La prise de contrôle de la CSeries par Airbus fait réagir le monde politique

Le premier ministre Philippe Couillard doute de voir l’État québécois récupérer sa mise de 1,3 milliard de dollars dans le programme de la CSeries. Mais « les chances de le récupérer sont beaucoup plus élevées qu’elles ne l’étaient il y a quelques jours », a-t-il affirmé lors d’un impromptu de presse mardi midi. 

L’abandon du programme de la CSeries par Bombardier au géant Airbus pour 0 $ constitue néanmoins une « nouvelle positive pour le Québec », car la menace pesant sur l’emploi des milliers de travailleurs de Bombardier ― au premier chef ceux à pied d’œuvre dans la chaîne de fabrication à Mirabel ― disparaît, à tout le moins jusqu’en 2041, a fait valoir M. Couillard devant la presse. « Pour une deuxième fois, le gouvernement, avec ses partenaires, est intervenu pour préserver ces emplois, cette fois pour une période encore plus longue », a déclaré le premier ministre du Québec aux journalistes.

Voyez la réaction du premier ministre Philippe Couillard

 

 

« C’est un geste qu’il fallait poser », a-t-il martelé, précisant du même souffle que la vente des appareils de la CSeries était « difficile » au fil des derniers mois. Selon lui, la multinationale Airbus ― qui a quelque 6700 avions sur son carnet de commandes ― trouvera assurément des débouchés aux avions conçus au Québec. « Notre fleuron, notre créativité, notre génie québécois vont voler partout dans le monde », a-t-il insisté.

Une chaîne de montage uniquement pour les États-Unis?

M. Couillard a minimisé l’importance de la nouvelle chaîne de montage qui sera mise sur pied par Airbus à Mobile, en Alabama, afin de mettre des appareils de la CSeries à l’abri de droits compensateurs par le gouvernement Trump. Des employés américains seront aussi chargés de fabriquer les appareils de la CSeries destinés aux compagnies aériennes américaines comme Delta. « Mais le gros du marché est à l’extérieur des États-Unis. En terme de nombre d’avions, on va probablement tripler, ou même plus, la capacité de production de la ligne de Mirabel », a prédit le chef du gouvernement.

Le premier ministre a adouci le ton depuis son allocution devant les employés de Bombardier à Mirabel. « Chaque avion qui sort d’ici est un message à Boeing et à M. Trump », avait-il lancé fin septembre, tout en se disant « fier en “tabarnouche” » de la CSeries. Il dit aujourd’hui donner son feu vert à l’abandon de la CSeries à Airbus « avant tout [pour] protéger les emplois » ébranlés par le vent de protectionnisme en provenance des États-Unis. « C’est la nouvelle réalité américaine. Je dirais même que ça dépasse le parti [républicain] de M. Trump », a fait remarquer M. Couillard à la presse. 

Le Québec inc. renonce à son rêve de voir Bombardier jouer dans les ligues majeures aux côtés d’Airbus et de Boeing. « On aurait rêvé que Bombardier devienne aussi gros que Boeing et Airbus, mais en pratique, ça ne pouvait pas se produire. C’était impossible », a-t-il concédé.

Par ailleurs, le premier ministre a vite écarté la possibilité d’injecter « 1 milliard, 2 milliards » dans le programme de la CSeries puisque « ça n’aurait rien changé ».

L’opposition s’indigne et dénonce

De son côté, le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a prié M. Couillard de cesser de « fanfaronner » moins de 24 heures après la conclusion du partenariat entre Bombardier et Airbus. M. Lisée s’indigne de voir « le fruit de plus de 10 ans de travail du génie québécois » donné à Airbus, un concurrent de Bombardier dont le siège social est basé à Amsterdam, « en échange de zéro euro, zéro dollar, zéro kopeck ».

Voyez la réaction du chef péquiste Jean-François Lisée

 

 

« Si Bombardier a signé cette entente-là, c’est parce qu’elle n’avait pas le choix, c’est parce que Bombardier était dans une situation d’une telle faiblesse qu’il fallait qu’elle trouve quelqu’un à qui donner la maison », a soutenu le chef péquiste, précisant que « cette faiblesse-là tire son origine » de l’injection de 1,3 milliard de dollars d’Investissement Québec (IQ) dans le programme de la CSeries plutôt que dans dans le consortium de Bombardier. 

D’ailleurs, le chef caquiste François Legault demande à la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, d’évaluer la valeur marchande de ce placement effectué il y a près de deux ans. « M. Couillard a misé 1,3 milliard de notre argent sur cette Série C et malheureusement, il a perdu. Donc, c’est très surprenant aujourd’hui de voir qu’il se réjouit de la transaction. Si j’étais à la place de M. Couillard, là, je serais déçu en “tabarnouche” », a lancé M. Legault en conférence de presse.

Voyez la réaction du chef caquiste François Legault

 

 

« Le meilleur avion au monde, là, maintenant, malgré tout ce qu’on a investi pendant des années, de toutes sortes de manières, donc, les brevets, le savoir-faire, la technologie de pointe, Airbus vient de l’avaler sans casquer un seul sou. Est-ce qu’on doit s’en réjouir ? » a demandé le député solidaire Amir Khadir.

16 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 17 octobre 2017 13 h 04

    Pour une fois

    L'accord initial de 1,5 milliards Québec-Bombardier était une patente merdique. On était pris avec ça. Cela étant, et sous la gestion catastgrophique principalement des Beaudoin, la C-Series n'allait nulle part et c'est sans compter Boing et l'American government et leurs taxations de pirates.

    Alors qu'est-ce que les oppositions ont à pisser du vinaigre? Vaudrait mieux laisser se «crasher» l'avionneur Bombardier et grever tout Bombardier (déjà qu'elle peine à maintenir son label de qualité...)?

    • Marc Therrien - Abonné 17 octobre 2017 20 h 39

      Dans une année électorale, il est plus que jamais dans la logique situationnelle et dans l'ordre des choses politiques que les partis d'opposition s'opposent. C'est un réflexe qui devient si aigu qu'on peut se demander si la pensée qui en émane a eu le temps d'être raisonnée.

      Marc Therrien

  • Danny Côté - Abonné 17 octobre 2017 13 h 12

    il ne faut pas exagérer M. Lisée

    Ce n'est pas comme si Bombardier avait le choix!

    • Louise Collette - Abonnée 17 octobre 2017 13 h 23

      Oui mais c'est quand même dommage.....

  • Jean-François Trottier - Abonné 17 octobre 2017 13 h 38

    Bêtes questions aux journalistes

    Dans un investissement il y a, en général, échange d'argent.

    Qui empoche cet argent, ici et maintenant?

    Airbus a acheté des actions, alors il les a achetées à quelqu'un ou quelque chose, ou bioen je ne comprends plus rien aux finances.

    Seconde question, malheureusement trop large : quel est l'intérêt du gouvernement dans ceci, mis à part les emplois conservés jusqu'à nouvel ordre ?

    Enfin, et cette question en est à peine une, que fait Ottawa à part se mettre les doigts dans le nez ?

  • Michel Lebel - Abonné 17 octobre 2017 13 h 49

    Pas de place pour un petit!

    Soyons sérieux, il n'y avait plus de place pour un petit joueur comme Bombardier. Ce dernier n'arrivait pas d'ailleurs à vendre ses beaux avions! Airbus connaît bien des moyens et trucs pour les vendre! Donc mieux vaut cet achat qu'une faillite ou tomber sous la coupe de Boeing!

    M.L.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 17 octobre 2017 14 h 04

    Expliquez-moi s.v.p...

    Selon M. Lisée, le gouvernement aurait commis une erreur stratégique en misant uniquement sur la CSeries au lieu d’investir dans Bombardier dans son ensemble. Il faudrait expliquer, l'arrivée de la Chine dans les grands marchés publics internationaux ferroviaires ayant récemment amené Siemens et Alsthom à fusionner pour mieux y résister. Sauf erreur, les grandes rivalités économiques mondiales menaçaient tellement l'avenir de la CSeries qu'il fallait vendre au meilleur moment, et c'est ce qui vient de se faire.

    • Marc Therrien - Abonné 17 octobre 2017 20 h 45

      Et dans une guerre mondiale ou intercontinentale économique de ce genre, le Québec demeure un bien trop petit pays.

      Marc Therrien