Québec «recadre» la consultation sur la discrimination systémique

Le ministre de l'Immigration, David Heurtel
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Immigration, David Heurtel
Le gouvernement Couillard fait volte-face : il renonce à mener à terme sa consultation sur la discrimination systémique pour privilégier à la place un exercice de réflexion sur l’immigration comme réponse à la pénurie de main-d’oeuvre anticipée.

L’annonce a été faite mercredi en marge de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres par le nouveau ministre de l’Immigration, David Heurtel, qui s’est dit convaincu que le temps était venu de « recadrer » cette initiative lancée par sa prédécesseure, Kathleen Weil.

Québec avait demandé à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) de tenir cette consultation sur la discrimination systémique et le racisme, une initiative qui fait l’objet de critiques et de controverses depuis sa création. Notamment, les partis d’opposition accusaient le gouvernement de vouloir faire le procès des Québécois de souche et de tenter de les culpabiliser.

Québec retire donc à la Commission le mandat de tenir cette consultation et décide d’en modifier radicalement l’objectif. La commission n’était pas « le véhicule approprié », a fait valoir M. Heurtel.

Québec entend donc désormais orchestrer un exercice qui évitera de « tomber dans l’inquisition » ou « la thérapie de groupe », surtout « sans s’accuser, ni se culpabiliser » mutuellement, a prévenu le ministre Heurtel en conférence de presse.

Le mot « racisme » est désormais exclu du processus. Il n’apparaît nulle part dans le communiqué de presse.

Questionné à savoir si, à ses yeux, il existait ou non une forme de discrimination systémique au Québec, M. Heurtel s’est défilé. « Je ne suis pas là pour vous dire ce qui existe et ce qui n’existe pas », a-t-il dit.

Malgré tout, Québec demande par ailleurs aux 31 organismes régionaux recrutés localement pour recueillir des témoignages dans le cadre de la consultation initiale de poursuivre leurs travaux, déjà en cours, et de remettre leur rapport au ministère.

Maintenant, l'emploi
L’enjeu principal de l’exercice, a fait valoir M. Heurtel, n’est plus la discrimination systémique et le racisme, mais plutôt l’emploi chez les immigrants et leur contribution souhaitée en vue de combler la pénurie de main-d’oeuvre à venir.

En compagnie du ministre de l’Emploi, François Blais, le ministre Heurtel fera donc une tournée des régions dans les prochaines semaines pour aborder ces questions et avoir une « conversation » avec les groupes intéressés.

Sauf que la consultation précédente visait d’abord à consulter les organismes de défense des droits, tandis que la nouvelle mouture visera plutôt à contacter les organismes à vocation communautaire et économique, de même que les entreprises.

Le grand forum qui était prévu en décembre à Montréal pour entendre des experts se prononcer sur les solutions à apporter au racisme systémique aura lieu quand même, mais devra désormais être axé sur « la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination ».

Si la priorité est désormais donnée à l’emploi, trois autres enjeux pourront aussi être abordés : la formation, la francisation et la lutte contre la discrimination.

M. Heurtel dit vouloir qu’on lui propose « des solutions concrètes ».

Vent de contestation
Le gouvernement avait commencé à remettre en question la consultation sur la discrimination quand le vent de contestation avait soufflé jusque dans les rangs du caucus libéral. Deux députés avaient publiquement attribué la défaite cuisante du PLQ dans Louis-Hébert, le 2 octobre, au mécontentement suscité dans la population par cette consultation.

Le premier ministre Couillard avait alors réagi en disant qu’il souhaitait ramener l’exercice dans la bonne direction.

L’idée d’examiner la place de la discrimination systémique au Québec, donc supposément inscrit dans sa culture et ses institutions, avait été lancée par la commission jeunesse du PLQ, alors présidée par Jonathan Marleau. Le premier ministre Couillard s’était aussitôt montré réceptif, convaincu de la « maturité » de la population québécoise pour aborder de front cet enjeu délicat.

À la suite de l’annonce du changement de cap, mercredi, les réactions n’ont pas tardé.

En renonçant à s’attaquer à la discrimination systémique, le gouvernement fait preuve de « lâcheté pure et simple », selon le député solidaire de Mercier, Amir Khadir.

Il en conclut que « l’entrée en matière » du ministre David Heurtel dans ses nouvelles fonctions est « catastrophique ».

Dans un bref communiqué, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a réagi en prenant « acte » de la décision du gouvernement de procéder à « un changement majeur d’orientation ». Elle veut analyser l’annonce plus en détail avant de commenter davantage.

L’opposition péquiste et l’opposition caquiste, qui réclamaient toutes deux l’abolition de la consultation, se sont réjouies de la tournure des événements.

Dans un communiqué, les jeunes libéraux ont applaudi la décision du ministre Heurtel pour son changement de cap.

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8 commentaires
  • Tristan Roy - Abonné 18 octobre 2017 17 h 21

    Un peu de bon sens...

    C'est fou comme une partielle peut éclaircir les idées!

    Oui, la pénurie d'emploi et le recours à l'immigration pour la combler sont des problématiques beaucoup plus urgentes.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 octobre 2017 17 h 21

    Immigration et productivité

    Il y a actuellement au Québec un mantra, qui doit être démasqué, à l’effet que le Québec a absolument besoin de plus d’immigrants. Aucunement prouvé. On prend exemple que dans une région on manque de tel type de travailleurs (parce qu’on ne les paye pas assez ou qu’on n’a pas préparé la relève) pour dire qu’il faut aller chercher des travailleurs dans d’autres pays. Pourquoi ne pas former ici nos gens en conséquence, les médecins et les infirmières par exemple, ou les techniciens qu’on désire ?

    De plus, l’immigration incontrôlée de personnes sans grandes compétences ne résulte qu’en une diminution des salaires des faibles salariés, comme il a été amplement observé et démontré aux États-Unis. Et cette diminution se répercute aussi à la baisse sur l’ensemble des salaires. On sait alors pourquoi les entreprises y sont favorables.

    L’avenir du Québec passe par une meilleure instruction donnée à nos enfants, et par des efforts soutenus en recherche et développement. Nous serons alors plus productifs. L’augmentation de notre productivité est la vraie la clef de notre survie comme peuple francophone et la clef de la santé économique et sociale du Québec.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 octobre 2017 17 h 28

    Les vraies solutions

    Compter sur l’immigration pour régler des problèmes de main d’œuvre est une solution facile à court terme, mais inefficace sous bien des égards à moyen et à long terme.

    Aux Etats-Unis et dans plusieurs autres pays, on a observé qu’une trop forte immigration, surtout de personnes peu qualifiées, amène par effet d’entraînement une baisse ou une stagnation des salaires pour l’ensemble de la population. Avec le résultat que beaucoup d’immigrants travaillent à un salaire en dessous du salaire minimum, que beaucoup de personnes « de souche » ne veulent pas travailler à des salaires de
    famine et se retrouvent plutôt sur le bien-être social, grevant ainsi le moral de la société et les finances de l’État.

    La vraie solution aux problèmes de main d’oeuvre, c’est d’augmenter la productivité de tous les agents économiques : meilleur outillage dans les usines, meilleure organisation du travail dans tous les secteurs, simplification de la paperasse administrative, et surtout meilleur niveau d’instruction de nos enfants et de notre main d’œuvre.

    Les moyens pour augmenter la productivité : améliorer la scolarité de nos jeunes, recycler les compétences des employés oeuvrant dans des domaines en régression,
    favoriser l’entrepreneurship, investir massivement dans la recherche et le développement, aussi bien dans les universités que dans les entreprises.

    C’est là la solution à moyen et long terme à nos problèmes économiques et sociétaux.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 octobre 2017 17 h 31

    Les coûts de l'immigration

    Les coûts de l'immigration

    Selon un rapport de l'Institut Fraser, les immigrants sont un fardeau fiscal de 20 milliards de $ par année pour le Canada. (http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britan )

    L'Institut Fraser explique que ce fardeau fiscal est dû au fait que les immigrants payent moins en impôts que le coût des services qu'ils reçoivent du gouvernement.

    Le Canada est l'un des pays avec le plus haut niveau d'immigration au monde par habitant. C'est aussi la deuxième destination d'immigration au monde derrière les États-Unis. Le Québec n’est pas de reste, avec 55 000 immigrants par année, dont la moitié s’intègrent aux anglophones et dont une bonne partie ne veut pas s’intégrer à la culture québécoise en voulant continuer à vivre comme dans leur pays d’origine.

    Proportionnellement, l’immigration serait donc un fardeau de 4 milliards de $ par année pour le Québec.

    Oui, il faut se demander qu’est-ce que l’immigration nous apporte. Voir à ce sujet « Impact de l'immigration - Dépasser la pensée magique » dans ( http://www.ledevoir.com/politique/quebec/289137/im )

  • Serge Picard - Abonné 18 octobre 2017 17 h 49

    "Mais l’enjeu principal de l’exercice n’est plus le racisme systémique et la discrimination, mais plutôt l’emploi chez les immigrants."

    L'emploi des minorités visibles le racisme et la manipulation honteuse du votent des minorités visibles par Philippe Couillard.
    Depuis son élection en avril 2014, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a procédé à 1496 nominations dans la fonction publique Québécoise, dont 46 seulement concernent des personnes issues des minorités visibles.