Les libéraux ont tout à craindre dans la région de Québec

Deux chercheurs universitaires concluent que les élections partielles ne constituent plus des baromètres des élections générales comme c’était le cas dans le passé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Deux chercheurs universitaires concluent que les élections partielles ne constituent plus des baromètres des élections générales comme c’était le cas dans le passé.

La débâcle des libéraux dans Louis-Hébert est surtout annonciatrice de difficultés dans la région de la capitale, d’après un expert du phénomène des partielles. Et selon les députés libéraux du coin, c’est la consultation sur le racisme qui passe mal parmi les électeurs.

« Les résultats sont un bon baromètre de ce qui attend les électeurs dans la région de Québec. La sortie des députés libéraux ne me surprend pas. Je crois qu’ils ont peur que ce qui s’est produit dans Louis-Hébert se produise ailleurs dans la région », avance Marc André Bodet, professeur de science politique à l’Université Laval. « Mais de là à généraliser à l’ensemble du territoire québécois, je n’irais certainement pas jusque-là. »

Mardi, les députés Patrick Huot (Vanier) et Michel Matte (Portneuf) ne cachaient pas leur perplexité. « Il y a, disons… On a eu une belle claque sur la gueule », a déclaré le député Huot. « On a à se redresser », a-t-il convenu.

M. Bodet et la chercheuse Ariane Blais-Lacombe de l’Université d’Ottawa s’apprêtent à publier un article sur le sens à donner aux partielles au Québec dans la revue Politique et Sociétés. Leur recherche se penche sur toutes les élections partielles qui se sont tenues au Québec depuis 1970. Ils en concluent que les partielles ne constituent plus des baromètres des élections générales comme c’était le cas dans le passé. Par contre, elles sont des révélatrices des « dynamiques régionales ».

À l’heure actuelle, le PLQ occupe toutes les circonscriptions de la région à part Taschereau (PQ, Agnès Maltais) et La Peltrie (CAQ, Éric Caire). Or, les circonscriptions libérales de Chauveau et de Charlesbourg « ont quand même des caractéristiques relativement semblables [à Louis-Hébert] ». « Même si Louis-Hébert est plus riche que les autres, ils font partie du même écosystème médiatique. Donc, la dynamique à laquelle on assiste dans Louis-Hébert peut nous informer énormément sur ce qui s’en vient dans les autres circonscriptions », précise le chercheur.

La Commission sur la discrimination montrée du doigt

Dans les rangs libéraux de la région de Québec, on relevait mardi que la Commission sur la discrimination avait beaucoup nui au parti. « La question sur la discrimination, le racisme, ce sont des choses dont les gens nous parlent beaucoup. Les gens ont un certain malaise, comprennent peut-être mal où on s’en va », a reconnu le député de Vanier-Les Rivières, Patrick Huot, à son arrivée au caucus.

« Je ne pense pas que ce soit une priorité pour les francophones. Moi, je me dis que ce n’est pas une priorité pour mon comté. Les gens, ce n’est pas de ça qu’ils me parlent chez nous, dans Portneuf », a aussi déclaré le député Michel Matte. « Oui », a-t-il répondu quand un journaliste lui a demandé si le gouvernement devrait mettre ses énergies sur « autre chose » que la consultation.

Tour à tour, les membres du caucus libéral ont assuré avoir entendu le « message » envoyé par les citoyens de Louis-Hébert, qui ont été environ 15 000 à déserter le Parti libéral du Québec (PLQ) au profit de la Coalition avenir Québec (CAQ).

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a quant à elle parlé de la « sensibilité » des gens de Québec face à la démarche de son gouvernement sur les questions de discrimination et de racisme systémiques. « Je pense qu’il faut redoubler d’efforts par rapport à la nécessité de faire une consultation », a-t-elle analysé.

« Un vent de changement », dit Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a aussi attribué, en partie, la défaite libérale au malaise des Québécois à l’égard de la commission sur la discrimination systémique et le racisme. « Nous, on le dit depuis le début, c’est comme une attaque face à tous les Québécois. Il n’y a pas de système au Québec de racisme, donc je pense que ce n’est pas approprié d’avoir cette commission sur le racisme systémique », a-t-il déclaré. Il a cependant jugé que les préoccupations économiques, comme la révision de la grille tarifaire des centres de la petite enfance et des garderies privées subventionnées, ont poussé les électeurs à choisir sa formation.

M. Legault n’a pas caché par ailleurs son désir de voir le « vent de changement » incarné par les citoyens de Louis-Hébert gagner tout le Québec. « Il y a aussi une dynamique qui s’installe. À partir du moment où ça devient possible qu’un parti qui était le troisième parti devienne le prochain parti du gouvernement, eh bien, ça ouvre les yeux aussi aux gens de Montréal, aux gens de la Mauricie, aux gens des régions », a-t-il déclaré. « Donc, la victoire d’hier permet de dire : “Tout est possible.” »

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a voulu dissimuler toute manifestation d’inquiétude face à la performance de son parti, qui s’est contenté d’une troisième place, avec 16,26 % des voix. « Ça ne m’inquiète pas du tout », a-t-il assuré. Dans la région de Québec, cependant, « on a encore beaucoup de travail à faire », a-t-il ensuite reconnu, avant de changer de sujet.

Du côté de Québec solidaire, on a bien dû constater que la percée dans Gouin n’avait pas eu de suites à Québec. Parlant d’une « progression modeste », Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas caché que son parti aurait aimé faire mieux.

Les électeurs de Louis-Hébert ont mis fin à un règne libéral de 14 ans, lundi soir. Ils ont élu la caquiste Geneviève Guilbault en lui accordant 51,04 % des voix. Le PLQ a dû se contenter de 18,71 % des voix, devant le Parti québécois, qui a obtenu la faveur de 16,26 % des citoyens.

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8 commentaires
  • Simon Thibault - Abonné 4 octobre 2017 07 h 36

    Silence...

    Ce qui m'impressionne, c'est que personne n'ait mentionné que cette circonscription étant à Québec, il est probable que les Libéraux n'y aient pas été élus simplement parce que leur candidate avait un nom racisé. On est à Québec, ne l'oublions pas.

    • Serge Bouchard - Abonné 4 octobre 2017 08 h 57

      Et Sam Hamad ?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 4 octobre 2017 09 h 00

      Il me semble que vous tordez trop le bâton Monsieur Thibault et vos propos sont offensant pour les électeurs et électrices de Louis-Hébert... Vous semblez oublier que cette circonscription a élu comme député un dénommé Hamad durant de nombreuses années... Y a-t-il un nom plus racisé que celui-là?
      Les gens de Louis-Hébert ont tourné le dos aux libéraux pour choisir la CAQ. Point.

    • David Cormier - Abonné 4 octobre 2017 09 h 03

      Sam Hamad a reigné en roi et maître sur Louis-Hébert pendant 13 ans et il a un nom "racisé". C'est bien essayé de votre part, mais on vous souhaite meilleure chance la prochaine fois dans vos tentatives d'"amalgames".

    • Simon Thibault - Abonné 4 octobre 2017 22 h 32

      En effet, il était un peu tôt ce matin et mon premier café n'avait pas encore été assimilé semble-t-il. Mes excuses.

  • Christian Montmarquette - Abonné 4 octobre 2017 07 h 54

    Quatre trente-sous pour une piasse...


    Avec un recul libéral aussi grand, serais aussi porté à croire qu'il s'agit d'une tendance assez lourde.

    Ceci dit, changer les libéraux pour la CAQ ne changera pas grand chose, mis à part le changement de se faire baver par des faces-à claques caquistes plutôt que des face-à-claques libérales.

    - Après un gouvernement Couillard du lobby des médecins..

    - Aurons-nous droit à un gouvernement Legault du lobby compagnies d'aviations?

    À bien y penser..

    Avec les 4 milliards d'augmentations aux médecins spécialistes et les 4,7 milliards en cadeau à Bombardier..

    Nous avons sans doute déjà un gouvernement des deux, et changer de un à l'autre ne sera que changer quatre trente-sous pour une piasse.

    Christian Montmarquette

    Référence:

    "Beaudoin, Bombardier et nos 5 G" - Michel Girard, Journal de Montréal, 5 juillet 2016



    .

  • Eric Vallée - Inscrit 4 octobre 2017 14 h 31

    Le PLQ a dû se contenter de 18,71 % des voix

    Que 18.71% comme si c'était des grenailles. Ne sous-estimez jamais les libéraux! Il y a toujours des gens qui voteront pour le cochon avec une boucle rouge. Il y a toujours et partout dans n'importe quel comté, un certain pourcentage de chouayens.

  • Pierre Raymond - Abonné 5 octobre 2017 01 h 18

    Et le mystère ?

    Personnelement, je n'ai jamais cru qu'il y avait un « mystère Québec » .

    Tout s'explique même les résultats électoraux de la région de Québec.