La consultation sur la discrimination systémique se poursuivra dans sa forme actuelle

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard

Le gouvernement Couillard n’entend pas apporter de changements à la consultation sur la discrimination systémique même si la crédibilité de l’exercice continue d’être mise à mal.

« Il faut être capable, comme société mature, de regarder cette question dans les yeux puis d’en débattre. Ce n’est pas normal de ne pas vouloir étudier cette question-là », a rétorqué mercredi le premier ministre Couillard lorsque Le Devoir lui a demandé ce qu’il entendait faire pour restaurer la crédibilité de la consultation.

Pas question, donc, de remplacer la présidente de la Commission des droits de la personne (CDPDJ), Tamara Thermitus, qui serait visée par des plaintes de harcèlement, selon des sources citées par La Presse. « Mme Vallée a eu l’occasion récemment de lui réitérer sa confiance. Avançons, avançons », a-t-il ajouté.

Le gouvernement n’a pas non plus l’intention de lever le huis clos sur les consultations en région. Seul le forum final en novembre sera ouvert aux médias. Le grand public, lui, pourra s’exprimer « via le site Web en déposant un mémoire ou en répondant à un questionnaire », a précisé l’attachée de presse de la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, Émilie Tremblay-Potvin.

C’est le comité consultatif nommé par le gouvernement pour définir les balises de la consultation qui a « recommandé de protéger les gens qui viennent faire des témoignages », a-t-elle souligné.

Des organismes inquiets

Or, sur le terrain, on s’inquiète de la tournure des choses. Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), se demande si l’exercice va « servir à quelque chose ». « Il faut impliquer la population, bien sûr, sinon, c’est certain qu’elle va se sentir visée. »

Là comme ailleurs, on se demande qui est le véritable responsable de la consultation, le ministère de l’Immigration (MIDI) ou la CDPDJ. « Qui pilote réellement la consultation ? » demande Katia Atif, de l’organisme Action Travail des femmes (ATF).

À la CDPDJ, on dit être responsable de la consultation, du contenu et des recommandations, « en collaboration » avec le ministère, « qui se charge de l’organisation et de la logistique ».

L’ATF a également fait valoir que la possibilité d’un remplacement de la présidente était compromise par l’absence d’un vice-président. « Le vice-président [ou la vice-présidente] est le premier remplaçant de la présidente », dit-elle. Le poste n’a pas été pourvu depuis le départ, il y a un an, de Me Renée Dupuis.

Or, dans un cas comme dans l’autre, les nominations doivent être faites par un vote de l’Assemblée nationale sur proposition du premier ministre. Et elles doivent être approuvées par un vote des deux tiers de l’Assemblée.

En matinée, le député Amir Khadir avait enjoint au gouvernement de réunir « tous les partis » pour trouver des solutions à la crise de confiance envers la consultation sur la discrimination systémique. « Il est minuit moins une, a-t-il répété. Il faut résister à la tentation d’en faire un enjeu électoral. »

Québec solidaire et le Parti libéral s’entendaient toutefois sur une chose mercredi, à savoir qu’au Québec, les gens ne sont pas plus discriminatoires qu’ailleurs au pays ou dans le monde. « On n’est pas meilleurs ni pires que les autres au Québec […] mais il faut qu’on soit capables de voir ces questions-là ensemble », a notamment déclaré le premier ministre Couillard.

18 commentaires
  • Jacques Patenaude - Abonné 13 septembre 2017 12 h 31

    Les solutions sont connues

    Elles passent par l'emploi, le logement, une meilleure répartition de l'immigration au Québec, une véritable lutte contre la pauvreté, une réforme de la police, etc. Une commission n'est qu'un moyen de noyer le poisson. Il ne reste qu'une solution qui n'a pas été identifiée: Que les groupes qui se considèrent racisés cessent de voter pour le parti qui les instrumentalisent à des fins politique. Quinze ans d'inaction stratégiquement planifiés devraient les convaincre où est le vrai problème.
    Si Qs veux vraiment faire quelque chose, qu'il présente un projet de loi pour forcer les libéraux à mettre les choses en oeuvre.

  • Bernard Terreault - Abonné 13 septembre 2017 13 h 06

    C'est le systémique qui agace

    Ça voudrait dire que le "système" (politique? économique? scolaire? ou quoi encore?) discrimine DÉLIBÉRÉMENT aux dépens des membres de certains groupes culturels, religieux, sexuels ou autres. Les gens croient plutôt qu'aujourd'hui la discrimination est le fait d'individus. On ne parle évidemment pas de la discrimination fondamentale riches vs. pauvres, qui est bien présente, et que les mesures sociale-démocrates atténuent un peu.

    • Jean-Sébastien Garceau - Abonné 14 septembre 2017 10 h 00

      Systémique n'est pas nécessairement synonyme de conscient ou de volontaire.
      Cela veut dire que cela se comprend dans un tout et que ce tout est immense : représentation, association, immagination, émotions et sentiments sont aussi impliqués que les structures politiques officielles, la culture en place dans des milieu aisés ou dominants, sans parler de ceux qui sont responsables de la violance légale (police, armée, etc.)
      Mais il n'y a personne qui s'est concerté entre le gars qui fait une joke un peu raciste et le traitement particulier d'un employeur ou d'un policier. Dire le contraire est de l'ordre de la théorie du complot.
      Un fois ceci dit, comment expliquer que quelque chose de plus ou moins conscient se manifeste "systématiquement"?
      Les études sont assez claires : s'appeller Marc Tremblay est un avantage.
      En abandonnant une des idées fausse de notre système : celle que l'on n'est pas du tout un mouton qui suit le troupeau social, celle qu'on n'est pas du tout une personne influençable par la culture en place, celle qui dit que mes idées, ça vient juste et uniquement de moi.
      Du gros n'importe quoi pour flatter les égos fiers "d'avoir bâti leur vie par eux-mêmes". "Par eux-mêmes", mais dans le fond, comme tout le monde.
      Comme par hasard, ils ont bâti un bungalow, avec une clôture, un chien et des REERs, comme leur voisin.
      Il n'y a pas de complot pour les bungalow, il n'y a pas besoin de n'avoir pour que tout le monde le fasse.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 septembre 2017 10 h 51

      La seule discrimination systémique consciente pratiquée au Québec est politique. Elle découle de l'imposition d'un système politique inspiré du monarchisme constitutionnel britannique qui bafoue depuis bientôt quarante ans les bases fondamentales de la démocratie.

      Ça, le gouvernement Couillard n'entend pas s'y intéresser parce qu'il en tire avantage et entend, en ciblant une discrimination systémique dite raciste et en déploiement, en tirer avantage aux prochaines élections pour gouverner sans un appui majoritaire du peuple québécois. C'est ce que fait le gouvernement libéral depuis 2003 et ce que fit le PQ sous Marois.

      Et ça, ça ne changera pas par un scrutin proportionnel, mais seulement par l'implantation d'un régime républicain conçu et adopté par le peuple du Québec.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 14 septembre 2017 14 h 19

      @M. Garceau 14 sept. 2017 10h00

      Votre définition de 'systémique' est correcte dans l'absolu, mais ne tient pas la route dans le champ des pouvoirs impliqués ici. Elle ne le devrait pas du moins car prendre directement en charge toute votre énumération mènera directement à cette violence légale que vous dénoncez et craignez, avec raison.

      Entrer par la loi sur le terrain des émotions et des sentiments, c'est ouvrir la porte à quantités de dérives moralistiques prévisibles ou non. Nos élus ont à gouverner par la loi et non à farfouiller dans les consciences. L'éthique est bien entendu omniprésente, mais ce n'est pas le domaine d'action d'un gouvernement. En flirtant trop avec le rôle de gourous au nom de la justice, vision ou version libérale, le nôtre est en train d'instituer une théocratie informelle. En clair : Couillard n'est pas un Sauveur ni Trudeau un Messie ("Venez à moi vous tous qui souffrez") qu'ils se prétendent. Il faut impérativement lutter contre cette dangereuse illusion avant qu'il ne soit trop tard. En démocratie, il revient aussi au peuple de mettre la limite.

      L'argument de la protection des faibles (minorités), aussi généreux et valable soit-il, participe du même mensonge. On pourrait y croire si le gros chameau de la corruption systémique, légale et financière, ne restait pas bien installé dans sa stalle dorée. Les inactions systémiques pour lutter contre la corruption des grands, en parallèle à la lutte contre la discrimination à l'emploi des petits, voilà bien ce qui révèle la fraude électoraliste p.l.quiste. Avec la dissimulation qui en est un autre signe et le corolaire. Comme dit Guitton, il faut aller du connu vers l'inconnu, et du connu il y en a déjà suffisamment pour agir.

      Qui y gagnera quand tous nos maux humains auront été libérés par nos Pandore patentés, puis bien recensés par le Droit, et qu'ils se battront dans la noosphère que le nouvel ordre libéral est en train d'instituer? N’est-ce pas aussi cela l’enjeu, à terme ?

  • Jean Lapointe - Abonné 13 septembre 2017 13 h 17

    Ça veut dire quoi surmonter une "perception"?

    «Le député solidaire plaide pour qu’on surmonte « la perception [selon laquelle] il s’agit du procès du Québec, des Québécois et de la majorité ».(Isabelle Porter)


    Ça veut dire quoi « "surmonter" la perception selon laquelle il s'agit du procès des Québécois» pour Amir Khadir?

    On peut sans doute surmonter sa peur dans certains cas mais je ne vois pas comment on peut "surmonter" perception».

    Si le gouvernement a décidé de mettre sur pied une commission d'enquête sur la discrimination systémique et le racisme ce ne peut être que parce qu'il considère qu'une telle discrimination et le racisme existent au Québec. On ne met pas sur pied habituellement une commission d'enquête s'il n' y a pas de problème ou si le problème n'est pas très grave.

    Et on ne fait pas le procès de gens qu'on considère comme pas coupables de quoi que ce soit. Si on leur fait un procès c'est parce qu'on considère qu'ils ont de quoi se reprocher et qu'ils risquent donc d'ête coupables.

    Ce n'est pas une question de perception, c'est officiel. La commission existe et a commencé à travailler. Il n'y a rien à "surmonter".

    Si le gouvernement n'est plus d'accord avec ce qu' il a affirmé qu'il le dise et qu'il mette fin immédiatement aux activités de cette commisssion et que Khadir l'exige aussi au lieu de laisser entendre que ce serait une erreur que de considérer cela comme un procès.

    On dirait qu'il ne veut pas le voir ou qu'il essaye de nous convaincre que ce n'est pas un procès. Ce serait donc une fausse perception que de le penser, ce qui veut dire qu'il serait d'accord avec le gouvernement.

    Personnellement je considère que c'est surtout par l'éducation et une bonne information qu'on peut combattre les discriminations jugées comme inacceptables et le racisme. Et le PQ a aussi proposé des mesures concrètes allant dans le même sens mais le gouvernement les ignorent.

    On dirait clairement que le gouvernement cherche à nous donner mauvaise conscience.

    Mais pourquoi donc

  • François Beaulne - Abonné 13 septembre 2017 13 h 41

    A Madame Weil

    L'Ontario n'est pas le Québec, surtout pas en termes démographiques, sociologiques et culturels. Ce n'est pas parce-que ça marche en Ontarion que ça doit ou ça va automatiquement marcher chez nous

  • Réal Ouellet - Abonné 13 septembre 2017 14 h 13

    Surprise!

    Il semble bien que Québec solidaire a maintenant 3 porte-paroles!

    Ses déclarations sont-elles approuvées par le comité de coordination?

    Quelle interprétation faut-il donner aux propos de M. Kadir. Il parle au nom de QS mais il n'en est pas le porte-parole? Ça finit par être difficile de s'y retrouver.

    Monsieur Kadir est bien important pour le Devoir qui publie sa photo en majuscule et tout le baratin.

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 septembre 2017 06 h 51

      Tous les partis politiques fonctionnent avec des porteurs de dossiers.. Faut être nul en politique pour ne même pas être au courant de ça.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 14 septembre 2017 09 h 38

      @Christian Montmarquette - 14 septembre 2017 06 h 51

      La première phrase de votre réaction est adéquate car elle donne de l'information sur les répondants des partis d'opposition sur des dossiers thématiques. Le ton de votre deuxième phrase est toutefois vraiment... nul.

      Déprécier une personne qui intervient pour donner son opinion, même en faisant une erreur comme celle de M. Ouellet ici, c'est au minimum un manque de civisme. C'est indicatif d'un état d'esprit que je n'aime pas. On peut qualifier un propos de 'nul', c'est malpoli, mais pas discriminatoire, mais appliquer l'épithète à une personne est une autre parie de manches.

    • Réal Ouellet - Abonné 14 septembre 2017 10 h 14

      @Christian Montmarquette.

      C'est vous qui avez décidé que M. Kadir est porteur de ce dossier? Moi je pense que c'est un électron libre...qui a fait des émules d'ailleurs.