La classe politique ébranlée par l'arrestation de Guy Ouellette

Le premier ministre Philippe Couillard a interrompu son voyage dans le nord du Québec pour réunir son caucus à la suite de l’arrestation surprise de l’un des leurs, Guy Ouellette, qui siégera comme député indépendant jusqu’à nouvel ordre.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard a interrompu son voyage dans le nord du Québec pour réunir son caucus à la suite de l’arrestation surprise de l’un des leurs, Guy Ouellette, qui siégera comme député indépendant jusqu’à nouvel ordre.

Le sort du député indépendant Guy Ouellette était toujours entre les mains de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), jeudi, 24 heures après son arrestation pour des motifs qui doivent encore être définis.

L’UPAC a brisé le silence jeudi matin au moyen d’un communiqué concis. Elle a confirmé avoir procédé mercredi à une arrestation « nécessaire, entre autres pour sécuriser des éléments de preuve ainsi que pour empêcher que les infractions se continuent ou se répètent ». Nulle part, elle ne dévoile l’identité de l’individu arrêté, suivant la procédure habituelle voulant qu’un suspect ne soit nommé qu’au moment de déposer des accusations. « Les enquêteurs procéderont à l’analyse de la preuve recueillie [mercredi] avant que le dossier ne soit soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui déterminera s’il y a lieu de porter des accusations », poursuit l’UPAC.

Selon des informations rapportées par TVA et Radio-Canada, Guy Ouellette aurait été pris en filature et piégé par les policiers de l’UPAC. Dans l’espoir d’identifier les responsables des fuites sur ses enquêtes, l’UPAC aurait placé le député sur écoute pour l’épier au cours des dernières semaines.

Mercredi, ce serait le téléphone cellulaire d’un ex-policier — saisi lors d’une perquisition effectuée en début de journée — qui aurait permis d’appâter l’élu. Guy Ouellette aurait cru être en route pour rencontrer l’ex-enquêteur de la Sûreté du Québec Richard Despatie quand il est tombé sur des policiers de l’UPAC, qui ont procédé à son arrestation sur-le-champ.

Pour l’instant, seules les fuites médiatiques permettent de lier l’arrestation de l’élu à la divulgation d’informations dans l’enquête Mâchurer, une vaste opération policière sur le financement politique et l’octroi de contrats publics qui vise notamment l’ex-premier ministre Jean Charest et l’ex-argentier libéral Marc Bibeau.

D’ici « les prochaines décisions », Guy Ouellette demeurera exclu du caucus libéral, a confirmé le premier ministre Philippe Couillard. « C’est un choc pour tout le monde, pour l’ensemble de la députation », a lâché le chef libéral, qui a dit avoir appris l’arrestation de son député dans les médias.

 

Prudence chez les élus

À leur arrivée au caucus, avant que le communiqué de l’UPAC soit diffusé, les élus libéraux ont joué de prudence, disant attendre les explications de l’unité d’enquête. « Il y a toujours deux côtés à une médaille, il y a toujours deux versions », a fait valoir le ministre et ex-policier Robert Poëti. « Dans ce cas-ci, je n’ai aucune version de l’un ou de l’autre, que ce soit de l’UPAC ou de M. Ouellette », a-t-il ajouté. « J’espère que tout le monde qui est capable de s’expliquer s’expliquera pour que l’on comprenne », a aussi déclaré le leader parlementaire, Jean-Marc Fournier.

La commotion créée par la nouvelle n’a pas déstabilisé le gouvernement, a assuré M. Couillard à la presse. « Nous ne dévions pas du plan. Le plan est clair et appliqué », a-t-il dit.

D’ailleurs, il anticipe l’adoption du projet de loi 107 par l’Assemblée nationale. Celui-ci consiste notamment à détacher l’UPAC de la Sûreté du Québec afin qu’elle forme un corps de police spécialisé dans la lutte contre la corruption. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s’est affairé à faire avancer le projet de loi. « Notre objectif est de nous assurer que le commissaire à la lutte contre la corruption […] bénéficie de toute la marge de manoeuvre nécessaire pour mener à bien [son] mandat », a-t-il affirmé dans le débat sur l’adoption du principe.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec sont disposés à accroître l’autonomie de l’UPAC, mais à condition que son commissaire soit nommé par au moins les deux tiers des élus de l’Assemblée nationale. « Là où j’ai un problème qui est fondamental, c’est sur l’indépendance de cette institution », a fait valoir l’élu péquiste Pascal Bérubé jeudi après-midi.

L’élu solidaire Amir Khadir dit avoir appris avec « stupeur » l’arrestation de M. Ouellet. « De ce que je connais de ce monsieur-là, je n’ai aucune raison de douter de son intégrité, de sa probité. Ça n’a pas été un ministre à 100 000 dollars, Guy Ouellette », a-t-il lancé avant de faire feu vers l’UPAC. « Je trouve déplorable que l’UPAC consacre autant d’énergie à faire des enquêtes sur des sources internes, alors que son mandat est de faire la lumière et d’arrêter les responsables du scandale du financement du Parti libéral du Québec. »

Les élus québécois face à la justice

Guy Leduc (1975)

Soupçonné d’avoir des liens avec la pègre, le député de Taillon quitte le caucus libéral. Il se retire de la vie politique l’année suivante.

Claude Charron (1982)

Le député péquiste de Saint-Jacques renonce à ses fonctions ministérielles après avoir dérobé un veston dans un magasin Eaton. M. Charron quitte la vie politique avant la tenue de son procès.

Gilles Grégoire (1983)

Un des fondateurs du Parti québécois, il est reconnu coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec sept mineures. Il regagne son siège comme député indépendant après avoir purgé huit mois de prison.

Daniel Bouchard (2004)

Accusé de fraude, le député libéral de Mégantic-Compton quitte le caucus libéral pour siéger comme indépendant. Daniel Bouchard écope d’une peine d’un an dans la collectivité.

Tony Tomassi (2010)

Le député de LaFontaine est expulsé du conseil des ministres et du caucus libéral par le premier ministre Jean Charest pour l’utilisation d’une carte de crédit émise par une compagnie pétrolière. Il siège comme indépendant jusqu’à sa démission en 2012.


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