Un automne sous le signe du 5-10-15

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Les participants à la marche pour la Journée internationale des travailleurs, organisée à l’appel de la Coalition montréalaise du 1er mai, demandaient, parmi leurs revendications, l’augmentation du salaire minimum à 15 $.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les participants à la marche pour la Journée internationale des travailleurs, organisée à l’appel de la Coalition montréalaise du 1er mai, demandaient, parmi leurs revendications, l’augmentation du salaire minimum à 15 $.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

15 kilomètres pour 15 dollars. Les organisations syndicales et autres groupes de lutte contre la pauvreté se sont donné rendez-vous le 15 octobre prochain pour une marche de 15 km dans les rues de Montréal afin de relancer la campagne 5-10-15, revendiquant entre autres un salaire minimum à 15 dollars l’heure.

« En face de nous, nous avons le Parti libéral, rappelle le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau. Et il semble qu’il penche plus du côté des arguments du patronat. L’augmentation du salaire minimum n’est pas à la hauteur de ce que nous revendiquons, mais nous persévérons. Et puis, il y a des villes américaines qui ont fixé cet objectif ou qui l’ont déjà atteint, les choses peuvent bouger… »

« L’Alberta, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont annoncé vouloir atteindre ce palier dans les prochaines années, ajoute le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Daniel Boyer. Peut-être que le gouvernement va comprendre que nous ne pouvons faire autrement que de leur emboîter le pas. »

Sur ce point-là, les centrales syndicales ne se battent d’ailleurs que peu pour leurs membres, qui bénéficient tous ou presque de conventions collectives définissant des salaires minimums au-delà de 15 dollars. Ils se battent pour tous les autres, les non-syndiqués, de plus en plus nombreux, qui doivent parfois cumuler plusieurs petits emplois pour arriver à joindre les deux bouts. « Il s’agit de sortir des milliers de personnes de la pauvreté, indique M. Létourneau. Les travailleurs qui fréquentent les banques alimentaires et les comptoirs familiaux pour s’habiller sont de plus en plus nombreux. Il y a un appauvrissement certain de la population. »

Le président de la CSN ajoute que le patronat en est bien conscient, lui qui préconise de mettre en place des crédits d’impôt pour remédier à la situation. « Il souhaite que l’ensemble de la société paie pour cela, commente-t-il. Mais nous, ce que nous disons, c’est que c’est aux entreprises comme Wal-Mart, McDonald’s ou Subway, qui en ont les moyens, de faire des gestes concrets. Quitte à mettre en place des mécanismes de soutien aux plus petites entreprises qui pourraient en souffrir. »

L’idée de la grande marche du 15 octobre est donc de remettre le dossier sur la table et de mobiliser le plus grand nombre autour de cette revendication. Au mois d’août déjà, le salaire minimum à 15 dollars a fait partie du défilé de la fierté à Montréal. Plusieurs économistes et autres leaders d’opinion se sont également rangés derrière cette revendication. Le parti municipal Coalition Montréal a par ailleurs déposé une motion le mois dernier demandant au conseil municipal d’appuyer la revendication d’un salaire minimum de 15 $ l’heure et demandant au gouvernement du Québec de réviser les règles gouvernant le salaire minimum.

« Au Québec, ce ne sont pas les villes qui fixent le salaire minimum, précise Jacques Létourneau, mais tout appui à la campagne est bon à prendre. » Une campagne qui ne s’en tient pas uniquement aux 15 dollars l’heure, mais qui revendique également que chacun puisse connaître son horaire cinq jours à l’avance et avoir dix jours de congé payés en cas de maladie ou de responsabilités familiales.

Sur ces deux autres points, la FTQ veut garder espoir. « Nous ne faisons pas partie de la campagne 5-10-15, précise Daniel Boyer. Pas que nous soyons contre les deux autres éléments, mais parce que nous souhaitons les dissocier. Nous ne voudrions pas que Québec nous donne le 5 et le 10, mais pas le 15. Parce que pour nous, le 15 est primordial et c’est sans doute celui que nous aurons le plus de difficulté à aller chercher. »

Car Québec a annoncé vouloir moderniser la Loi sur les normes du travail cet automne et la FTQ a bon espoir dans plusieurs dossiers. « Le gouvernement a annoncé que ce serait son année sociale. Les finances vont bien et il y a des élections à l’horizon, commente le président de la FTQ. Tout cela peut jouer en notre faveur. Nous devons donc continuer à pousser sur les dossiers qui nous paraissent primordiaux. En espérant que Québec fasse les bonnes annonces. »

En plus du salaire minimum, la FTQ insiste sur le fait que les clauses de disparité de traitement doivent disparaître tant au niveau des assurances que des régimes de retraite, et que la Régie des rentes du Québec doit être bonifiée pour s’aligner sur le régime des autres provinces. « Sur ces dossiers, on ne s’est pas encore fait dire non, conclut M. Boyer. Alors on se dit que peut-être, les astres sont alignés. »

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