La famille au coeur du duel PLQ-CAQ

Le chef de la CAQ, François Legault, à Sherbrooke
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault, à Sherbrooke

Le chef caquiste, François Legault, a trouvé une solution au défi démographique, qui stimulerait l’économie en plus de préserver l’identité québécoise : un baby-boom. L’idée a aussitôt été tournée en ridicule par son adversaire libéral, Philippe Couillard.

Aux yeux de M. Legault, une poussée des naissances au Québec dynamiserait la croissance de l’économie du Québec — qui est actuellement plombée par une faible croissance démographique —, mais sauvegarderait aussi l’identité québécoise, qui est fondée sur une « langue », une « culture » et des « valeurs » communes. « La famille, c’est l’âme de la nation québécoise », a-t-il souligné lors du discours de clôture du conseil général de la CAQ, dimanche.

Trois ans après l’arrivée de Philippe Couillard aux commandes de l’État, « beaucoup de familles de la classe moyenne [vivent de] l’angoisse financière », a dénoncé M. Legault.

Pour faire grimper le taux de fécondité, la Coalition avenir Québec « mett[ra] plus d’argent dans le portefeuille des parents qui veulent avoir un deuxième ou un troisième enfant », a-t-il promis devant un parterre de quelque 600 militants gonflés à bloc.

«Bébé-bonus»

À dix mois des prochaines élections générales, le chef de la CAQ balaie l’idée d’instaurer un nouveau « bébé-bonus » calqué sur celui instauré par le gouvernement Bourrassa en 1989. « On s’oriente vers des montants qui seraient récurrents pour un premier enfant, mais encore plus pour le deuxième, puis le troisième enfant », s’est-il contenté de dire en conférence de presse.

Alors qu’on lui demandait s’il proposerait un cocktail de mesures incitant les femmes à mettre en sourdine leur carrière professionnelle pour élever leurs enfants dans le foyer familial, M. Legault a dit : « Il faut trouver un équilibre entre aider les familles, mais aussi aider les femmes à accéder et demeurer sur le marché du travail. » Il a rappelé que le taux d’emploi des femmes atteint un record au Québec. « C’est une bonne chose pour l’économie du Québec. »

Pour l’instant, aucune mesure visant à « aider plus nos familles au Québec » n’est écartée, y compris celle de permettre le fractionnement du revenu entre deux parents n’ayant pas les mêmes salaires, et ce, pour abaisser leur niveau d’imposition conjoint.

Une mesure inquiétante, selon le PLQ

La volonté caquiste d’augmenter le taux de natalité a été tournée en dérision par le premier ministre, Philippe Couillard. « Les curés de la CAQ vont faire la visite paroissiale, pour vérifier si le monde ont des enfants en chemin, comme on disait dans le temps ? », a-t-il demandé en marge du congrès du Parti libéral du Québec, dimanche. Plus sérieusement, le chef libéral a dénoncé une mesure « inquiétante », inspirée d’une « bataille du siècle dernier ». « Moi, ce que je crois décoder, c’est que les femmes sont assez grandes pour décider quand est-ce qu’elles veulent des enfants, si elles veulent en avoir », a-t-il affirmé.

Selon lui, la prise de position de la CAQ permet de distinguer les visions des deux partis en matière de famille. Celles-ci sont « radicalement différentes », selon le premier ministre. « On n’a pas assez réalisé que, pour les familles du Québec, tout n’est pas une question d’argent. […] Le temps, ça ne s’achète pas. […] Les gens ont besoin d’une soupape de temps », a-t-il insisté, en évoquant une fois de plus la possibilité de donner davantage de congés payés aux travailleurs québécois.

Augmenter la natalité, diminuer l’immigration

« La population du Québec vieillit. Comment on répond à ce défi déterminant pour notre avenir ? Il n’y a pas 50 solutions possibles, il y en a deux : l’immigration et la natalité », a déclaré François Legault devant les militants de la CAQ. « Je veux être très clair : la CAQ est favorable à l’immigration. Mais ce qu’on souhaite, c’est une immigration réussie », s’est-il empressé d’ajouter, s’attirant les applaudissements spontanés des militants rassemblés dans une salle de conférence de l’Hôtel Delta de Sherbrooke.

M. Legault a par la suite expliqué aux journalistes que les personnes issues de l’immigration ne constituent pas une menace à l’identité québécoise dans la mesure où celles-ci sont bien intégrées à la société québécoise. « Quand il y a des immigrants qui arrivent ici et qui adoptent notre culture, qui adoptent nos valeurs, qui adoptent notre langue, ça aussi, ça aide notre démographie », a-t-il affirmé en conférence de presse.

Or, l’intégration des immigrants se révèle un échec à l’heure actuelle. Pour preuve, le taux de chômage des néo-Québécois oscille autour de 15 % cinq ans après leur arrivée au Québec, a-t-il répété durant le week-end.

La CAQ entend abaisser à 40 000 le nombre d’immigrants admis par le Québec tout en maintenant les sommes actuellement allouées pour l’intégration des quelque 50 000 immigrants accueillis chaque année.

La fracture entre le programme du PLQ et celui de la CAQ s’est aussi élargie en matière d’immigration. « M. Legault manque complètement le principal enjeu économique du Québec, qui est la pénurie de main-d’oeuvre », a fait valoir M. Couillard. « Proposer de réduire l’immigration comme il le fait — à moins qu’il ne change d’idée encore —, c’est une position antiéconomique. »

Le premier ministre a fait un aveu implicite de l’échec de la francisation au Québec, soulignée à gros traits dans le plus récent rapport de la vérificatrice générale. « Avant de l’augmenter [le seuil d’accueil des immigrants], assurons-nous qu’on corrige ce qui doit être corrigé, notamment dans la francisation et l’intégration », a-t-il concédé.

Devant les militants libéraux, il a déclaré que tout politicien « qui propose de diminuer l’immigration nuit aux intérêts économiques du Québec, et particulièrement de ses régions ». Philippe Couillard s’est cependant gardé de répondre à une question sur l’augmentation des seuils d’immigration. « On va toujours faire le maximum, mais le maximum qui est bien fait », a-t-il conclu.

Durant son allocution, M. Legault n’a nommé ni le chef libéral, Philippe Couillard — qui l’avait pourtant égratigné à plus d’une occasion durant le week-end —, ni le chef péquiste, Jean-François Lisée, ni l’un des porte-parole de Québec solidaire. « Je veux être positif », a-t-il expliqué.


L’instruction obligatoire jusqu’à 18 ans

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a pris la parole samedi pour appuyer une résolution visant à rendre l’instruction obligatoire jusqu’à 18 ans. Cette proposition, dont le libellé original prévoyait d’obliger la fréquentation scolaire jusqu’à l’âge de la majorité « pour les élèves non titulaires d’un diplôme d’études secondaires ou de formation professionnelle », a cependant été battue lors d’un vote des délégués libéraux. « Je m’en tiens à la proposition qui est dans la Politique de la réussite éducative, qui dit qu’il faut réfléchir à des façons différentes de poursuivre l’école », a réagi le ministre, sans écarter la possibilité d’imposer l’école obligatoire jusqu’à 18 ans. Selon lui, la population ne rejette pas cette idée, mais plutôt « la méthode de la CAQ », qui consiste à forcer les gens à rester à l’école et ainsi « prolonger le supplice, d’une certaine façon ».
8 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 27 novembre 2017 07 h 37

    Les parents qui aiment leurs enfants....

    ...leur donne du temps, de l’energie, des occasions de croissances, investissent dans leur éducations. Tout cela demande beaucoup aux parents et limite le nombre d’enfant. Ce n’est pas parce qu’on n’aime pas les enfants qu’on en a juste un ou deux, c’est qu’on est « accoté » dans le temps et l’argent. Si c’est viable et vivable, les familles auront plus d’enfant. Les curés n’ont rien à voir là-dedans!

    D’un autre côté, certains enfants representent de gros défis car leur developoement est perturbé, et un des parents souffre alors d’une baisse de revenu importante associée aux besoins de son enfant. L’impôt est actuellement injuste envers ses familles où souvent un seul conjoint devient le support familiale. Le fractionnement du revenu traduirait une meilleure justice sociale envers ses gens en difficultés.

    Finalement, comme québécoise, je souhaite que tous les immigrants soient heureux au Québec, qu’ils fassent parti des nôtres. Je souhaite que l’on puisse se parler, travailler ensemble pour la prospérité, se sourire et apprécier de les avoir comme voisins. Les citoyens du Québec ne souhaitent pas voir les immigrants sur le seuil de la pauvreté, devenir une main d’oeuvre abordable pour des emplois dévalorisants tout en permettant au parti qui les a mis dans la misère, s’acheter leur vote.

  • Patrick Daganaud - Abonné 27 novembre 2017 07 h 49

    De Charybde en Scylla

    Entre un Couillard charestois qui favorise la lente, mais inexorable anglicisation de la nation québécoise par la décapitation des programmes efficaces de francisation et un curé Legault aux idées rétrogrades, prêt à partir, en chaîne de montage, sa petite entreprise de poules couveuses, les électeurs sont bien mal pris.

    Et ce n'est pas l'en-Lisée qui va améliorer le choix électoral : le PQ aurait tout à gagner en défendant un vrai projet de social-démocratie. Pour fonder un pays, il faut proposer une nation équitable, pas la duplication vomitive de la société néolibérale.

    QS, avec sa confusion pseudomulticulturelle, n'est pas en mesure d'ordonnancer les valeurs d'une société laïque saine. QS n'a pas compris que la soumission « librement consentie » est la pire des abnégations.

    Le monde en a soupé de beurrer les rapaces qui s'accaparent sans vergogne de la richesse collective et privent toute la société pour se gaver sans cesse davantage en échange de leurs « dons et talents autoproclamés » : il faut casser les reins de cette médiocratie hallucinante qui tisse ses complicités dans les « hauts rangs sacralisés » en créant toutes sortes de dépendances artificielles et la marchandisation de leurs « remèdes ».

    Le pouvoir, le fric et les magouilles doivent être castrés.
    Il manque tant d'indignation, de convictions et de vigueur chez les générations de politiciens mous!
    On met cela dans un sac et on tire au hasard : rien que des clones d’écueils..

    • Louise Collette - Abonnée 27 novembre 2017 10 h 31

      <<De Caraïbes en scélérats>>

      J'aime bien <<beurrer les rapaces>> je m'en servirai, je suis certaine que j'aurai souvent l'occasion de le faire...malheureusement. ;-)

    • Clermont Domingue - Abonné 27 novembre 2017 15 h 38

      Mon cher Patrick, vous vous êtes surpassé ce matin. J'adore vos métaphores, votre style et votre révolte.

      Même si les québécois sont chloroformés, sachez que plusieurs apprécient vos commentaires.

  • Jean Lapointe - Abonné 27 novembre 2017 08 h 00

    François Legault manque d'ambition et de vision.

    «Le chef caquiste, François Legault, a trouvé une solution au défi démographique, qui stimulerait l’économie en plus de préserver l’identité québécoise : un baby-boom.(Marco Bélair-Cirino)

    On dirait que François Legault est incapable de voir que le Québec n'est pas un pays indépendant mais une simple province du Canada. Il n'en tient absolument pas compte.

    On dirait qu'il ne veut pas voir que ce sont surtout les décisions qui sont prises à Ottawa dans bien des domaines, dont l'immigration et l'économie, qui sont le plus déterminantes.

    On dirait que François Legault ne veut pas voir que le Québec n'est pas en mesure de préserver véritablement l'identité québécoise tant et aussi longtemps que le Québec fera partie du Canada parce que, encore là, il ne possède pas tous les pouvoirs requis pour être en mesure de prendre toutes les décisions nécessaires pour, non pas seulement préserver mais affirmer davantage l'identité québécoise.

    François Legault est en mode protection, François Legault est sur la défensive alors que ce qu' il nous faudrait c'est un gouvernement qui ait une vision d'avenir plus stimulante, plus encourageante.

    S'il veut véritablement stimuler l'économie moi je suis d'avis que c'est en faisant du Québec un pays indépendant que ça peut se faire parce qu'il serait beaucoup plus motivant de construire un pays que de protéger une identité menacée de disparition.

    Je doute fort que les Québécois soient encouragés et stimulés à stimuler l'économie si ce n'est que pour préserver leur identité pour éviter de disparaître complètement.

    Ils seraient sûrement beaucoup plus motivés à s'impliquer s'ils savaient qu' ils le font pour construire un pays, leur pays.

    Ils seraient sûrement aussi plus prêts à faire des enfants s'ils n'avaient pas le sentiment qu' ils sont en simple mode «protection» au lieu d'être en mode «affirmation».

    Je préfère de beaucoup le Parti québécois cela va de soi pour être sûr de pouvoir construire un avenir pour n

  • David Huggins Daines - Abonné 27 novembre 2017 08 h 53

    Pour vraiment inciter les gens à faire des enfants

    Il faudrait d'abord financer adéquatement les CPE et les écoles publiques, ce que ni la CAQ ni le PLQ semble avoir l'intention de faire.

  • Solange Bolduc - Inscrite 27 novembre 2017 10 h 26

    Les Libéraux, nos curocrates de l'économie...

    Que devviendrait le peupe québécois, qui a tout un rattrapage à faire au plan de la scolarisation, surtout la motivation, si les libéraux cessaient de ne penser qu'en terme éco-comique, pour s'intéresser davantage au bien-être des jeunes sur tous les plans,

    Les libéraux ont voté contre l'accès obligatoire à l'école jusqu'à 18 ans. ce qui en dit long! On sait pourquoi: la curocratie économique avant tout! Scandaleux! Probablement que les jeunes de ce «parti de l'économie avant tout», n'ont pas eu à trop se préoccuper de payer leurs études, papa ou maman étaient derrière eux?

    Les plus démunie décrochent plus facile parce qu'ils n'ont pas les parents pour les soutenir psychologiquement, les y encourager vraiment! On n'a pas cette culture au Québec des études, de l'importance d'étudier, même si on est un ouvrier.

    Les libéraux, ces «curocrates de l'économie» souhaitent augmenter l'immigration pour en faire profiter les plus riches de la société, non pour mieux la servir, ou lui permettre de s'intégrer dans la dignité! Hypocrisie perverse digne des bons curés d'antan!

    Quand on met l'accent sur l'immigration pour faire fructifier l'économie des plus riches, comme le fait le PLQ, on oublie qu'une société juste se construit sur un mode de vie, non sur l'exploitation des uns au profit des autres: Ainsi va le programme des libéraux, en tête, Couillard, le plus vicieux des curocrates !

    Quand Couillard dit: On va toujours faire le maximum, mais le maximum qui est bien fait.» Ce qui est bien fait pour lui, c'est d'abord de faire gagner encore plus les plus riches, au diable les pauvre! Toute une tête à Papineau pour penser aussi vaguement! Ce qu'il a su faire de mieux, notre «grosse tête bien pensante», c'est de faire reculer le Québec, l'identité québécoise, et avec lui, son invité de marque du weekend: John James Charest !

    Plus le Québec recule, plus se pavane notre icône nationale, surtout canadienne!