Le plan O de Parizeau en échange d'un désaveu de la caisse secrète de Chrétien

Québec - Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a demandé à Jean Charest d'exiger que le gouvernement fédéral livre tous les détails sur «la caisse noire et secrète» qui servait à faire mousser l'unité canadienne au Québec. Mais le premier ministre Charest s'est davantage intéressé au plan O de 1995.

Résultat: le gouvernement Charest rendra bientôt public le plan O que Jacques Parizeau et son ministre des Finances, Jean Campeau, avaient élaboré pour faire face à la situation financière du Québec au lendemain d'une victoire du OUI lors du référendum de 1995. En ce qui concerne les fonds fédéraux secrets, M. Charest a dit s'attendre, «comme citoyen du Québec», à ce que le premier ministre Paul Martin rende publique toute l'information «au sujet de ces allégations».

Dans l'opposition, les libéraux avaient réclamé à plusieurs reprises que le gouvernement péquiste rende public ce document dont le contenu avait fait l'objet d'une fuite dans le magazine L'Actualité en 1996. En cas de victoire du OUI en 1995, le gouvernement du Québec avait constitué une réserve de 17 milliards en liquidités au ministère des Finances, à la Caisse de dépôt et placement du Québec et à Hydro-Québec. En outre, trois institutions financières québécoises — la Banque Nationale, le Mouvement Desjardins et la Banque Laurentienne — avaient accumulé des liquidités de 20 milliards. Cette somme de 37 milliards devait servir à racheter des obligations québécoises sur les marchés étrangers en cas de vente massive et à compenser les retraits bancaires au cours de l'année que dureraient les négociations conduisant à la souveraineté.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, quand M. Landry lui a demandé de réclamer du premier ministre Paul Martin que celui-ci fasse toute la lumière sur «cette caisse abjecte» qui a servi à «manipuler la conscience nationale du Québec», M. Charest a répliqué en pressant le chef de l'opposition officielle de se lever pour demander au gouvernement libéral qu'il rende public le plan O. «S'il veut rendre publiques toutes les archives du ministre des Finances, il a le droit de le faire, je dirais même que c'est son devoir de le faire», a répondu M. Landry.

La plan O sera rendu public le plus tôt possible, a précisé M. Charest à sa sortie de l'Assemblée nationale. Du côté des péquistes, on ne s'émeut plus que ce document soit dévoilé: en effet, on s'attend à ce que le troisième tome de la biographie de Jacques Parizeau rédigée par Pierre Duchesne, qui sera lancé lundi prochain, contienne les détails du plan O.

Alors que Bernard Landry l'a accusé de «complicité de cette manipulation» orchestrée par Ottawa, «un geste dégradant pour une démocratie», Jean Charest estime plutôt qu'il faut se fier «au bon jugement» de la population. «Le chef de l'opposition officielle semble conclure que les citoyens du Québec étaient incapables de porter un jugement éclairé sur les choix qui leur étaient présentés.»

Lors d'une conférence de presse en matinée, M. Landry s'est dit peu surpris de l'existence de cette caisse occulte. «J'ai vu monter cette espèce de fanatisme fédéraliste depuis 1970 à peu près, et ils ont érigé ça en doctrine, [et] tout est permis au nom de la doctrine», a-t-il dit. «Quand la fin justifie les moyens, on ne se surprend plus de rien.»

Tout en demandant que le gouvernement québécois exige des excuses d'Ottawa pour avoir créé cette caisse secrète, le leader parlementaire du PQ, André Boisclair, a encore une fois réussi à faire un lien entre Jean Charest et le Groupe Everest. S'appuyant sur l'ouvrage d'André Pratte, L'Énigme Charest, M. Boisclair a souligné que le passeport canadien que M. Charest avait brandi lors de son fameux discours pour le camp du NON en 1995 n'était pas le sien mais celui de Claude Lacroix, du Groupe Everest.