Le nombre de victimes de la réforme Barrette bondit

La durée moyenne d’une intervention auprès des personnes recevant des services à domicile a fondu de 7,4% en six ans pour s’établir à 44 minutes en 2015-2016.
Photo: Dean Mitchell Getty Images La durée moyenne d’une intervention auprès des personnes recevant des services à domicile a fondu de 7,4% en six ans pour s’établir à 44 minutes en 2015-2016.

Les « problèmes de déploiement » de la réforme lancée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, au printemps 2015, demeurent nombreux, s’inquiète la protectrice du citoyen, Marie Rinfret. Les victimes aussi.

Le nombre de plaintes traitées par son équipe en matière de santé et de services sociaux a bondi de 30 % en 2016-2017, et ce, comparativement à la moyenne des trois années précédentes.

Une dame âgée contrainte d’accepter une chambre dans un CHSLD situé à deux heures de route de son milieu d’origine ; une autre vivant en CHSLD depuis 13 ans forcée de déménager ; une personne atteinte de sclérose en plaques se voyant retirer l’aide à domicile pour ses soins d’hygiène ; un homme handicapé se voyant couper 12 heures de services par semaine… « [Il s’agit] d’une situation préoccupante qui appelle des [améliorations] », a insisté Mme Rinfret lors de son passage à l’Assemblée nationale jeudi.

La nouvelle protectrice du citoyen a constaté une diminution de l’offre de services de soutien à domicile dans l’ensemble du Québec dans la foulée de l’exercice « abolition-fusion-intégration » du réseau de la santé et des services sociaux. À peine 8,6 % des personnes âgées en perte d’autonomie de 65 ans et plus reçoivent des services de soutien à domicile, alors que la proportion des personnes nécessitant de tels services se situe plutôt de 15 à 18 %, selon elle.

D’autre part, la durée moyenne d’une intervention auprès des personnes recevant des services à domicile a fondu de 7,4 % en six ans pour s’établir à 44 minutes en 2015-2016. « Cette situation s’explique notamment par l’apparition de nouvelles balises limitant le temps consacré à chacune des activités offertes. Il peut s’agir, par exemple, de réduire le temps alloué pour donner un bain à une personne en perte d’autonomie ou pour préparer ses repas », peut-on lire dans son rapport.

Mme Rinfret s’inquiète de voir le réseau de la santé « exige[r] une implication sans cesse accrue des aidants naturels, parfois au détriment du respect de la dignité et de l’intimité de la personne aidée ».

Promesses fermes

Elle presse le ministère de la Santé de définir clairement les moyens qui lui permettront d’atteindre les cibles inscrites dans son propre Plan stratégique 2015-2020.

À un an du scrutin, Mme Rinfret appelle à demi-mot les acteurs politiques à cesser de faire des promesses irréalistes. « Définissons l’offre de services qu’on peut offrir selon nos moyens et en fonction des besoins des personnes en établissant leurs priorités. Mais cessons de leurrer les gens », a-t-elle lancé en conférence de presse.

La protectrice du citoyen a également montré du doigt jeudi les « difficultés d’accès à une place » dans un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). « Alors que le vieillissement de la population québécoise est une réalité connue et documentée depuis longtemps, on constate un manque criant de places d’hébergement en centres d’hébergement de soins de longue durée. Par effet de domino, les ressources intermédiaires sont surutilisées, alors que, bien souvent, elles accueillent des personnes dont les besoins sont trop lourds pour elles », a-t-elle déclaré à la presse.

Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, s’est amusé de voir « la protectrice du citoyen dégonfler la balloune de la propagande libérale sur la fin de l’austérité toxique ». « Le premier ministre et son gouvernement devraient avoir honte d’avoir ce bulletin aujourd’hui qui dit que, alors qu’ils ont augmenté de 125 000 $ par médecin leur rémunération, qu’ils ont plein de surplus, ils ont réduit les services aux aînés », a-t-il déclaré en chambre.

« Il est naturel qu’un rapport semblable fasse état des progrès qu’il reste à faire, et on est tout à fait à l’aise avec le rapport et la nécessité de continuer notre action », a rétorqué le premier ministre, Philippe Couillard, promettant du même souffle « de poursuivre les investissements en santé et services sociaux ».

Enfin, Mme Rinfret a servi un avertissement au gouvernement libéral, qui a promis d’accélérer la « transformation » du Québec dans la dernière ligne droite de la 41e législature. « Toute transformation doit être planifiée avec vision et rigueur et être centrée sur le mieux-être des citoyens et citoyennes. »

16 commentaires
  • Danielle Houle - Abonnée 28 septembre 2017 10 h 32

    Faut-il s'en étonner?

    S'agirait-il encore de recommandations, de petites tapes sur les doigts?

    À quoi servent les rapports de tout acabit si les décideurs décident sont seuls maîtres à bord?

    • Patrick Boulanger - Abonné 28 septembre 2017 15 h 26

      Entre autres choses, informer la population et influencer l'opinion publique. Ce qui est loin d'être négligeable, Mme Houle.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 septembre 2017 09 h 40

      C'est dans la nature même de la fonction de Protectrice du citoyen de mettre le doigt sur ce qui ne marche pas dans l'appareil de l'État. Ce dont il faudrait s'étonner, c'est qu'une réforme de cette ampleur se fasse sans anicroche. Ce dont il ne faut pas s'étonner, c'est que les titreurs du Devoir suggèrent que le gouvernement aurait agi de manière négligente sans se soucier de faire des victimes. Ce dont il ne faut pas s'étonner, c'est de la frénésie habituelle des agitateurs de crécelles...

  • Benoit Toupin - Abonné 28 septembre 2017 11 h 34

    Et la démocratie..

    En démocratie, une transformation doit être annoncée dans les engagements électoraux, faire l'objet d'un livre blanc ou autre, être discutée et surtout acceptée par une majorité.

    Les engagements du PLQ étaient assez nébuleux, à ma connaissance. Le PLQ a obtenu une majorité de sièges avec le soutien d'environ 40% des 70% d'électeurs qui ont votés, soit 28% des électeurs. Le tout s'est fait, pas à pas, en sourdine au caucus du PLQ et dans les officines du PM.

    Objectivement, la mot " transformation" utilisé par Monsieur Couillard me semble d'une prétention évidente; de l'auto-encensement sans nuance.

    Nous savions les effets néfastes de l'autérité imposée par ce gouvernement. La protectrice du citoyen confirme l'évidence. Mais il y a aussi toute cette manipulation que le PM s'autorise à l'égard du bon peuple en démonisant ses adversaires, en qualifiant de façon déshonorante les craintes du peuple et en mettant l'emphase sur les manifestations parfois malhabiles de certains groupes. Il ne s'efforce évidemment pas de chercher la source de l'impatience du peuple. Il la pervertie à son avantage. Ce PM n'écoute pas les besoins du peuple, il lui fait la leçon.

    Le sens de la démocratie et de l'écoute a grandement fait défaut à ce gouvernement. L'éthique n'est pas qu'une question d'argent; c'est aussi une certaine morale à l'égard des besoins du peuple et de sa protection. On s'attend de notre état qu'il soit au service du bien commun et du consensus social, qu'il soit transparent et démocratique et à l'écoute respectueuse de nos besoins...

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 septembre 2017 11 h 29

      L'idéologie néolibérale du PLQ veut remplacer l'État providence par une ploutocratie crasse. On utilise de beaux mots comme «la réengénerie de l'État» ou la «reconstruction de l'État» ou «le partenariat public-privé» des euphémismes pour nous faire avaler la fin de notre démocratie. Dorénavant, nos gouvernements préconisent l'abandon de la sociale démocratie, pour la remplacer par une dictature des multinationales qui compte commercialiser chaque aspect de notre vie. C'est une abdication de notre souveraineté en faveur des sociétés privées. Quelle honte!

  • Michel Lebel - Abonné 28 septembre 2017 11 h 56

    Des améliorations!


    La''transformation'' du Québec: un bien grand mot! Mieux vaut se contenter d'améliorations réelles, et il y en a toujours beaucoup à faire! Inutile de toutes les nommer. Mais les gouvernements utilisent bien souvent les miroirs aux alouettes.

    M.L.

    • Jacques Lamarche - Abonné 28 septembre 2017 18 h 51

      Il faudrait, M. Lebel. parler davantage d'une mutation du Québec. Il a changé radicalement depuis quinze ans.

      Il est bilingue dans ses communications et canadien dans ses orientations.

      Mais avant tout, son gouvernement a cessé d'être au coeur de sa vie économique et sociale. Il avait la volonté de s'imposer et s'était donné des moyens de développement collectifs. Le climat de solidarité a fait place à la liberté et à des intérêts privés, même les garderies n'y ont pas échappé, et les efforts de l'État sont de plus en plus remplacés par les forces du marché.

      Le Québec a perdu de sa spécifité, du pouvoir qui lui aurait permis de s'affirmer! Il devient toujours plus canadien, plus faible politiquement, une simple province comme les autres, à la merci des intérêts économiques du Canada anglais. De surcroît, ses gouvernements depuis Jean Charest ont fracturé la société par des coupes qui épargnent les bien nantis et pénalisent les plus démunis. Le Québec égalitaire dont la Révolution tranquille avait rêvé s'est effondré! Il est tout chamboulé! Les pauvres, les malades, les gens âgés pourront de plus en plus en témoigner!

  • Clermont Domingue - Abonné 28 septembre 2017 12 h 40

    Grande menace.

    Je crois que Boing fera tomber Couillard et Legault.Couillard a mis mille trois cents millions de dollars entre les mains de Bombardier. Il a pris cet argent dans les services de santé et d'éducation par sa politique d'austérité.

    Legault, l'égaré, fait pire. Il suggère que nos taxes et nos impôts soient donnés au gouvernement américain en droits compensatoires pour l'achat des avions de Bombardier par Delta.

    • Rémi Godin - Abonné 28 septembre 2017 23 h 15

      Enfin l'équation est résolu, vous avez parfaitement raison. La justesse de vos propos vous honore. Je suis en accord totalement avec vous, la menace est grande. Notre premier ministre me fait honte et je dirais que Legault est du genre burlesque. Le pire est à venir, imaginer que le prochain gouvernement soit caquiste ou encore PLQ.

  • Donald Bordeleau - Abonné 28 septembre 2017 15 h 24

    transformation EN SURPLUS DANS LE BUDGET.

    Abolition des CRÉ,des Forums Jeunesse, des CLD et une coupure de 300 M$ pour les municipalités.

    Donc 300 millions de moins pour l'aide aux devoirs, les forums jeunesses, les centres d'actions bénévoles, les Calacs et etc... étaient là pour aider les jeunes en formation et en entreprises pour la réinsertion au travail, diminution de l'aide au devoirs, ces coupures font très mal aux centres d'aide pour les femmes.

    Protectrice du citoyen le dit pourtant crûment : l’austérité se déploie au «détriment» des citoyens.

    Le budget du Conseil du statut de la femme (CSF) vient de passer à la moulinette de l'austérité pour 460,000$ en fermant sept bureaux régionaux.

    Stéphanie Vallée, à sabrer 700000$ dans le budget accordé à 16 organismes d’aide à l’emploi des femmes.

    http://journalmetro.com/actualites/national/793776

    Les conséquences sont des milliers de perte d'emplois, de briser les acquis pour l'implication des femmes sur les CA et le peu de présence des femmes leaders lors des séances d'informations du DGE pour la présence de plus de femmes en politique.

    iL NE FAUT PAS OUBLIER TOUTES LES AUTRES COMPRESSIONS DU PLQ