Réaffirmer la «neutralité religieuse» des fonctionnaires de l’État

Jean-François Lisée lors du 17e congrès des membres du PQ.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean-François Lisée lors du 17e congrès des membres du PQ.

Les délégués péquistes veulent imposer un devoir de « neutralité religieuse » aux fonctionnaires de l’État québécois. Par l’entremise d’une résolution, ils ont demandé dimanche à leur chef, Jean-François Lisée, d’« étendre l’exigence de neutralité politique des fonctionnaires de l’État à la neutralité religieuse » s’il se voit confier les commandes du pouvoir.

« Par respect pour les citoyens que l’État dessert, les employés ne devraient pas afficher de signes religieux. Les croyances religieuses sont quelque chose de particulier, tout comme les choix politiques », a plaidé Louise Mailloux, qui avait été l’une des plus grandes partisanes de la charte de la laïcité du gouvernement Marois. « L’État québécois n’est pas un bar ouvert où on peut faire tout ce qu’on veut. On doit le respect. Et le respect de la neutralité de l’État exige aussi la neutralité religieuse tout autant que la neutralité politique », a poursuivi Djemila Benhabib, appelant par la même occasion les militants du PQ rassemblés dans le Palais des congrès à « continuer sur ce chemin difficile qui est celui de la laïcisation de l’État québécois ». L’appel de la candidate malheureuse dans Trois-Rivières lors des élections générales de 2014 a été entendu.

Le délégué de Laurier-Dorion Jean-Michel Gauthier s’en est désolé. « Ça nous ramène dans des débats [comme celui suscité par] la Charte. On s’est fait tous traiter, dans tous les comtés du Québec, de racistes, de xénophobes, de tous les noms simplement parce qu’on a proposé ce projet-là. Ça va dans la radicalité !, s’est-il exclamé. On devrait favoriser l’ensemble et le vivre ensemble. Au lieu de ça, on travaille sur des projets qui nous amènent dans la lignée de la dureté, qui divisent les groupes. »

Le PQ compte « obliger tous les fonctionnaires, employés et agents de l’État à avoir le visage découvert dans le cadre de leurs fonctions – sauf, bien sûr, pour un motif de santé ou de sécurité impératif et avéré », peut-on lire dans le programme politique de la formation politique. Le parti politique promeut également une « interdi[ction] aux personnes qui ont un pouvoir de contrainte [juges, procureurs, gardiens de prison et policiers] d’afficher leurs convictions, y compris religieuses ». Cela dit, les autres fonctionnaires de l’État pourront arborer un signe religieux, a précisé la députée de Taschereau, Agnès Maltais.

D’autres détails suivront.

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9 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 10 septembre 2017 13 h 48

    Les péquistes n'ont toujours rien compris

    Les péquistes n'ont toujours rien compris. Dans une société laïque, ne sont pas "les personnes" qui sont laïques ou neutres, mais l'État.

    Bloquer la porte aux emplois en vertu des convictions religieuses ou athées des citoyens.nes, c'est de la discrimination.

    Il me semble qu'après sept mois de débats déchirant où ils ont brisé la paix sociale et religieuse, les péquistes devraient avoir compris ça?

    Dans une société libre et démocratique, chacun est libre de croire, de pratiquer, et même, de promouvoir sa religion ou son athéisme.

    C'est la Déclaration universelle des droits de l'homme qui l'affirme.


    Christian Montmarquette

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 10 septembre 2017 18 h 49

      Le problème n'est pas d'avoir le droit ou non de pratiquer sa religion.

      Le problème, c'est d'en faire la promotion, de prosélytiser, de vendre sa salade.

      Et si on le fait, on s'arrange pour être discret à titre d'individu. Un fonctionnaire est un employé payé par tous les citoyens de l'État. Il offre un service qui n'a absolument rien à voir avec sa religion. Alors, sa croyance en Dieu, Allah, Jéhovah, Yaveh et tous les autres, le fonctionnaire devrait la laisser au vestiaire ou chez lui ou dans son automobile. À la fin de son quart de travail, s'il y tient, il n'a que revêtir son déguisement et ses bebelles et à se pavaner sur la place publique autant qu'il voudra.

    • André Tremblay - Abonné 10 septembre 2017 21 h 07

      Lisez "comme il faut" le dernier paragraphe du texte. Peut-être comprendrez-vous qu'il s'agit de "laisser les signes religieux" au placard lors de prestations publiques. J'ai enseigné pendant 30 ans et jamais je n'ai porté de signes arborant mes croyances, ni communiqué celles-ci dans le cadre de mes fonctions.Même si je faisais partie de la "majorité". Cela va de soi.C'est une question de respect de la personne à qui je m'adresse. Un point c'est tout. Et si je ne respecte pas ces règles, je n'ai qu'à me trouver un emploi dans ma communauté religieuse d'appartenance. Les communautés religieuses et le clergé du Québec ont compris depuis longtemps qu'ils devaient se départir des signes ostentatoires de leurs croyances. Alors tous ceux qui arrivent au Québec devront en faire autant. Nous sommes tolérants, mais pas niaiseux.

    • Michel Blondin - Abonné 10 septembre 2017 21 h 13

      Tous les intervenants ont fait attention de ne pas utiliser la neutralité en référence à l’État. Mais, il est correct d’utiliser le terme de neutralité pour les personnes occupant un poste dans l’État, et ceci, sans pour autant compromettre le terme de laïcité qui lui s’adresse à l’État. Une critique inutile.

      Quant à la Déclaration des droits de l’homme, ce qu’il en est rapporté est juste mais l’interprétation est dans le champ.

      C’est donc une habitude d’un coup d’épée dans l’eau que cette critique montmarquettoise continuelle et perpétuelle qui dévalorise finalement par une autopeluredebananisée, la politique de son parti solidarien.

    • Jean-François - Abonné 10 septembre 2017 23 h 40

      Arrêtez de répondre à Mr.Montmarquette ce n'est que pure perte de temps...

      Le jour ou la bonne foi est passée il était aux abonnés absents ,tout simplement.

      À la place faites comme moi et gardez ces "textes" et montrez les à des gens qui sont tentés par QS ; l'effet dissuasif est immédiat et beaucoup plus utile à long terme.

      Je me demande vraiment ce que QS attends pour lui demander poliment de se tenir coi...

      En attendant profitons-en.

    • Gaetane Derome - Abonnée 11 septembre 2017 01 h 42

      La France a pourtant adopté la neutralité religieuse M.Montmarquette.Et il y a même une loi interdisant aux élèves de porter des signes religieux(sauf discrets)dans les écoles publiques.
      Je ne pense pas que cela va porter atteinte aux emplois comme vous dites,sauf pour les employés de l'Etat et les enseignants qui doivent rester neutres.
      Je crois que la laicité ou neutralité de l'Etat est une façon d'accepter toutes les croyances et aussi les athées.Je pensais que QS était pour l'égalité...;)

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 septembre 2017 11 h 29

      À Jean-Pierre Marcoux,

      "Le problème, c'est d'en faire la promotion, de prosélytiser, de vendre sa salade." - Jean-Pierre Marcoux

      Vendre sa salade ou s'afficher tel qu'on est?

      On aura beau être contre le prosélytisme, il fait non seulement partie de la vie, mais de la liberté d'expression.

      Nos routes publiques sont inondées d'affiches commerciales: pétrole, voitures, pick-up énergivores, eau en bouteille, modèles stéréotypés féminins etc, qui, non seulement nous vendent leurs salades, mais nous vendent du coups, leurs idéologies et leurs valeurs et une société capitaliste consumériste anti-sociale et anti-écologique.

      Les ondes publiques sont carrément monopolisées et saturées par le Capital, les banques, les multinationales et par les entreprises qui nous vendent leur idéologie et leur mode de vie.

      — Et vous voudriez retirer le droit de se vêtir comme bon leur semble au simple citoyen sous prétexte qu'ils affichent leurs allégeances religieuses?Et qui plus est, de leur retirer le droit de travailler dans la fonction publique?

      Il me semble qu'il y a ici bien plus que deux poids deux mesures.

      Si vous voulez retirer le droit d'affichage dans la société, pourquoi ne commencez-vous pas par exiger qu'on retire tout le lavage de cerveau et de dumping idéologique commercial qui monopolisent nos ondes publiques?

      Christian Montmarquette

      .

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 septembre 2017 13 h 27

      À Jean-François Malette,

      "Je me demande vraiment ce que QS attends pour lui demander poliment de se tenir coi..." - Jean-François Malette

      1) QS est un des rares partis à n'avoir jamais cessé de progresser depuis sa fondation. Et encore récemment de plus de 5,500 membres et de 7% de plus dans les intentions de votes. Faut croire que, loin de nuire, mes propos auraient plutôt tendance aider en réveillants quelques endormis qui croient encore qu'il existe une différence notable entre les néolibéraux du PQ, du PLQ et de la CAQ.

      2) - Est-ce que c'est le genre de démocratie pratiquée au Parti québécois, que l'establishment du parti bâillonne les militants de sa base quand ça ne fait pas leur affaire? Comme les péquistes avaient d'ailleurs tenté d'exiger que QS qu'il renie les critiques de certains de ses délégué.es à l'égard du racisme au Québec lors de son denier Congrès?

      Christian Montmarquette

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 10 septembre 2017 17 h 36

    La Déclaration universelle des droits de l'homme

    Pour bien saisir le propos de monsieur Montmarquette, je lui demande d'apporter sa définition d'un extrait de l'article 18, soit : tant en public qu'en privé.

    Aussi, croit t-il vraiment que le parti québécois participera à la destruction des droits et libertés énoncés dans La Déclaration universelle des droits de l'homme, tel que rédigés à l'article 30.

    Article 18
     
    Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

    Article 30
     
    Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.