Guy Ouellette et l’UPAC: Moreau rabroue le président de l'Assemblée nationale

Le premier ministre, Philippe Couillard, a confirmé que Guy Ouellette demeurait — pour l’instant — exclu du caucus.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre, Philippe Couillard, a confirmé que Guy Ouellette demeurait — pour l’instant — exclu du caucus.
Le ministre Pierre Moreau inscrit sa dissidence à l’égard du discours prononcé par le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, durant lequel il a enjoint à l’état-major de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) d’« accuser » le député Guy Ouellette ou de s’« excuser » auprès de lui près d’une semaine après son arrestation.

M. Moreau s’est avéré le seul élu à s’abstenir de saluer, par le biais d’une motion, « le discours historique de son président [Jacques Chagnon] tenu le 31 octobre 2017 visant à défendre les droits et privilèges des parlementaires ».

« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un discours historique », a-t-il dit à sa sortie du Salon bleu. « Je n’ai pas voté contre parce que je ne veux pas en faire un plat », a-t-il ajouté.

 


Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles s’inquiète de voir l’Assemblée nationale « politise[r] un débat [sur l’arrestation de l’ex-président de la Commission des institutions] qui est essentiellement dans les mains du système de justice ».

Qui plus est, Jacques Chagnon, « semble avoir confondu des mandats » en demandant à l’UPAC « d’accuser ou de s’excuser » dans l’affaire Ouellette, selon M. Moreau. « Les accusations, ce n’est pas la police qui les porte, c’est le DPCP », a rappelé Pierre Moreau, un juriste de carrière. « Ça peut faire un bon discours, j’en conviens. »

Plus tôt, Gaétan Barrette saluait « l’excellent discours » de Jacques Chagnon.

À Guy Ouellette, Pierre Moreau a suggéré qu’il se tourne vers la police s’il se croit lésé. « Si M. Ouellette estime que c’est ce qui s’est passé, il peut déposer une plainte à la police en disant : on a essayé de faire de l’intimidation, a-t-il affirmé. Tout citoyen peut être arrêté sans être accusé, ça fait partie du processus qui est prévu et que les policiers peuvent utiliser de façon légale. »

Le député péquiste Pascal Bérubé juge l’abstention de M. Moreau suspecte. « C’est le seul qui ne veut pas appuyer le président de l’Assemblée nationale. Je pense qu’il a des explications à fournir », a-t-il affirmé dans une mêlée de presse.

M. Bérubé a pris soin de rappeler que le ministre libéral assumait il y a 10 ans les responsabilités de directeur de cabinet du ministre de la Sécurité publique alors que le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, y était sous-ministre. La « proximité entre ces messieurs » n’est pas étrangère au vote de M. Moreau, estime-t-il.

De son côté, le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, s’est défendu d’avoir « confondu » l’UPAC et le DPCP comme le lui a reproché poliment M. Moreau. « Si l’UPAC ne va pas voir le DPCP, il n’y a pas d’accusation », a-t-il dit dans un impromptu de presse avant la période des questions.

M. Chagnon a également tourné en dérision l’explication du directeur des opérations de l’UPAC, André Boulanger, selon qui les policiers ont « appâté » Guy Ouellette plutôt que le « piéger ». « L’UPAC a dit hier : “On ne l’a pas piégé. On l’a appâté”. C’est un peu rocambolesque. S’il y avait un chasseur dans ce groupe-là, il aurait de la misère à comprendre. Quand tu appâtes, c’est pour piéger », a poursuivi M. Chagnon.

Le président a sommé l’UPAC de ne pas consulter le contenu des appareils électroniques saisis à Guy Ouellette la semaine dernière. « Chose certaine, c’est du matériel de l’Assemblée nationale. Ça appartient à l’Assemblée nationale. Ça n’appartient pas au parlementaire », a-t-il affirmé. Il se dit prêt à saisir les tribunaux de l’affaire si l’UPAC persiste. « Si j’utilisais le privilège parlementaire, on irait en cour. J’ai entendu ça hier. C’est un défi, je le comprends. »

Caucus divisé

 


Le caucus libéral est apparu divisé mercredi matin, mais surtout insatisfait des explications fournies mardi par Guy Ouellette et l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

« Ce que je retiens d’hier [de la conférence de presse de l’UPAC], c’est : faites-vous-en pas, on a raison, il va y avoir des accusations et il va être condamné. C’est bien trop mince ! » a déploré le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. « Je vais prendre un côté, pour tous les citoyens, mais encore plus parce que c’est un parlementaire : je vais prendre le côté de la présomption d’innocence », a-t-il ajouté.

Quelques-uns de ses collègues sont allés dans le même sens. Êtes-vous satisfait des explications de l’UPAC ? ont demandé les journalistes au député Raymond Bernier. « Je suis satisfait de la déclaration de M. Ouellette », a-t-il répondu.

 


Sur la réintégration possible du député de Chomedey dans les rangs libéraux, l’élu de Montmorency a répondu qu’il y a « des options qui devront être regardées s’il n’y a pas d’accusations ».

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a dit souhaiter s’en remettre à la volonté de Guy Ouellette. « C’est lui qui avait choisi de quitter le caucus, on verra quelle sera sa décision », a-t-il dit. « Il y avait beaucoup de questions et peu de réponses, il y a toujours beaucoup de questions et peu de réponses », a-t-il ajouté, au sujet de la conférence de presse de l’UPAC.

Le ministre Robert Poëti a tempéré les commentaires de ses collègues. « Même avec ce qu’on a entendu hier, de part et d’autre, de M. Ouellette et de l’UPAC, il me manque d’informations pour poser un jugement clair », a déclaré l’ex-policier.

Le premier ministre, Philippe Couillard, a confirmé que Guy Ouellette demeurait — pour l’instant — exclu du caucus. « Nous espérons que la situation se clarifie pour lui », a-t-il dit en anglais. « Guy Ouellette, c’est un collègue qu’on aime, et je vais le dire pour que tout le monde l’entende bien : on aime Guy Ouellette, on a combattu politiquement avec Guy Ouellette, il fait partie de notre équipe », avait-il déclaré un peu avant.

D’autres détails suivront.
42 commentaires
  • Placide Couture - Inscrit 1 novembre 2017 11 h 11

    Le lien de confiance est rompu

    En politique comme ailleurs très souvent, la perception est plus importante que la réalité. Et si je me fie à mon intuition, sans juger du fond des choses à savoir qui ment et qui dit la vérité (tout se passant comme pour les enveloppes brunes dans le plus grand secret, rappelant l'omerta de la mafia) les trois zouaves de l'UPAC ont perdu la partie. Je n'ai pas confiance dans leurs regards fuyants, leur style ampoulé, leur suffisance qui leur sort par les oreilles, leur gestion policière stalinienne qui serait soustraite au contrôle de nos élus, leur méthode de surveillance sournoise des citoyens du Québec, etc. Aucun citoyen n'est au-dessus des lois, mais aucune police non plus n'est supérieure à notre démocratie. J'en appelle à la démission de Robert Lafrenière et de son équipe pour avoir produit si peu de résultats en cinq ans d'investigation, pour le peu de respect qu'il manifeste de nos institutions démocratiques et le mépris qu'il a de nos libertés fondamentales. C'est une insulte à l'intelligence des Québécois et c'est inquiétant pour la suite des choses.

  • Jacques-Olivier Brassard - Abonné 1 novembre 2017 11 h 33

    Chacune ses incohérences !

    Citation : « Si M. Ouellette estime que c’est ce qui s’est passé, il peut déposer une plainte à la police en disant : on a essayé de faire de l’intimidation. »
    Pierre Moreau

    Autrement dit, si vous êtes victime d'intimidation, plaignez-vous auprès de l'intimidateur.

    Allo la police !

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 novembre 2017 15 h 48

      L'UPAC est un corps de police spécialisé dans la corruption, qui n'est pas le même quand on porte plainte pour hacèlement ou intimidation.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 1 novembre 2017 12 h 26

    Correction

    "... leur suffisance qui leur sort par les oreilles, ...": je dirais qu'elle leur sort plutôt par la bouche, certes, mais aussi par le "body" car le non verbal chez Boulanger (le plus jeune des trois de l'UPAC, hier, était quelque chose à voir!

    Oh la,la, les mouvements soubresautants de la lèvre inférieure... avaient du frénétique exacerbé non seulement dans l'ampleur mais aussi dans la fréquence...Ça donnait l'impression de... "Là, je te parle, mais thèques l'organe, il mort aussi!"

  • Claude Rondeau - Abonné 1 novembre 2017 12 h 27

    Question

    Se pourrait-il que ce député ait fait de l'école buissonnière, et que ce soit sur ce sentier qu'il ait été surpris ?
    L'indignation confuse du président du Parlement me laisse perplexe. Comment peut-il oublier la différence entre une arrestation et une accusation; et confondre la propriété d'un ordi ou d'un téléphone et leur contenu ?
    Claude Rondeau

  • Jacques Lamarche - Inscrit 1 novembre 2017 12 h 52

    À la recherche d'un bouc émissaire!

    Cette autre affaire, qui nage dans des eaux nauséabondes, qui zigzage dans la brume, suscite méfiance et suspiciion. L'objectif de l'opération Guy Ouellette est des plus suspect.

    Le député est exclus du PLQ. Il est plus facile de s'en prendre à lui! Nathalie Normandeau, en quittant son parti, subit le même sort!

    L'UPAC se traîne les pieds. Le fruit de son travail sur cinq ans est maigre! Quand elle agit, elle doit éviter d'éclabousser son maître, le parti libéral, tout en montrant qu'elle est indépendante et imperméable à toute influence politique! Sa marge de manoeuvre est mince! M. Lafrenière, un homme puissant transporte des tonnes d'informations cruciales, marche sur un fil de fer! Il pourrait tomber!!!

    • Claude Bariteau - Abonné 1 novembre 2017 18 h 25

      Le point majeur est l'intervention du bras droit du PM Couillard, le ministre Moreau qui vient de reconfigurer le décor. Il critique le président de l'Assemblée nationale, salue implicitement la démarche politique de l'UPAC et vise le député Ouellette à qui il demande de jouer correctement les cartes qu'il a dans son jeu.

      Du coup, l'affaire devient une affaire du PLQ. Dans les jours suivants, les ministres et députés du parti recevront des directives dont celle de se taire pour que la justice libérale se déploie, l'objectif étant d'étouffer le dossier Charest-Bibeau.

    • Robert Beauchamp - Abonné 1 novembre 2017 20 h 29

      M. Bariteau, votre constat est des plus juste. Le PLQ vient de parler par une seule voix et il n'y a plus s'y méprendre, le reste dorénavant sera de la langue de bois. Quant à M. moreau il vaut la peine d'examiner les liens antérieurs qu'il a eus avec M. Lafrenière. Tous les adhérants à ce parti sont entremêlés comme un tricot serré, vous tirez sur une maille et tout le chandail bouge, des intérêts entrecroisés entre le milieu des affaires, la chamber of commerce of Montreal, et le politique tant au Québec que dans le milieu municipal. La convergence des intérêts est un réflexe, c'est dans l'ADN du PLQ.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 1 novembre 2017 20 h 54

      « l'affaire devient une affaire du PLQ. Dans les jours suivants, les ministres et députés du parti recevront des directives dont celle de se taire pour que la justice libérale se déploie, l'objectif étant d'étouffer le dossier Charest-Bibeau.«  Claude Bariteau

      Tout à fait. C’est le dossier Charest-Bibeau qui est au centre de la pièce et c’est la tête du magouilleur ex-premier ministre qu’il faut sauver. Ouellet, Poëti, Bernier, Chagnon et même Couillard ne pèseront pas fort dans la balance. On peut penser que la personne qui fait pression et qui donne des directives par la bouche de Moreau est la même qui met des freins et provoque des diversions au sein de l’UPAC.

      Qui donc parmi les libéraux, pour sauver sa peau, est prêt à tout... même faire couler et déshonorer son parti?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 novembre 2017 22 h 44

      @ JJ Roy « la personne qui fait pression et qui donne des directives »

      Il se peut que vous ayez raison sur les motifs qui animent monsieur Moreau. Mais l'important, ici, c'est de déterminer dans quelle mesure le PM ou qui que ce soit aurait la capacité ou la légitimité de donner de telles « directives » à l'UPAC ou au DPCP et dans quelle mesure ce qu'il en dit réflète convenablement les balises juridiques que chacun doit respecter. À mon avis, il a eu tout à fait raison de soulever ces questions, ce matin. Je peux me tromper là-dessus, mais je compterais davantage sur l'avis d'autres juristes que sur les spéculations à l'égard de ses motifs.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 2 novembre 2017 11 h 08

      Oui, Monsieur Maltais Desjardins, j’admets que l’embrouille actuelle qui se passe actuellement dans la cage des libéraux et les dernières interventions de l’UPAC soulèvent plus de questions que de réponses.

      Tout fait croire que Monsieur Bariteau a raison et qu’il faut suivre le fil conducteur qui meut toutes les pièces: le dossier Charest-Bibeau.

      Et qui trouve-t-on au bout du fil: À une extrémité Robert Lafrenière et à l’autre bout: le couple Charest-Bibeau... des copains libéraux de longue date auquel s’ajoute et figure le ministre Moreau.

      Perso, je ne vois aucun motif valable pour Couillard de provoquer la crise interne qui secoue actuellement son parti. C’est évidet que le jeu actuel lui échappe à lui et une bonne parti du caucus libéral... C’est au haut de la pyramide libérale qu’il faut regarder. Il est là le pouvoir et Charest-Bibeau logent dans ce sommer; ils sont libres et toujours agissant, ce serait une erreur de l’oublier.

      Spéculations? Oui, dans l’ordre du raisonnable. Le simple mortel est peut-être impuissant mais il peut penser et demeurer libre d’exprimer son opinion sur la source des malheurs qui affectent le bien commun. Le juriste est mieux armé pour découvrir les vices de procédures mais, s’il ne peut le prouver, il sera tenu de ne rien dire.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 novembre 2017 17 h 06

      Monsieur Roy, il est des circonstances où le simple mortel aurait été bien inspiré de suspendre son jugement plutôt que de suivre son inclination. Après tout, le souci de guérir des malheurs qui affectent le bien commun est au coeur de pas mal de ces guerres qui n'ont pas été moins douloureuses pour avoir été quelquefois justes. Par déformation professionnelle et disposition native, je me méfie des «évidences», même quand elles pointent vers les forces du mal libéral.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 2 novembre 2017 17 h 34

      Monsieur Maltais Desjardins,

      Chapeau devant votre retenue!
      (:-

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 novembre 2017 23 h 18

      Monsieur Roy, désolé si j'aurai eu l'air de prétendre que ma position serait plus juste qu'une autre... même si je lui trouve quand même un peu de mérite ;).