, Philippe : j’aurais dû y penser. J’aurais dû le faire », a-t-il déclaré devant les militants libéraux réunis au Centre des congrès de Québec samedi soir pour célébrer le 150e anniversaire de leur formation politique.

L'« épouvantail » référendaire au placard

M. Legault a appelé les électeurs d’expression anglaise à « enfin » appuyer le 1er octobre 2018 un parti politique qui partage leur « vision » du Québec. « Si vous êtes fatigués d’être tenus pour acquis, la CAQ est maintenant une solution de rechange claire pour vous », a-t-il déclaré en anglais durant le discours de clôture du conseil général de la CAQ dimanche. L'« épouvantail » du référendum sur la séparation du Québec est « enfin disparu », a-t-il martelé tout sourire.

En 2014, le saut en politique de Pierre Karl Péladeau — le poing levé pour « faire du Québec un pays » — avait bousillé le plan de campagne de M. Legault. Pris de panique, plus d’un fédéraliste était accouru dans les bras du PLQ après avoir sérieusement envisagé de voter pour la CAQ.

Le chef libéral Philippe Couillard a convenu qu’il ne multipliera pas les sorties médiatiques sur les périls associés au projet indépendantiste afin de se faire réélire. « C’est raisonnable de penser ça [qu’on ne fera pas une campagne sur un éventuel référendum]. D’ailleurs, je ne vois pas un appétit dans la population pour cet enjeu-là. […] On aura une campagne, je dirais, nouvelle », a-t-il expliqué en conférence de presse.

Le PLQ recueille 60 % des intentions de vote des non-francophones, contrairement à 17 % pour la Coalition avenir Québec, 7 % pour Québec solidaire et 4 % pour le Parti québécois, selon un sondage effectué par Léger il y a moins d’un mois.

Chiffres en main, l’état-major de la CAQ ne fonde pas d’espoir, à ce moment-ci, sur une percée dans le « West Island », à Montréal. Cependant, il mise gros sur un affaissement du vote libéral anglophone dans des circonscriptions en région abritant une proportion importante de locuteurs anglophones – Brome-Missisquoi, en Estrie, par exemple.

Effritement du vote francophone

Par ailleurs, les militants du PLQ ne font pas grand cas de l’effritement du vote francophone à l’égard de leur parti : ils ont adopté samedi une série de propositions visant à « prendre davantage en compte » la réalité des anglophones, mais n’ont pas abordé, en revanche, les enjeux linguistiques propres aux francophones.

Les plus récents sondages sur les intentions de vote des Québécois font état d’une diminution du vote libéral chez les francophones. Des coups de sonde effectués aux mois de mai, d’août et d’octobre donnent respectivement 25 %, 22 % et 21 % du vote francophone au PLQ. En contrepartie, la CAQ récolte 35 %, 33 % et 34 % des intentions de vote des Québécois francophones.

14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 novembre 2017 03 h 07

    Quelle photo !

    Quelle photo !
    Tout y est...
    Bonheur, complicité, fierté du travail accompli autant que de la continuité dans l'enfirouapement des Québécois.
    Duplicité d'une propagande pseudo-historique et à cent pour cent politique du déclassement en humanité de notre langue et de notre culture.
    De la valeur humaine de notre originalité nord-américaine.
    Une des plus grandes qualité des libéraux, oui ils en ont, a toujours été la loyauté de ses membres à l'endroit de leurs chefs.
    Je le sais d'observation et d'expérience, puisque mon père était un libéral très engagé dans les années 60-70...
    Une des plus grandes qualité des libéraux a toujours été la loyauté de ses membres à l'endroit de leurs chefs et, ou mais..., un de leurs plus grands défauts a toujours été l'acceptation de suivre la ligne officielle du parti au prix d'en avaler de travers des couleuvres. On est Canayens ou on l'est pas, disaient les libéraux d'hier pour voler des votes à l'Union Nationale.
    Aujourd'hui, l'identification générale des libéraux à cette ténacité de plus en plus ouvertement auto-destructive est simplement devenue pour les troupes libérales une complicité persistante avec celles et ceux qui avancent sans cesse plus vers le rêve canadien d'une insignifiance politique des Québécois.
    Et c'est le refus de suivre aveuglément cette route de mépris envers nous-mêmes qui fait le lit porteur de la CAQ; lui donnant assise auprès de ceux qu'on pourrait appeler les "libéraux en esprit" qui choisissent une médiocrité et une molesse de combat contre un Canada britannique qui ne cesse d'investir dans les apparences pour présenter habilement sa haine durable de la langue française et de la culture québécoise et de notre société particulière comme un noble hommage à l'endroit d'un folklore tolérable.
    Merci ce matin à Monsieur Boissinot et Merci au Devoir pour une photo qui montre si bien la fierté canadienne d'une victoire : celle de notre dévalorisation collective sans cesse plus évidente.

    VLQL !

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 27 novembre 2017 16 h 09

      Je renchéris. Jacques Boissinot nous a pondu là ni plus ni moins qu'un chef-d'oeuvre. Jean Charest et Philippe Couillard riant sans contenance, bref, morts de rire. C'est la concorde parfaite, sous l'oeil de l'ineffable Jean-Marc Fournier!

    • Réal Larochelle - Abonné 28 novembre 2017 00 h 00

      Réal Larochelle, abonné
      Cette photo me rappelle des scènes de la série "Le Parrain". Je revois de puissants chefs de clans faire la paix après des luttes sans merci.
      Bien qu'ils se détestent, ils font l'accolade devant tous les membres du syndicat. Cela a une valeur symbolique importante. Ils laissent de côté leur orgueuil personnel pour plus de pouvoir et d'argent.

      Merci, messieurs Charest et Couillard d'avoir réveiller ma mémoire pour ces films que j'ai beucoup aimé.
      Continuez à être ce que vous êtes.

      Réal Larochelle, abonné

    • Donald Bordeleau - Abonné 28 novembre 2017 23 h 35

      La loyauté avec le passé au PLQ par un contrôle étanche au MTQ.

      Les hauts dirigeants du MTQ se seraient également adonnés à des manoeuvres d’intimidation sous la gouverne de l’ex-sous-ministre Dominique Savoie.

      Les hauts dirigeants du MTQ exerçaient un « contrôle [strict] de l’information », ont fait valoir tour à tour Mme Boily et Mme Trudel. « La chose la plus importante, c’est de protéger l’image du ministère [selon eux] », a précisé Mme Trudel, estimant qu’ils « avaient beaucoup trop de pouvoirs ».

      Mme Boily, aujourd’hui à la retraite, a dit avoir été victime d’« intimidation » de la part de la sous-ministre adjointe Danièle Cantin, ainsi que de la responsable des enquêtes Nathalie Noël en marge du coup d’envoi des audiences de la commission Charbonneau sur le MTQ au printemps 2014. Elles cherchaient à débusquer la source de différents documents internes sur lesquels la commission Charbonneau avait mis la main. « C’était menaçant. […] Je n’ai pas dormi de la nuit », a-t-elle souligné devant les élus. La gestionnaire d’expérience était « terrorisée » si bien qu’elle a « eu peur pour [elle] et [son] personnel ».

      Mme Boily dit s’être « sentie très seule depuis 2011 », soit l’année où Jean Charest a nommé Mme Savoie pour prendre les commandes du MTQ.


      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/471535/mt

      De plus le diable est aux vacheries à l'UPAC

      L’ex-enquêteur de l’Unité anticollusion (UAC), Sylvain Tremblay, émet également de « sérieux doutes » quant à l’indépendance de l’UPAC et critique l’administration Couillard. « Le PLQ actuel est en ligne directe avec celui de [Jean] Charest : il réagit aux scandales. Au lieu de protéger les lanceurs d’alerte, il met tout en place pour les identifier. [Mener] des enquêtes pour trouver les fuites est une grande forme d’intimidation. »


      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/471535/mt

      L’ intimidation des vérificateurs chargés d’a

    • Donald Bordeleau - Abonné 28 novembre 2017 23 h 36

      suite et fin

      . Au lieu de protéger les lanceurs d’alerte, il met tout en place pour les identifier. [Mener] des enquêtes pour trouver les fuites est une grande forme d’intimidation. »


      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/471535/mt

      L’ intimidation des vérificateurs chargés d’analyser la conformité a été au cœur des raisons du congédiement de l’attaché politique Pierre Ouellet et de la sous-ministre Dominique Savoie.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 27 novembre 2017 07 h 39

    Charest et les $75 000.00 par année

    Couillard voulait faire oublier l'ère Charest, celui qui a reçu $75 000.00 pendant presque 10 ans soit $750 000.00, qui est enquêté par l'UPAC avec son ami Bibeau, pourquoi tout à coup nous ramène t-il celui qu'il avait renié? Ce geste signifie la fin du règne libéral de Couillard qui en désespoir de cause fait revenir un homme qui fut rejeté par le peuple.

  • Jean Lapointe - Abonné 27 novembre 2017 08 h 27

    Il y a Québécois et québécois

    «On veut que tout le monde se sente québécois à part entière. Que ce soient des gens qui viennent d’ailleurs ou des anglophones ; il faut travailler ce sentiment d’appartenance », a déclaré Kathleen Weil.

    Les libéraux eux-mêmes ne se sentent pas québécois si ce n'est en tant qu'habitants de la «province» du Québec et madame Weil dit qu'elle aimerait que les anglophones et les gens venus d'ailleurs se sentent québécois.

    Elle essaye de nous faire croire qu' elle se sent québécoise alors qu'en réalité elle est contre ce sentiment d'appartenance au peuple québécois qui caratérise encore heureusement beaucoup d'entre nous. Elle se bat au contraire contre cela depuis longtemps.

    Il y a une énorme différence entre se sentir québécois parce que nous habitons le Québec et se sentir québécois parce que nous faisons partie du peuple québécois qui est constitué en majorité de descendants de Canadiens-français.

    Les libéraux de madame Weil ne se sentent pas québécois mais ils se sentent Canadiens du Québec. Ce n' est pas pareil.

    Nous les Québécois québécois aimerions aussi que les anglophones et les nouveaux arrivés en arrivent à se sentir comme faisant partie du même Québec que nous, mais il ne faut pas compter sur les libéraux pour que cela se fasse, quoi qu'ils en disent, parce qu' ils ne sentent même pas eux-mêmes québécois comme nous nous le sentons. Ils considèrent cela comme un repli sur soi et même comme un refus des autres. Ils n'ont rien compris.

    Les libéraux de Philippe Couillard ne sont plus des Québécois comme beaucoup d'entre nous le ressentons à mon avis. Ils ont plutôt décidé d'être des Canadiens d'origine québécoise.

    C'est leur choix mais ce n'est sûrement pas le mien et je ne pense pas être le seul.

    Nous nous considérons comme un peuple et non pas comme l'une des minorités du Canada. Et nous voulons que ce soit reconnu.

  • Hermel Cyr - Abonné 27 novembre 2017 09 h 36

    La CAQ a la même vision du Québec que les anglophones ?

    "Legault a appelé les électeurs d’expression anglaise à « enfin » appuyer le 1er octobre 2018 un parti politique qui partage leur « vision » du Québec."

    C'est quoi la « vision du Québec » des anglophones pour Legault ? Legault pense-y-il que la vision du Québec varie selon la langue qu'on parle ? Est-on davantage progressiste ou moins selon la langue qu'on parle ? Davantage pour une démocratie forte ou faible selon la langue qu'on parle ? Davantage pour un Québec officiellement français ou non selon la langue qu'on parle ?

    Faudrait demander à François Legault de préciser en quoi il y a divers Québec en fonction de la langue qu'on parle ! ... Et en quoi la CAQ partage la vision des anglophones.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 27 novembre 2017 16 h 51

      Il semble cependant clair que le PLQ représente fortement la vision du Québec des anglophones...60 pour cent. Il est triste de s'apercevoir qu’au lieu de se rassembler autour d’un projet constructif, on se divise pour des langues.

  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 27 novembre 2017 10 h 28

    Une minorité choyée

    Que le parti libéral québécois courtise et s'applatisse devant les anglophones, rien de nouveau. Mais que la Coalition avenir Québec en fasse autant, démontre un opportunisme politique de bas aloi. Les anglophones du Québec représentent environ 9% mais reçoivent de l'État beaucoup plus de financement que leur représentation démographique.

    Les anglophones québécois bénéficient d'un réseau d'enseignement complet de la maternelle à l'université, disposant de plusieurs cégeps et de trois universités, subventionnés par l'État québécois au même titre que les établissements francophones. Les Anglo-Québécois possèdent 360 écoles primaires et secondaires, trois universités (deux à Montréal et une à Sherbrooke, arrondissement de Lennoxville) et sept établissements post-secondaires (ou campus de cégep: trois cégeps sur l'île de Montréal (Dawson, Vanier et John Abbott); le Champlain Regional College avec trois campus (Saint-Lambert, Lennoxville et Québec); le Heritage College à Hull desservant l'ouest du Québec; et les cégeps de Gaspé et de Sept-Îles ayant une section pour les étudiants anglophones.

    Cette minorité jouit de droits linguistiques dans les services de santé et les services sociaux du Québec. En 1986, des modifications à la Loi sur la santé et les services sociaux (loi 142) ont élargi les services à la collectivité anglophone. Cette loi québécoise oblige quelque 254 institutions à offrir des services en anglais. Dans quelque 80 de ces institutions, il est même parfois difficile d'obtenir certains services en français. Dans tout le Canada anglais, les francophones, pourtant plus nombreux que les Anglo-Québécois, n'ont obtenu que 21 hôpitaux francophones. Aucune minorité francophone au Canada ne bénéficie d'un tel traitement, ni même au Nouveau-Brunswick, où le français est pourtant l'une des deux langues officielles.» (Wikipédia).

    Par conséquent, que le PLQ veuille instituer une clause d'impact pour les anglophones dans tout nouveau projet de loi ou règlem

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 27 novembre 2017 12 h 37

      Je reprends ma conclusion qui était incomplète.

      Par conséquent, que le PLQ veuille instituer une clause d'impact pour les anglophones dans tout nouveau projet de loi ou règlement et que la CAQ fasse les yeux doux aux anglophones relève d'une pure démagogie électorale.

    • Raymond Vallée - Abonné 27 novembre 2017 17 h 52

      21 hopitaux francophones?