Québec recule sur les forages dans les cours d’eau

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, discute avec le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion, également président de l’entreprise Questerre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, discute avec le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion, également président de l’entreprise Questerre.

Après avoir ouvert la porte aux forages pétroliers et gaziers dans les lacs et les rivières du Québec, le gouvernement du Québec recule. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, promet aussi qu’aucun projet d’énergie fossile ne pourra voir le jour s’il ne bénéficie pas de l’« acceptabilité sociale » nécessaire.

Dans le cadre d’un discours devant les membres de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), lundi, le ministre Moreau a mis la table en vue d’un recul du gouvernement sur certaines dispositions très controversées des projets de règlement sur les forages déposés le mois dernier dans la foulée de l’adoption de la Loi sur les hydrocarbures.

« Le gouvernement du Québec n’autorisera jamais l’exploration ou l’exploitation d’hydrocarbures dans les cours d’eau, dans les parcs nationaux, à proximité des garderies, des cours d’école, dans les espaces résidentiels ou au coeur des zones urbaines », a promis le nouveau ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles.

« Je m’adresse à ceux qui font croire le contraire et qui tiennent un discours alarmiste. Il faut cesser de faire peur au monde », a-t-il ajouté. Mais pour le moment, les projets de règlement rédigés par son ministère, et qui sont soumis à des consultations jusqu’en décembre, permettraient les forages dans les lacs et les rivières. Ils permettraient aussi les forages à 175 mètres des secteurs résidentiels, ou encore à 275 mètres des écoles, des garderies et des hôpitaux. Ils ouvrent aussi la porte à des forages à 60 mètres des parcs nationaux.

Les propos du ministre Moreau indiquent donc qu’il a pris note de la controverse soulevée par ces dispositions. Les municipalités, par exemple, ont clairement fait valoir leur opposition aux projets pétroliers et gaziers près des zones habitées.

Fracturation

« Cela ne veut pas dire qu’on va reprendre l’exercice depuis le début », a-t-il précisé par la suite, lors d’un point de presse, tout en se disant ouvert à « resserrer » les dispositions réglementaires déjà élaborées par le gouvernement. Le ministre ne compte donc pas retirer purement et simplement les projets de règlement, comme le réclament les groupes environnementaux.

Pierre Moreau ne s’est pas non plus engagé à retirer de la réglementation provinciale la possibilité de mener des forages avec fracturation hydraulique. Il a toutefois réaffirmé, devant les membres de l’APGQ, que le recours à cette technique était pour ainsi dire impossible à envisager au Québec.

« Il nous apparaît, désormais, difficile de soutenir que l’exploration et l’exploitation par fracturation hydraulique satisfont aux critères d’acceptabilité sociale », a-t-il dit, ajoutant que cette « acceptabilité sociale » serait « le premier critère » pris en considération par le gouvernement.

Cela signifie-t-il que le gouvernement pourrait annuler des permis d’exploration en vigueur dans les basses-terres du Saint-Laurent, puisque les entreprises souhaitent y exploiter essentiellement du gaz de schiste, et par fracturation ? « Je ne crois pas que ce soit nécessaire d’aller vers un examen en vue de retirer des permis », a répondu le ministre Moreau. Il a aussi indiqué que la nouvelle législation sur les hydrocarbures permet au ministre de décider, au bout du compte, d’accorder ou non un permis d’exploitation.

Pour le président de l’APGQ, Michael Binnion, la fracturation hydraulique serait toutefois une technique tout à fait « sécuritaire » pour l’exploitation, alors qu’il dit appuyer ses propos sur plusieurs études scientifiques menées sur le sujet. Il a invité le gouvernement à prendre connaissance de ces études.

M. Binnion, président et chef de la direction de l’entreprise Questerre, a d’ailleurs plaidé lundi pour la réalisation d’un projet de forage avec fracturation, dans les basses-terres du Saint-Laurent, afin d’évaluer la sécurité d’une telle technique au Québec. L’entreprise Questerre détient plusieurs permis dans cette région. Elle n’est cependant pas la seule. Une douzaine d’entreprises y contrôlent plus de 16 000 km2 de permis.

Besoin d’hydrocarbures

Pierre Moreau a par ailleurs réaffirmé que le gouvernement Couillard est favorable à l’exploitation pétrolière et gazière au Québec, dans le but de nous « enrichir collectivement », mais tout en suivant « une approche réaliste, équilibrée et mesurée, dans le seul intérêt des Québécois ».

« Grâce aux hydrocarbures extraits de notre sous-sol, nous pouvons réduire une partie de notre dépendance aux produits importés », a-t-il fait valoir. « Je pose la question : pour quelle raison n’utiliserions-nous pas, ici, au Québec, et à notre profit, pour financer le développement des nouvelles énergies vertes, les revenus provenant de toutes nos ressources naturelles ? », a-t-il également souligné, devant des membres de l’industrie.

« S’il y a une acceptabilité sociale pour une exploitation locale, en vue d’une consommation sur le marché domestique, pourquoi est-ce que le gouvernement devrait s’y opposer ? », a-t-il également demandé, en réponse aux questions des journalistes. « Certaines municipalités sont favorables, parce qu’elles savent que, dans leur cas, il peut y avoir une rentabilité à exploiter nos ressources naturelles. »

Dans le même discours, le ministre a fait valoir que la « transition » énergétique est déjà en cours. Il a ainsi insisté sur la nécessité de réduire « nos émissions de gaz à effet de serre », mais aussi de diminuer notre consommation de produits pétroliers.



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