Loi 101 et cégeps: une «proposition de compromis» pour les militants du PQ

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

Après lui avoir témoigné leur confiance, les délégués du PQ commandent à leur chef, Jean-François Lisée, de verrouiller les portes des cégeps anglophones aux personnes allophones, sauf celles qui ont fait leur scolarité primaire et secondaire en français, s’il est porté au pouvoir le 1er octobre 2018.

Les 1500 participants du congrès national ont convenu dimanche matin de modifier le programme politique de leur formation politique en ce sens.

Ils se sont toutefois gardés de ressusciter les dispositions initiales de la Charte de la langue française prévoyant l’usage exclusif du français dans l’affichage public et la publicité commerciale comme le recommandait une majorité des participants de l’atelier sur la langue. « La tâche historique du Parti québécois, c’est de faire en sorte que le français soit notre langue officielle, commune, et qu’elle soit la langue employée dans tous les secteurs d’activités. […] On a convaincu les commerçants anglophones, italiens, chinois, arabes, espagnols d’afficher de façon prédominante le français sans exclure leur langue et leur singularité », a déclaré M. Lisée avant la mise aux voix de la proposition controversée.


Le chef péquiste a promis d’« obliger » les grandes entreprises anglophones à ajouter une bonne dose de français sur leur devanture, notamment en insérant un descriptif en français à leur bannière.

Les délégués ont aussi balayé l’idée d’assujettir les entreprises de 10 à 24 employés à la loi 101, — mais pas celles de 25-49 employés — ou encore les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies privées subventionnées.

Restreindre l’accès aux cégeps anglophones

Le PQ militera désormais en faveur de l’« instaur[ation], pour les personnes qui n’ont pas droit à l’école anglaise, et qui n’ont pas reçu leur instruction primaire et secondaire en français, par exemple parce qu’elles sont au Québec depuis peu, l’obligation de fréquenter un cégep francophone ». L’objectif : contraindre les « personnes pas suffisamment francisées » à faire leurs études collégiales en français, a résumé le membre sortant de l’exécutif national Guillaume Rousseau dimanche.

En revanche, les francophones, ainsi que les membres de la communauté historique anglophone, conserveront le « libre choix » de leur langue d’enseignement supérieur. Ils pourront ainsi fréquenter, s’ils le désirent, des collèges anglophones, comme c’est le cas actuellement.
 

Votes de confiance au PQ

Les partisans et les détracteurs de l’élargissement de la loi 101 aux cégeps dans les rangs du PQ se sont largement rabattus sur une « proposition de compromis » dimanche avant-midi. Il s’agit d’une « mesure très ciblée pour certains cas », avait fait valoir M. Rousseau samedi en atelier. Il l’a répété dimanche en plénière. « Les études le disent : pour renforcer le français, langue commune [de tous les Québécois], il faut renforcer le français comme langue d’enseignement collégial parce que c’est à l’âge des études collégiales que l’on fait le choix d’une langue de travail, une langue de consommation de produits culturels », a-t-il soutenu dans la grande salle du palais des congrès de Montréal.


Les « droits de la minorité historique anglophone » demeureront intacts advenant la mise en œuvre de cette nouvelle mesure du programme politique du PQ, a confirmé le délégué.

« Ne laissez personne vous dire que la proposition […] va contre les droits des anglophones. […] Il n’est pas question de fermer des cégeps anglais, ça, c’est faux ! La vérité, c’est qu’on veut s’assurer d’un meilleur développement des cégeps de langue française partout au Québec, y compris en régions », avait-il déclaré samedi, tout en se disant « favorable au bilinguisme individuel, au multilinguisme individuel ».

Dans cet esprit, la déléguée d’Iberville Anne Miller a par la suite convaincu ses confrères et ses consœurs de forcer le prochain gouvernement péquiste à redoubler d’efforts afin de « favoris[er] l’apprentissage intensif de l’anglais langue seconde ou du français langue seconde au moment le plus efficace à la fin du primaire ou du secondaire ». Son amendement a été entériné en séance plénière dimanche.
 

Samedi, le délégué de Nelligan Daniel Roy avait tenté d’amender la « proposition de compromis » afin d’interdire à tout francophone ou allophone, dont l’un ou l’autre des parents n’a pas étudié en anglais au Canada, de fréquenter un cégep anglophone. « Ça prend de l’audace et de l’ambition. Il ne faut pas se laisser guider par la peur. On ne doit pas renier nos principes. On ne doit pas se limiter à des demi-mesures. Le français est la seule langue officielle et commune au Québec dans l’espace public, au travail et à l’école. Alors, l’enseignement doit se faire dans la langue nationale, sauf pour la minorité historique [anglophone] », avait-il plaidé, mais en vain.

 

Assécher les cégeps anglophones ?

Le délégué de Beauharnois Marc Laviolette a appelé tout le week-end les délégués à renoncer à l’idée de proposer l’élargissement de la portée de la Charte de la langue française aux cégeps. « Étudier l’anglais et étudier en anglais, c’est deux choses différentes. Étudier en anglais, tu t’anglicises. […] Il faut qu’on étudie l’anglais dans les cégeps francophones. Moi, mon comté, ma région, on était pour la loi 101 aux cégeps. Mais, le Québec nous regarde présentement. On veut reprendre le chemin des victoires », a-t-il déclaré dimanche.
 

« L’idée, c’est qu’on atteigne le but. Le but, c’est de réduire les transferts linguistiques. […] Chat gris, chat blanc, l’important c’est qu’il attrape la souris », a-t-il répété, tout en désignant un extrait de la « proposition de compromis » auquel il s’est rallié. Celui-ci stipule qu’un gouvernement péquiste devra « s’assurer que le financement des cégeps anglophones réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone et par conséquent qu’il soit graduellement aligné sur le poids démographique proportionnel de cette communauté ». Si cette mesure est mise en œuvre par le gouvernement du Québec, elle ralentira immanquablement les transferts linguistiques, selon M. Laviolette.
 

Cet ajout « ouvre la porte » à une révision du « modèle de financement » des cégeps pour « ne pas seulement tenir compte du financement par étudiant », avait convenu M. Rousseau samedi, avant d’ajouter : « J’ai l’impression que cette deuxième interprétation plus large […] s’appliquerait dans un deuxième temps, donc, par exemple, dans un deuxième mandat. »
 

Dimanche, il a que le PQ n’entend « pas fermer les cégeps anglais, mais assurer le développement et l’épanouissement des cégeps de langue française ».
 

Les délégués des associations de circonscription et de région ont par ailleurs adopté dimanche avant-midi une proposition visant à « diminuer de façon significative et graduelle le financement public des écoles privées ».

 

D’autres détails suivront.

Pénalités financières

Les militants péquistes se sont par la suite rangés derrière la proposition de l’association régionale de la Montérégie de « supprimer toute forme de subvention aux établissements d’enseignement supérieur francophones [cégeps et universités] offrant des programmes où l’enseignement se fait majoritairement dans une langue autre que le français, à l’exception des départements de langues ». Ils ont par ailleurs adopté une proposition pour diminuer le financement des écoles privées et pour revoir le financement des écoles publiques.
1 commentaire
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 10 septembre 2017 22 h 12

    Financement

    Il existe au Québec un scandale systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent 26 % des subventions gouvernementales du Québec, et peut-être encore plus du gouvernement fédéral. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir. Le Québec finance lui-même son assimilation à l'anglais.

    Les vrais Anglos ne sont qu'autour de 8 % au Québec, alors ils attirent 5 fois plus de relève que leur poids numérique.


    Pour une question de justice envers la majorité, il est grand temps que le réseau d'enseignement anglophone au Québec ne soit subventionné qu'au prorata de la proportion de véritables anglophones du Québec ayant des droits historiques au Québec, et ce à tous les niveaux : primaire, secondaire, et surtout aux niveaux collégial et universitaire.


    Va-t-on pour une fois s'interroger sur le degré de subvention des universités anglophones du Québec eu égard au poids démographique des vrais anglophones du Québec? Trois universités anglophones pour quel pourcentage de vrais anglophones?