L’opposition accuse le PLQ d’être «sous l'influence» de l’ex-argentier Marc Bibeau

Selon le <em>Journal de Québec</em>, pratiquement tout le conseil des ministres en 2003-2004 était invité à ces fêtes, dont Philippe Couillard, alors ministre de la Santé.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Selon le Journal de Québec, pratiquement tout le conseil des ministres en 2003-2004 était invité à ces fêtes, dont Philippe Couillard, alors ministre de la Santé.

Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont uni leurs forces mercredi pour reprocher une fois de plus au Parti libéral du Québec (PLQ), et plus particulièrement au premier ministre Philippe Couillard, son manque d’éthique.

S’appuyant sur des révélations du Journal de Montréal, le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, a sonné la charge et soutenu que le PLQ était sous l’influence de l’ex-argentier libéral Marc Bibeau.

« Ce qu’on apprend ce matin est majeur, a déclaré M. Bérubé à l’entrée de son caucus. Imaginez la scène suivante. Est-ce qu’il y a un citoyen du Québec qui peut dire : “Moi, j’aimerais avoir la moitié du conseil des ministres dans ma cour pour faire une fête” ? [...] Pourquoi c’est possible avec Marc Bibeau ? »

« C’est clairement un gouvernement sous influence, l’influence de l’argent », a-t-il martelé.

Voyez les les libéraux Pierre Reid et Pierre Arcand réagir aux révélations.

 

 

Dans son édition de mercredi, le Journal maintient que M. Bibeau a organisé au moins sept fêtes somptueuses, chez lui à Beaconsfield, pour mettre en contact des ministres libéraux et des firmes de génie-conseil qui contribuaient à la caisse du parti.

Toujours selon le quotidien, pratiquement tout le conseil des ministres en 2003-2004 était invité à ces fêtes, dont M. Couillard, alors ministre de la Santé.

M. Bérubé a exigé des explications de la part des ministres toujours en poste aujourd’hui. Il invite aussi le Directeur général des élections (DGE) à se pencher sur les révélations, notamment celle voulant que des cabinets ministériels, financés par les fonds publics, auraient contribué à ces activités partisanes.

« C’est du jamais vu, c’est illégal », s’est exclamé le député Bérubé, en ajoutant qu’après vérification, aucune activité partisane n’a été déclarée à cette époque précise.

Des enquêtes de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et de la vérificatrice générale, qui touchent notamment le financement du Parti libéral, sont actuellement en cours.

De son côté, le député Éric Caire, de la Coalition avenir Québec (CAQ), s’est dit « dégoûté » par le « trafic d’influence ». Il a dit soupçonner que M. Bibeau a encore « le bras long » et obtient des contrats lucratifs du gouvernement.

D’ailleurs, le chef de la CAQ, François Legault, s’est indigné que M. Bibeau ait fait des milliers d’appels auprès de dirigeants de sociétés d’État, dont Hydro-Québec, Loto-Québec et la Société des alcools du Québec (SAQ).

« Est-ce que le premier ministre peut, ce matin, se lever, rassurer les Québécois et leur dire les vérifications qu’il a faites pour s’assurer que le grand argentier du Parti libéral, Marc Bibeau, n’a pas été favorisé par des sociétés d’État et n’est pas aujourd’hui favorisé par des sociétés d’État ? » a-t-il demandé en Chambre.

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, n’a pas hésité à parler de « corruption » qui « gangrène le Parti libéral, et ce n’est pas réglé ».

« Il y a un détail qui est frappant, c’est le rôle de Philippe Couillard, a-t-il dit. Il est clair que c’est un ministre à 100 000 $ de l’ère Charest et qu’il était au centre de tout ça. »

Autre temps, autres mœurs

Cet enjeu a occupé une majeure partie de la période des questions, mercredi, alors que le premier ministre Couillard reconnaissait être allé à une fête organisée par Marc Bibeau.

« C’était un événement social. [...] Ce n’était rien d’autre que des rencontres entre les gens », s’est-il défendu au Salon bleu.

Mais « il fallait mettre un terme à une sorte de proximité qui devenait de plus en plus difficile, même pour la perception, entre les milieux économiques et les élus. C’est chose du passé : en 2017-2018, cette époque est révolue », a-t-il dit.

Tous les partis politiques à l’époque usaient de pratiques similaires, maintenant considérées comme « douteuses et certainement dépassées », a ajouté la ministre de la Réforme des institutions démocratiques, Kathleen Weil.

Par exemple, a contre-attaqué le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, l’ancien premier ministre péquiste Bernard Landry participait à tous les ans à un cocktail de Noël d’Oxygène 9, une firme de lobbying ayant bénéficié d’une commission automatique sur des subventions gouvernementales.

Il a aussi ciblé François Legault, qui, à titre de ministre de la Santé sous un gouvernement du PQ, aurait participé à un événement impliquant uniquement des présidents de compagnies pharmaceutiques.

Les partis d’opposition ne peuvent prétendre être « des vierges », a conclu M. Fournier.

Pour le libéral Serge Simard, les événements se sont produits « dans une autre ère ». Le ministre délégué à l’Intégrité des marchés publics, Robert Poëti, a fait valoir que les lois sur le financement des partis politiques ont été resserrées depuis. Le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, a pour sa part dénoncé « l’acharnement » des partis d’opposition.

8 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 15 novembre 2017 11 h 39

    Déprimant!


    Pourquoi sortir ces vieilles affaires de plus de dix ans? Est-ce cela la nouvelle façon de faire de la politique! Élections à venir obligent, sans doute. Ça vole bas. Ainsi va un Québec qui ne change pas. De la bonne vieille politique partisane. Plus à venir!


    M.L.

    • David Cormier - Abonné 15 novembre 2017 14 h 23

      Pourtant, ce sont en grande partie les mêmes qui sont au pouvoir aujourd'hui qui participaient à ces événements.

    • Gilles Gagné - Abonné 15 novembre 2017 15 h 22

      Sortir les vieilles affaires... dans cet ordre des choses faudrait-il oublier les agressions ou autres allégations de plus de dix ans? je ne pense pas que le professeur en vous opte pour un oui, alors il n'y a pas de comportements à oublier parce qu'ils sont du domaine de la politique crasse.

    • Sylvain Bolduc - Inscrit 15 novembre 2017 18 h 41

      Ce ne sont pas de vieilles affaires puisque Marc Bibeau a encore beaucoup de contrats avec ce même gouvernement dont les fameux baux avec la SIQ.

    • Donald Bordeleau - Abonné 16 novembre 2017 08 h 18

      C'est seulement la pointe de l'iceberg Monsieur Lebel.

      Un air connu comme en Espagne et ici au Québec pour des pertes de 4 milliards par ans sur les contrats publics du gouvernement et des villes du Québec sous le règne du PLQ. On ne parle pas aussi des commandites pour gaspiller plus 1.2 milliards de fond public.

      De 2003 à 2012, la proximité des entrepreneurs avec les fonctionnaires ( Madame Savoie) des villes et des ministères ont souvent faits gonflés les coûts de 30 % pour payer la cote de 3% Trépanier et etc ... Ici il faut voir l'image ou à Laval et à MTL il a fallu plusieurs coffres forts pour ranger les millions pour la caisse Occulte.

      L'ancien intendant et trésorier du parti, Luis Barcenas, un proche de Rajoy, a déjà reconnu l'existence d'une «caisse noire» permettant de verser des compléments de salaires aux principaux dirigeants du parti. Un peu comme la caisse occulte du PLQ, dont l'argent de la corruption payait un salaire supplémentaire à Monsieur Charest pour 10 ans, soit 750,000$.

      Luis Barcenas, l’ancien trésorier du PP, le gardien d’une comptabilité parallèle présumée nourrie de pots-de-vin obtenus en échange de contrats publics. En 2013, quelques jours après que la presse publie que près de 50 millions d’euros auraient transité sur ses comptes en Suisse, Mariano Rajoy lui avait envoyé un SMS court mais éloquent : « Luis, soit fort ».

      Cette phrase a poursuivi Mariano Rajoy ces dernières années. Comme une certaine enquête Mâchurer


      En savoir plus sur

      http://www.lefigaro.fr/international/2017/07/27/01

  • Gilles Teasdale - Abonné 15 novembre 2017 12 h 13

    ADN

    Le PLQ peut toujours jouer les vierge offancé mais c'est dans L'ADN du PLQ de procédé ainsi, dans 20 ans ce sera toujour d'actualité.

  • Yannick Legault - Abonné 15 novembre 2017 13 h 45

    Que font ces libéraux d'une autre ère parmi nous ?

    "Pour le libéral Serge Simard, les évènements se sont produits «dans une autre ère»." Alors que font ces députés/ministres d'une autre ère à des postes de fonction aujourd'hui. Comment ces personnes d'une autre ère peuvent-ils fonctionner autrement ? Et pour nous conduire où ? Vers cet autre ère ?
    Yannick Legault, Trois-Rivières

  • Solange Bolduc - Inscrite 15 novembre 2017 21 h 03

    Et l'oubli oublié ...

    Est-ce parce que ce sont de vieilles chaussettes que ça pue depuis trop longtemps, M. Lebel!
    Je me rappelle que dans ma famille quand on voulait connaître quelque chose du passé, quelqu'un disait: «Ah, j'ai oublié!» Bien elle est alzeihmer, aujourd'hui! Comme quoi il vaut mieux faire travailler ses neurones que de vouloir à tout prix oublier, car la mémoire qui oublie trop souvent va peut nous rendre imperméable à la vérité!

    Attention à l'Alzheimer, M. Michel Lebel!