Les leçons de politique de Valérie Plante

Le compte à rebours est lancé : il reste 324 jours avant les prochaines élections provinciales. C’est loin ? Non. La prochaine campagne électorale est déjà en préparation… et les stratèges des partis présents à Québec ont tous tiré des leçons des résultats des élections de dimanche dernier. Tour d’horizon.

Il y a une chose qui fait consensus auprès des stratèges des partis de l’Assemblée nationale : si leur chef pouvait mener en 2018 la campagne que Valérie Plante a faite en 2017, tout irait bien. Mais ils savent aussi que ça n’arrivera pas — ou du moins pas exactement comme ça.

« Elle a été absolument exemplaire, cette campagne, notait un conseiller libéral cette semaine. Vraiment un sans-faute. Mais personne ne peut copier-coller ça. »

Comme trois collègues du Parti québécois (PQ), de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de Québec solidaire (QS), ce stratège s’est entretenu avec Le Devoir sous le couvert de l’anonymat, question de parler plus librement. Et s’il dresse quelques constats à partir des résultats des élections de dimanche, l’idée qu’un vent de changement souffle sur le Québec entier n’en fait pas partie.

« Je suis sceptique sur l’effet d’entraînement que l’élection de Valérie Plante peut avoir. À part à Sherbrooke, où il y a eu une grosse surprise avec la défaite de Bernard Sévigny, il n’y a pas eu tant de renversements ou de changements ailleurs au Québec. »

Même écho auprès de la CAQ, le parti qui aurait remporté les élections provinciales si elles avaient eu lieu entre le 23 et le 25 octobre dernier — un sondage Léger accordait à la formation de François Legault cinq points d’avance sur les libéraux et 14 points sur le PQ. « Il y a plusieurs leçons à tirer des élections municipales, mais ça ne peut forcément pas être une leçon générale, dit un conseiller. On a des résultats différents liés à des campagnes différentes, et des indications parfois contradictoires. »

Mais quand même : « Tous les partis devraient garder en tête que, peu importe le palier, il ne faut rien tenir pour acquis. Peu importent les sondages, les prédictions des analystes, peu importe même ce qui se dit dans les semaines précédant un vote, rien n’est joué avant le jour J. Les campagnes comptent. »

Une relecture de ce qui s’est passé en 2011 (les appuis au NPD au Québec qui explosent à mi-campagne), en 2014 (la CAQ qui termine la campagne en pleine progression, après un début de campagne moribond) ou en 2015 (le NPD donné gagnant au pays, avant que Justin Trudeau ne renverse la vapeur) le rappelle. Montréal avait aussi goûté à une campagne étonnante en 2013, avec l’émergence-surprise de Mélanie Joly. « Mais on oublie vite en politique », souligne le stratège caquiste.

En vrac et en mots-clés, on retient donc ceci :

Authenticité. Spécialiste de la communication politique et professeur à l’Université Laval, Thierry Giasson situe la victoire de Valérie Plante « dans la continuité de l’élection de Justin Trudeau ». C’est la leçon à retenir, pense-t-il : une campagne où la personnalité d’un chef est mise en avant fonctionne… pour autant que l’authenticité soit au rendez-vous.

« On a compris chez Projet Montréal quelles étaient les forces de Mme Plante et les faiblesses de Denis Coderre, dit-il. Ensuite, on a joué sur les contrastes de leurs personnalités, en les accentuant : lui le colérique arrogant qui joue l’hypermasculinité avec son rôle de shérif, et elle la leader dynamique et animée qui offre de l’enthousiasme et un programme qui marque les esprits, très concret. Denis Coderre a pâti de toutes les comparaisons avec elle. »

Cette notion d’authenticité et de contraste est aussi soulignée à la CAQ. « J’entendais Philippe Couillard dire qu’il va sourire, mais ce n’est pas ça, le point, indique le stratège interrogé. Ça a marché pour Valérie Plante parce que ce n’était pas forcé : c’est sa personnalité. Les gens le sentent. Ils veulent des chefs et des partis qui sont cohérents et qui restent eux-mêmes. »

Il poursuit : « Quand Philippe Couillard est allé dire “tabarnouche” aux employés de Bombardier, tout le monde a noté que ce n’était pas lui et que ça ne marchait pas. » À ce titre, François Legault aurait une longueur d’avance sur ses deux principaux adversaires, fait-on valoir. « Les sondages montrent que les gens le trouvent fidèle à lui-même. » Ce qui n’empêche pas ses adversaires de le présenter comme étant bougonneux…

Propositions. Au Parti québécois, on retient de la victoire de Valérie Plante qu’elle s’appuie sur « une campagne de propositions ». « C’est un peu notre approche avec “Un plan solide. Zéro slogan”, soutient-on. On veut parler sans langue de bois et sans filtre, mais avec des propositions claires. On retient qu’il y a une ouverture pour expliquer qui un chef est, et où il va. Il y a des similitudes dans nos situations, parce qu’on a le même défi avec Jean-François Lisée : les gens veulent qu’on définisse l’option du PQ et son chef. »

Au Parti libéral, on reconnaît que « Valérie Plante a fait la promotion de ses idées, et ça a fonctionné. Oui, elle profitait d’un effet de nouveauté, mais elle avait surtout des propositions claires. »

Le stratège de la CAQ pense que les prémisses du plan Plante peuvent servir partout au Québec. « Son programme, c’était beaucoup la ligne rose, mais aussi baisser les taxes pour les familles qui veulent s’établir à Montréal et une meilleure gestion des chantiers routiers, résume-t-il. On se retrouve très bien dans l’enjeu du fardeau fiscal et du trafic. La leçon, c’est l’importance de se rapprocher de la population, de parler d’enjeux qui touchent les gens. »

Positif. Jack Layton en 2011, Justin Trudeau en 2015, Valérie Plante en 2017 : le ton positif d’une campagne paie, reconnaît-on à Québec. Ce qui serait une bonne nouvelle pour Philippe Couillard, affirme un des stratèges libéraux.

« Pour ceux qui étaient allés à l’école de Charest où il fallait mordre tous les mollets, le ton de la campagne de Couillard en 2014 était déjà très différent : il voulait proposer des choses au lieu de tirer de la boue, faire une campagne d’idées. Le sourire de Valérie Plante, c’est d’abord le reflet d’une politique positive, et on voit que ça a été payant. »

Enthousiasme. « C’est sûr que les enjeux sont différents d’une région à l’autre, dit un stratège solidaire. Mais pour nous, l’idée va être de reporter ailleurs l’enthousiasme lié au changement à Montréal. Pour la gauche, ça a donné quelque chose de plutôt rare dans les dernières années : le goût de la victoire. Quand tu es un militant de gauche à Rimouski, disons, tu perds plus souvent que tu gagnes tes élections. Là, ça permet de montrer qu’il est possible de gagner, et que le changement peut survenir ailleurs. »

Le stratège libéral reconnaît qu’il y a là quelque chose d’intéressant pour QS. « Le parti est en train de se crédibiliser du côté social-démocrate, pense-t-il. Il profite de l’effondrement du PQ, et il y aura un effet Plante pour eux. »

Et au PQ ? « Ça me paraît évident que les gens veulent du changement, dit le stratège du parti. Mais quel changement ? C’est la question. » En effet.

De l’organisation. Pour Québec solidaire, dont les appuis sont d’abord montréalais, une des grandes leçons de l’élection dans la métropole concerne l’organisation sur le terrain. « Il y avait quelque chose comme 150 bénévoles dans Hochelaga dimanche. On est en train de développer ça nous aussi, et on le fait avec l’arrivée de plusieurs personnes qui ont été impliquées dans la grève étudiante de 2012 et qui développent des stratégies de mobilisation. » En 2018, QS tentera ainsi de « mettre l’accent sur la responsabilité des militants qui font du travail de terrain, en leur laissant une marge de manoeuvre » pour agir.

La table est donc en train d’être dressée. Reste à voir jusqu’à quel point la campagne qui suivra respectera les intentions de propositions concrètes, de ton positif et d’authenticité permanente…

8 commentaires

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  • Denis Paquette - Abonné 11 novembre 2017 02 h 09

    tout le monde en bicyclette ou en planche a roulettes

    Peut-être faudra-t-il qu'elle soit moins Mary Poppins ,car je ne sais pas si les nouvelles générations vont durer jusque la, ils sont tellement sollicités les pauvres, il faut bien que les riches y trouvent leur compte, le monde n'étant pas patient

  • Yves Mercure - Abonné 11 novembre 2017 08 h 46

    Campagne en marche

    Les fonds de commerce ne changent pas si vite en général. Le parallèle trudeau-plante fait peur : serait-ce de nouveau une victoire de la superficialité hypocrite ou de la sincérité determinee? Le charme est-il celui qui a des intérêt personnels caché ou qui marche à la lumière? La vieille méthode a pris bien de la place au municipal : magouilles, camouflage d'info, arrogance et faste dans le bilan du sortant...Sanctionné à montréal, mais gagnante ailleurs. Voyez les informations qui apparaissent pour la vedette trifluvienne alors que le fameux Colisée montre son vrai visage de construction dans la pénombre. Au provincial, la campagne est en marche à l'ancienne : la "maison propre" permet l'éveil des projets, promesses, ou autres annonces d'équité sociale et économique. On répare des écoles, on y projete un avenir radieux... La justice se lève aussi pour racoler imbécilement le nationalisme le plus bas avec une loi idiote et bien au niveau de la ministre... La CAQ promet 100$ ou 1000$ de baisse d'impôt et un Québec qui défendra son butin, avec des odeurs de la droite à la Duplessis. Le PQ fait dans son habituelle combat royal à l'interne et montre plus decharme que de direction. Les Solidaires, presque aussi souriant que Legault, espèrent une vague qui viendrait valider le seul parti qui se campe résolument en faveur de la population, mais qui peut dire beaucoup grâce au fait que la réalité sera hors de l'obligation de rencontre ses promesses. Montréal a bien voté deux fois de suite : en tournant le dos aux manèges demagouille et fraude en 2013, en passant le torchon sur une mairie qui devenait magouilleuse et qui versait dans le faste parti de spot de pont et de gamme de char. Un mandat puis exit. On devrait prendre l'habitude : ça ne donne pas le temps d'enraciner les passes fantomes

  • Solange Bolduc - Inscrite 11 novembre 2017 09 h 34

    Authenticité avant tout ?

    Si on osait nommer «les authentiques»! Commençons par Couillard : Un homme de pouvoir, qui aime l'argent plus que les citoyens du Québec, qui dit rarement la vérité, ou jamais, ses mensonges pris pour des vérités,excellant en ce domaine! Il a de la prestance, mais sa personnalité bousoufflée à l'image d'une gros bébé jouflu, donne l'impression d'avoir affaire à un homme capricieux. Un vrai authentique pourvu que le pouvoir le mène oè se trouve l'argent!
    Legault: il ressemble jusqu'à un certain point à Couillard, mais en bébé moins ragoûtant, en discours moins éloquent, plutôt mièvre...il n'en a que pour l'argent, et la nation québécois, il s'en fout pourvu qu'il parvienne au pouvoir: son authenticité: c'est la puissance de l'argent!
    Lisée: un homme intelligent, brillant même! Mais son authenticité peut se résumer à ceci: il rêve du pouvoir pour lui-même et pour le Québec, et pas nécessairement pour l'argent comme les deux précédents chefs. Il sait discourir, trouver les bons mots, relever les défis, mais comme il change trop souvent d'idée, il n'a pas le temps de les relever...Il est authentique, mais....
    QS et les deux têtes: GND et Manon Massé , je ne vois rien d'authentique chez eux, excepté le goût du pouvoir et ils vont tout faire pour l'obtenir au point de nier la nation et culture québécoise pour se perdre dans le multiculturalisme, ce qui devrait les bien servir à Montréal. Leur programme politique est aussi dépassé que leur prestance, même celle du jeune loup Gabriel! Plus prétentieux qu'authentique. Manon, n'a pas la stature d'une femme d'État, encore moins Gabriel!

    • Patrick Daganaud - Abonné 13 novembre 2017 07 h 02

      À chacun son pinceau!

  • Marc Therrien - Abonné 11 novembre 2017 11 h 37

    Être en représentation dans le théâtre de la politique


    L’entrée en scène de Valérie Plante dans le théâtre de la politique et l’histoire qu’on se raconte avec elle me ramènent au livre de Nancy Huston "L’espèce fabulatrice". Le chapitre II intitulé « Moi, fiction » commence par cette citation :«La vérité? Quelle vérité? La vérité, c’est peut-être que je n’existe pas! »- Romain Gary. Tout au long de son livre, Nancy Huston nous démontre que «chez les humains, aucune vérité n’est donnée. Toutes, par le truchement des fictions, sont construites ».

    Ainsi, a-t-on seulement voté pour la vraie Valérie Plante? Heureuse de l’absence d’un sens prédéfini et existant, devenir l’auteure de son être en représentation. Participer à la mise en scène, se déplacer dans le décor, alterner de l’ombre à la lumière, changer de costume selon les scènes, maîtriser son rôle, pour faire croire et émouvoir. Voilà pour elle la possibilité de la joie de vivre qui s’éprouve dans le vide créatif fécond. Il sera intéressant de voir où sera rendu le personnage au moment de sortir de la scène.

    Marc Therrien

    • Solange Bolduc - Inscrite 11 novembre 2017 17 h 46

      «vide créatif fécond»: DANS L'ART CHINOIS : il existe le plein et le vide, tout ce qui est plein, est un espace fini, réalisé, il existe l'espace infini pour remplir le vide...espace de la fécondité ou de la créativité, de tous les possibles, les imaginés.
      La question: Où se situe Valérie Plante ? Peut-être qu'elle répétera les autres parce qu'elle n'aura pas les moyens politique et financier de développer de nouvelles idées, d'être créative ???? On verra bien !

    • Patrick Daganaud - Abonné 13 novembre 2017 07 h 04

      On verra bien, Solange, comme disent les aveugles...

  • Michel Blondin - Abonné 11 novembre 2017 12 h 01

    La constitution polarisante ; un enjeu de plus.

    Il y a un constat, a priori, qui me semble incontournable : une lutte à deux n’est pas une lutte à quatre.
    Dans cette élection, Coderre a augmenté son nombre de votes considérablement. Le tirant des tiers partis, absent dans cette élection, a favorisé Laplante.

    De plus, toujours au niveau des élections pour la gouverne de l’État québécois, la division quadratique des votes francophones a des impacts presque aussi importants que la division binaire des communautés non francophones. La peur toute Anglaise de l’indépendance les rend, pour décider de leur vote, grégaires.

    Les caquistes bénéficient du rejet des libéraux du Québec par les non-francophones. Soucieux de moins de corruption à la française. Ils protègent leurs acquis sans danger séparatiste. De plus, l’abandon de la menace référendaire du PQ entraîne que la menace est encore moins forte avec l’ex-péquiste et le rend acceptable. Il suffirait d’un durcissement constitutionnel du PQ pour que le spectre politique retourne agiter les peurs séparatistes et rediriger les non-francophones vers le PLQ.
    La lutte à quatre nécessite un ton plus combatif, tranché et impératif.
    La force du PQ est constitutionnelle, mais en pratique s’il ne fait pas un pas pour supplanter les caquistes sur ce terrain — laïcité, identité, langue, culture et constitutionnel, il se met en danger de perdre sur tous les plans incluant l’élection.

    Le PQ doit revenir à ses fondements rassurants et polarisants pour 35% de la population et 90% de sa clientèle indépendantiste. Un coup de barre doit se dessiner. Il doit se démarquer en marquant son territoire en premier et déboulonner en second des mythes caquistes.

    L’ajustement doit se faire progressivement avec force sur le constitutionnel, bête noir des caquistes.