Que fait le Québec avec ses personnages historiques?

Le ministère a consenti 136,43 $ pour commémorer la mémoire du père de la confédération Alexander Tilloch Galt.
Photo: Domaine public Le ministère a consenti 136,43 $ pour commémorer la mémoire du père de la confédération Alexander Tilloch Galt.

Le gouvernement québécois a consenti moins de 15 000 dollars au fil des cinq dernières années afin d’« entretenir [la] place dans la mémoire collective » des 69 personnes inscrites au Registre du patrimoine culturel, a appris Le Devoir.

Le ministère de la Culture a consenti un montant moyen de 195 $ pour « rappeler le souvenir » de chacun de ces « personnages historiques », essentiellement au moyen d’avis dans des médias imprimés. Aux yeux de la directrice d’Action patrimoine, Émilie Vézina-Doré, il s’agit d’un grain de « poussière ». « Déjà, la culture, au sens large, se voit allouer une infime partie [du] budget », déplore-t-elle.

Le ministère a toutefois dépensé quelque 2000 $ afin de raviver la mémoire du premier couple de colons français qui s’est installé en Nouvelle-France, c’est-à-dire Marie Rollet et Louis Hébert. « Étant moi-même un descendant de Guillaume Couillard [gendre du couple Hébert-Rollet], je me sens privilégié d’annoncer aujourd’hui la désignation de Louis Hébert et de Marie Rollet comme personnages historiques », avait déclaré le premier ministre, Philippe Couillard, lors d’une cérémonie dans les jardins de l’Hôtel-Dieu de Québec, en juin dernier.

Le gouvernement « entret[iendra] la place de ces grands personnages dans la mémoire collective », a poursuivi le ministre de la Culture, Luc Fortin. La façon dont il s’y prendra reste à éclaircir.

En plus des deux aïeuls du chef du gouvernement, M. Fortin a élevé six personnes au statut de personnage historique depuis son arrivée au ministère, en février 2016. Le ministère a consenti 885,58 $ afin de rappeler la mémoire de l’ex-chef libéral Georges-Émile Lapalme et 136,43 $ pour commémorer celle du père de la confédération Alexander Tilloch Galt.

Effet limité

Pour l’instant, l’inscription au Registre du patrimoine culturel constitue « un geste avec un effet limité », fait remarquer le directeur des politiques à Héritage Montréal, Dinu Bumbaru. « On peut bien mettre 1000 noms là-dessus, si ce n’est pas accompagné d’autre chose… Est-ce qu’ils dormiront dans le registre ou bien ils feront l’objet d’une action ? » demande-t-il.

La Loi sur le patrimoine culturel permet au ministre de la Culture de désigner des personnages, mais également des événements et des lieux « dont la connaissance, la sauvegarde, la transmission ou la mise en valeur présente un intérêt public », et ce, depuis 2012.

D’ailleurs, M. Fortin a procédé l’été dernier à la désignation des deux premiers « lieux historiques » : le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Outaouais, et ce, au coût de 8216,24 $.

« C’est une annonce qui est de l’ordre de la fierté nationale », avait souligné M. Couillard, écartant l’idée d’adopter de nouvelles mesures pour restaurer et protéger les lieux historiques menacés des cours d’eau comme les quais, les phares et les épaves maritimes.

Nouvelle-France

Sauf exception, seules les personnes décédées depuis au moins 25 ans et faisant « l’objet d’un consensus et non d’une controverse » peuvent figurer dans le Registre du patrimoine culturel.

Aux commandes du ministère de la Culture, Maka Kotto avait inscrit dans le Registre tous les premiers ministres décédés, ainsi que tous les gouverneurs et les intendants de la Nouvelle-France. Le dernier intendant, François Bigot, qui a été embastillé pour corruption, fait partie du lot.

« C’est une espèce de paresse au fond. On ne se donne pas le trouble d’examiner [les candidatures] attentivement », lance l’historien Denis Vaugeois en entrevue avec Le Devoir. L’ex-ministre des Affaires culturelles aurait rejeté la candidature de Bigot : « Moi, c’est un par un, puis seulement des dossiers impeccables. »

La professeure d’histoire à l’Université McGill Catherine Desbarats s’inscrit en faux. Elle appuie la présence de M. Bigot au Registre, « pour le vénérer, non, mais le comprendre ». « La France cherche des boucs émissaires pour ses défaites militaires », rappelle-t-elle.

Quelques personnages historiques inscrits au registre

La chanteuse Mary Travers, dite «La Bolduc»
L’auteur de Maria Chapdelaine, Louis Hémon
Les cofondateurs de Montréal, Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance
L’homme fort Louis Cyr
Le chansonnier Félix Leclerc
Le curé Antoine Labelle
L’historien François-Xavier Garneau

Quelques événements historiques inscrits au registre

Saison de Jackie Robinson avec les Royaux de Montréal (1946);
Parution du roman Bonheur d'occasion, de Gabrielle Roy (1945);
Fondation des Cercles de Fermières du Québec (1915);
Arrivée du régiment de Carignan-Salières en Nouvelle-France (1665).



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