Autodétermination: un droit à risque pour le Québec, dit Couillard

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a refusé jeudi de défendre le droit à l’autodétermination des peuples, y voyant une menace à l’intégrité du territoire québécois. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’en est tenu quant à lui à « espérer » un retour au calme et le maintien de l’État de droit en Espagne, où des élus indépendantistes catalans ont été écroués sur ordre de la Cour.

Tous deux sont restés muets sur la confiscation de bulletins de vote et la fermeture de sites Web par Madrid, qui rendent incertaine la tenue du référendum sur l’indépendance de la Catalogne — considéré comme illégal par la justice espagnole — le 1er octobre prochain.

M. Couillard a plutôt appelé les partis politiques indépendantistes à l’Assemblée nationale à défendre avec prudence le droit à l’autodétermination du peuple catalan, qui est empêché par Madrid de tenir un référendum sur l’indépendance de la Catalogne.

Selon lui, les autochtones pourraient brandir ce même droit à l’autodétermination des peuples afin de revendiquer leur souveraineté sur « au moins » 650 000 km2 du territoire d’un Québec indépendant. « Que se produirait-il donc, étant donné qu’on a une relation de nation à nation avec les Premières Nations, dans le cadre de la séparation du Québec de la fédération canadienne, si l’ensemble des Premières Nations, au moins la moitié du Québec, décidait d’exercer leur autodétermination et de ne pas suivre le Québec séparé ? Quelle serait la position du Parti québécois ? » a demandé M. Couillard dans le Salon bleu.

Ce faisant, le chef du gouvernement a remis en question le dogme de l’indivisibilité du Québec après la victoire du Oui dans un éventuel référendum sur l’indépendance du Québec. « La seule façon de garantir l’intégrité territoriale du Québec, c’est l’appartenance à la fédération canadienne », a-t-il soutenu lors de la période des questions à l’Assemblée nationale jeudi.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, est resté abasourdi. Après s’être ressaisi, il a reproché au premier ministre de renier « la position traditionnelle » du Parti libéral du Québec sur l’intégrité territoriale de la province.
 

Voyez les échanges entre le premier ministre Philippe Couillard et le chef péquiste Jean-François Lisée sur le sujet.

 

Les premiers ministres, libéraux et péquistes, ont tour à tour défendu l’intégrité du territoire québécois. « S’il y a un engagement que tous ceux qui sont élus contractent dès leur entrée en politique, c’est celui de défendre l’intégrité territoriale du Québec. Et je suis de ceux-là », avait déclaré le premier ministre Daniel Johnson au printemps 1994.

Par ailleurs, « le territoire du Québec et ses frontières ne peuvent être modifiés qu’avec le consentement de l’Assemblée nationale », en vertu de la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec (loi 99), qui a été adoptée à l’automne 2000.

Pour le géographe Henri Dorion, le parallèle tracé par M. Couillard entre le peuple catalan et les nations autochtones du Canada est « extrêmement délicat ». « Le principe de l’autodétermination des peuples, c’est un principe universellement accepté. C’est son application qui pose problème », souligne le spécialiste de la question des frontières. « N’importe quel groupe ne peut pas tenir un référendum sur le fait qu’il constitue un groupe. » Il doit s’appuyer sur une base territoriale objective et reconnue comme étant essentielle, selon lui. La région nordique du Nunavik, à laquelle M. Couillard faisait notamment allusion dans le Salon bleu, « c’est un territoire reconnu à l’intérieur d’un autre territoire ». « Il ne faut pas mélanger les choses », a dit M. Dorion.

S’inspirer de l’expérience québécoise

Le premier ministre québécois a dit souhaiter jeudi voir Madrid et Barcelone, « repren[dre] le dialogue politique et démocratique », qui est, selon lui, la « seule manière de résoudre les tensions » dans la péninsule Ibérique. D’ailleurs, M. Couillard a offert à la Catalogne de « partager » avec elle l’« expérience » du Québec, qui a su « concilier un sentiment national fort et l’appartenance à un plus grand ensemble ». « Il s’agit de concilier un sentiment national fort et l’appartenance à un plus grand ensemble qui accepte et comprend l’expression de ce sentiment. Nous avons acquis au Québec l’expérience de cette conciliation délicate », a-t-il déclaré en chambre.

M. Couillard s’est aussi dit « plus que préoccupé […] par les incidents teintés de violence [et] les arrestations d’élus municipaux » en Catalogne. « Il n’y a personne qui banalise la situation », a-t-il fait valoir en chambre, après que les partis politiques d’opposition l’eurent pressé de dénoncer fermement un déni de démocratie de la part de l’Espagne.

À l’intérieur du « cadre constitutionnel »

M. Trudeau s’est abstenu jeudi de réitérer l’« importance » du droit des peuples à l’autodétermination. Il a dit s’imposer un devoir de réserve sur les heurts en Catalogne afin de respecter le « principe assez ferme » selon lequel les États « ne devraient pas se mêler de questions identitaires ou de souveraineté » d’autres États. « Nous, au Québec, on n’appréciait pas que d’autres pays [expriment] trop fort […] leurs opinions sur ce que les Québécois avaient à décider par eux-mêmes », a-t-il déclaré en marge de son passage au quartier général des Nations unies.

À Ottawa, l’élu libéral Matt DeCourcey a dit « espér[er] qu’une solution aux débats internes sera trouvée dans l’harmonie et le respect et certainement à l’intérieur du cadre constitutionnel espagnol ». Selon celui-ci, l’Espagne est indivisible. Ainsi, tout référendum s’avère inconstitutionnel.

Avec Dave Noël

31 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 21 septembre 2017 12 h 36

    Une question de choix

    Dilemme: le référendum sur l'indépendance de la Catalogne est illégal selon le droit espagnol. Tolère-t-on une telle action illégale ou l'interdit-on? Le gouvernement central espagnol a fait son choix. Cela me fait penser à l'époque des carrés rouges où les manifestations étaient déclarées illégales, mais étaient tolérées par la police. Cela envoyait un bien ''drôle'' de message. C'était un choix politique. C'est le même genre de situation que l'on vit présentement en Espagne. Chaque partie impliquée devra en assumer les conséquences.

    M.L.

  • Roland LeBel - Abonné 21 septembre 2017 12 h 38

    Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, la Catalogne est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement.

    • Gilles St-Pierre - Abonné 21 septembre 2017 20 h 36

      Exact, tout comme le Québec.

      Vive la Catalogne et le Québec libres.

  • Claude Bariteau - Abonné 21 septembre 2017 12 h 52

    Interrogations.

    Se dire préoccupé de l'agression d'un ami n'est pas un signe d'amitié très fort, à moins qu'être préoccupé veuille dire plus qu'être préoccupé. C'est ma première interrogation, car le PM Couillard vient de refuser de voter une motion qui, elle, était un geste politique fondé sur le respect de la démocratie que valorisent à 70 % les Catalans, ce qu'a fait le gouvernement écossais.

    Deuxième interrogation. Les informations signalaient mardi que 1 million de bulletin de vote avait été saisi. On parle maintenant de 10 millions alors que la population de la Catalogne est à peine plus de 7,5 millions d'habitants.

    • Claude Bariteau - Abonné 21 septembre 2017 13 h 53

      Le PM Couillard précise son amitié. Elle consiste à inviter les Catalans à vivre subordonnés.

      Pire, il avance que les réserves indiennes créées par le Canada octroient aux Autochtones un droit de sécession le Québec devenu pays indépendant.

      Ça ne tient pas la route.

      Le territoire québécois, y compris les réserves autochtones, qui ne couvrent pas la moitié du territoire, deviennent des réserves d'un Québec indépendant, la tutelle du Canada devenant celle du Québec.

      Dès lors, les peuples autochtones et le Québec seront en position de revoir le statut des réserves et des zones habitées par les Inuits.

      Il ne faut rien connaître des règles internationales pour avancer de telles âneries en avançant que les « nations » autochtones, qui n'ont aucun droit à l'autodétermination externe, peuvent prendre possession du territoire du Québec.

      Le seul droit dont elles disposent en est un d'autodétermination interne, qui n'a rien à voir avec l'autodétermination externe.

      D'ailleurs, ces « nations » ne revendiquent même pas ce dtoit interne même si elles y font écho indirectement dans leur propos au droit externe. Elles agissent de la sorte pour faire pressions sur les gouvernements canadiens et québécois afin d'obtenir un plus grand contrôle sur les territoires qu'elles habitent et les services qu'elles sont en droit de recevoir.

      Cela dit, pas plus que les Autochtones, les habitants du Québec ne dispose d'un droit à l'autodétermination externe.

      Par contre, comme les peuples écossaie et catalans, le peuple québécois, constitué historiquement en entité politique provinciale, peut s'affranchir du gouvernement si tel est le choix des habitants dans le respect des règles internaritonales en pareil cas.

      Décidément, ce PM n'est pas seulement dépassé. Il est obnubilé par la vision canadienne comme des catalans le sont par la vision espagnole.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 21 septembre 2017 17 h 20

      @Claude Bariteau - 21 septembre 2017 12 h 52 et 13 h 53

      Je suis impressionnée par vos propos, M. Bariteau, en particulier l'articulation du second avec les clarifications quant aux déterminations internes et externes, incluant l'idée selon laquelle, une fois une indépendance du Québec accomplie, les (je vous cite) "peuples autochtones et le Québec seront en position de revoir le statut des réserves et des zones habitées par les Inuits", ces réserves anachroniques qui engendrent de grands maux et maintiennent les populations autochtones dans un véritable apartheid (l'expression vient de Denise Bombardier).

    • Gilles St-Pierre - Abonné 21 septembre 2017 22 h 26

      D’abord merci infiniment M. Bariteau pour votre généreuse intervention elle tombe à point.

      Je suis tout à fait d'accord avec vous et si je ne m'abuse Dr Couillard a fait Médecine dans sa jeunesse et comme le principe de Peter l'évoque si bien, il a depuis longtemps dépassé son niveau de compétence sur la scène politique et il devrait donc retourner à la place qui lui convient.

      De plus, ce qui est propre au PLQ c'est de brandir l’étendard de la peur à chaque fois qu'il s'agit de la souveraineté du Québec; avec ce parti c'est toujours pareil et on n’avancera jamais à rien avec eux et on fera toujours du surplace, c’est-à-dire qu’on régresse au lieu de prospérer. C’est d’ailleurs pour ça que les revenus moyens au Québec sont parmi les plus bas et ils le resteront. Sur le sujet des autochtones ils seraient sûrement mieux respectés avec le Québec qu’ils peuvent l’être depuis Ottawa et tireraient assurément grands profits de notre souveraineté tout comme nous. Finalement c’est pas par rapport à notre propre souveraineté qu’on se doit d’être prudents comme le prétend Couillard mais c’est du fédéralisme que vient le danger, c’est nous mentir que de prétendre le contraire et pour cela, il excelle.

      Alors vive le Québec libre.

  • Alexandre Thibodeau - Abonné 21 septembre 2017 14 h 06

    Partager l'expérience?

    Le Québec a tourné le dos à l'avenir. Il n'y a plus d'ambition, plus de projet porteur, plus de vision rassembleuse. Il y a encore 100-150 ans de pourriture devant nous, jusqu'à ce que le processus d'assimilation soit complété, mettant fin au débat national pour de bon. À ce moment, le Québec sera devenu une province of Canada comme les autres. Le fait français en Amérique du nord fera partie du folklore. Je ne souhaite pas cela au peuple catalan.

  • Robert Bernier - Abonné 21 septembre 2017 14 h 20

    Le spectre de la partition, encore

    Philippe Couillard, la prétendue "grande âme", vient apporter de l'eau au moulin des partitionnistes qui, depuis 1976, nous promettent d'appeler les chars d'assaut d'Ottawa. Le sait-il que, ce faisant, il est en train de légitimer à l'avance tous les débordements de violence qui pourraient survenir? Comment dit-il donc: "attiser les braises de l'intolérance"?

    Ce type, qui a totalement interiorisé le discours du colonisateur, est de plus en plus navrant, "déplorable" dirait Hillary. En d'autres époques et d'autres lieux, on appelait ça des "rois nègres".

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Pierre Fortin - Abonné 21 septembre 2017 19 h 17

      Phillipe Couillard met 24 heures pour concocter une fuite en avant dans la confusion en espérant nous éblouir. Un Saut de biche avec ça ? N'ayant trouvé rien de mieux, il opte pour la prestidigitation.

      Quand M. Couillard espère voir Madrid et Barcelone « repren[dre] le dialogue politique et démocratique [,la] seule manière de résoudre les tensions », il joue la Fée Clochette. S'il est conscient de s'adresser à l'étranger, c'est alors à Mariano Rajoy qu'il doit dédier son message, celui qui bloque toute discussion sur la question nationale.

      En venir à présenter la situation des Autochtones d'ici, les imaginant comme une éventuelle menace aux yeux des patriotes québécois alors qu'ils sont les victimes d'un régime qui les ostracise avec la plus légère désinvolture, est odieux et ne berne que les inattentifs.

      Tout ça nous ramène curieusement à la question, du genre "éléphant dans la pièce", à laquelle M. Couillard ne veut surtout pas être confronté : le peuple québécois a-t-il le droit de choisir son destin ?

      Phillipe Couillard a perdu une autre occasion d'assumer son rôle de chef d'État.

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