Les politiciens rejettent les accusations de Labeaume

Régis Labeaume estime que la population pâtit du manque d’informations qu’elle reçoit au sujet du plan d’accueil des demandeurs d’asile.
Photo: Yan Doublet Le Devoir Régis Labeaume estime que la population pâtit du manque d’informations qu’elle reçoit au sujet du plan d’accueil des demandeurs d’asile.

La classe politique du Québec a rejeté mercredi les reproches du maire de Québec, Régis Labeaume, qui a déclaré que « les politiciens » encouragent la montée de « l’extrême droite » en tabouisant certains sujets, comme le port du niqab et de la burqa dans les espaces publics.

« Nous, les politiciens, on est en train de se déconnecter de la population. Et ne vous y trompez pas : le message de l’extrême droite est de plus en plus efficace. Moi, j’en suis convaincu », a lancé le maire. « Pendant qu’on détourne les yeux, pendant qu’on est politiquement corrects, pendant qu’on suit les opinions de la bien-pensance, l’extrême droite progresse, et beaucoup plus vite qu’on le pense », a-t-il ajouté.

À son avis, l’amalgame entre le racisme ou la xénophobie et le désir de lancer le débat sur le port du niqab et de la burqa dans les lieux publics servent notamment le groupe La Meute, fondé en 2015 par deux ex-militaires inquiets de ce qu’ils considèrent comme le « danger » de l’islamisme radical au Québec. « Il y a des gens qui sont d’accord avec La Meute, je n’en reviens pas », a-t-il avancé. « [Le président américain Donald] Trump a comme dédouané tout ce monde-là », a-t-il dit plus tard.

« Pas visés »

Tour à tour, les membres du gouvernement du Québec ont dit « ne pas se sentir visés » par les propos du maire de Québec, qui est allé jusqu’à évoquer « l’aveuglement » de la classe politique. « On en a un, de débat. On a des discussions, on a des échanges, et je ne comprends pas le propos de M. Labeaume, parce que la discussion est là », a réagi la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. « Non, je ne me sens pas visée, ça s’est sûr », a aussi répondu la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil. « Je pense que l’important, c’est de communiquer, d’avoir le bon vocabulaire, d’humaniser les dossiers, aussi », a-t-elle ajouté au terme d’une rencontre du comité fédéral-provincial sur les demandeurs d’asile. « Je ne me sens pas visé, parce que je ne snobe personne », a également déclaré le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau. « Il n’y a pas de difficulté à discuter de ces choses-là, mais je ne vois pas non plus qui dans la classe politique aurait snobé qui que ce soit. »

Régis Labeaume estime que la population pâtit du manque d’informations qu’elle reçoit au sujet du plan d’accueil des demandeurs d’asile qui traversent la frontière canado-américaine de manière illégale. Il souhaite aussi que le projet de loi de Québec sur la neutralité religieuse — qui prévoit la prestation et la réception de services publics à visage découvert — ouvre la porte au débat sur le port du niqab et de la burqa dans les espaces publics. « La population est agressée par ça. La population n’en revient pas qu’on ne se préoccupe pas de ça », a-t-il dit.

Or, « il n’est pas question d’interdire le visage couvert dans l’espace public, a encore rappelé la ministre Vallée. On a été très clairs et je n’ai rien de plus à dire sur M. Labeaume. »

S’entendre pour ne pas s’entendre

L’homologue montréalais du maire Labeaume, Denis Coderre, est plutôt d’avis que le projet de loi sur la neutralité religieuse va trop loin en assujettissant les municipalités. « Quand on a parlé de l’autonomie des municipalités, c’est clair que dans ma tête on ne peut pas dire qu’on est autonome et, après, [nous] dire comment gérer notre personnel », a-t-il déclaré. Aux côtés de Régis Labeaume, il a convenu que les deux maires s’étaient entendus… sur le fait qu’ils ne s’entendaient pas. « Par ailleurs, vous avez vu, on ne se pogne pas », a souligné le maire de Montréal. « On ne se mettra pas l’un contre l’autre, Régis et moi. Ce qu’il voulait, c’est s’assurer que le leadership se fait partout. »

Questionné sur cette montée de l’extrême droite évoquée par Régis Labeaume, Denis Coderre y est allé d’une référence au groupe La Meute, qui a organisé dimanche une manifestation « contre les politiques des gouvernements Trudeau et Couillard face au fléau de l’immigration illégale et en [soutien] aux policiers de la GRC ». « La gang de La Meute, quand on mise sur la peur, quand on mise sur la division, quand on mise sur le “pas dans ma cour”, ça crée des problèmes », a-t-il affirmé.

Denis Coderre a, lui aussi, dit ne pas se sentir visé par les propos du maire de Québec au sujet de « l’aveuglement des élites ». « J’ai toujours dit “il faut faire attention avec les mots”, mais je ne me suis pas senti visé, parce que chaque fois qu’il y aura un désarroi, on va être accueillants. Et être accueillants, ça ne veut pas dire que tout le monde rentre », a-t-il assuré.

Avec Annabelle Caillou et Lisa-Marie Gervais

22 commentaires
  • Robert Morin - Abonné 24 août 2017 06 h 08

    Vous souvenez-vous...

    ... d'un certain rapport Bouchard-Taylor? Il a été déposé au gouvernement libéral depuis combien d'années? Quelles mesures concrètes les gouvernements successifs ont-ils adoptées dans la foulée des recommandations de Bouchard-Taylor? Je trouve qu'il y a beaucoup de vrai dans ce que dit Labeaume, et il se trouve, à Québec, justement dans l'épicentre du vortex de l'extrême droite... Il le sent vibrer sous ses pieds (et à la radio)!

    • Johanne St-Amour - Abonnée 24 août 2017 09 h 14

      Je trouve la réponse de Mme Stéphanie Vallée qui affirme qu'il y a un débat, particulièrement «comique»! On avait un débat lors de la commission sur la laïcité en 2013-2014, mais là....

      De plus, je trouve le titre de cet article spécial: «LES politiciens rejettent les accusations de Labeaume». Mais on n'a donné la parole qu'aux Libéraux? Et j'inclus le maire Coderre dans cette catégorie. Il aurait fallu dire les Libéraux et le maire coderre rejettent les accusations peut-être.

      Où sont les points de vue des partis d'opposition?

    • Jacques Patenaude - Abonné 24 août 2017 09 h 17

      L'inaction volontaire des libéraux et l'instrumentalisation par tous les partis politiques de cette question sont effectivement les véritables raisons du bourbier dans lequel on s'enfonce.
      Le message de Labaume même si je ne partage pas son point de vue a du bon. Un sujet aussi sensible ne devrait pas être instrumentalisé à des fins électoralistes comme c'est présentement le cas. La recherche d'un consensus centriste où tous peuvent se retrouver au delà des extrêmes idéologiques devrait être ce que recherchent les politiciens dans un tel dossier. Pour le moment on y a vu que des tentatives gains politiques à réaliser. Si on avait affaires à une classe politique qui recherche le bien commun ça fait longtemps qu'on aurait trouvé une solution acceptable. Le contexte actuel est le résultat de 10 années inconscience et d'entêtement idéologique..

  • Jean Lapointe - Abonné 24 août 2017 06 h 58

    Le terme extrême droite ne devrait pas être utilisé

    « Nous, les politiciens, on est en train de se déconnecter de la population. Et ne vous y trompez pas : le message de l’extrême droite est de plus en plus efficace. Moi, j’en suis convaincu», a lancé le maire.»

    A mon avis le maire Labeaume a raison et je suis loin d'être le seul. Il suffit de lire les journaux et les réseaux sociaux pour le constater. Par contre je m'oppose à l'utilisation de l'expression d' extrême droite.

    C'est que le concept d'extrême droite ne sert pas uniquement à placer des personnes ou des groupes sur l'échiquier politique. Ce terme est lourd de sens. C'est qu'être catégorisé d'extrême droite c'est être considéré comme quelqu'un de dangereux, comme quelqu'un de menaçant. Pour les Européens je pense qu' il rappelle les récentes grandes guerres. Et on peut comprendre alors que certaines personnes soient tentées de les faire taire les gens qu'on situe à l'extrême droite même si ce n'est peut-être pas la meilleure façon de se comporter.

    Ici au Québec le terme semble avoir le même sens dans la tête de la majorité d'entre nous à cause de ce que nous savons de ce qui existe en Europe, mais je suis d'avis qu'il n'est pas approprié pour désigner des mouvements comme celui qui se fait appeler La Meute.

    A mon avis ce qu'on sait de ce mouvement ne permet pas de le placer dans la même catégorie que les mouvements d'extrême droite en Europe.

    Et le fait de l'utiliser ne peut il me semble qu' inciter ces gens-là à se radicaliser davantage.

    Pour éviter cela il m'apparaîtrait préférable que les autorités politiques voient à tenir compte dans la mesure du possible des raisons pour lesquelles ces gens-là se disent en colère et des raisons pour lesquelles ils ont décidé de le faire savoir en manifestant dans la rue.

    Personnellement, comme bien d'autres je pense, je trouve qu' ils n'ont pas complètement tort de se révolter même s' ils y vont un peu fort. Mais ce n'est pas une raison pour les diaboliser.

    Il nous faut plus d'informations.

    • Jean-François Trottier - Abonné 24 août 2017 08 h 30

      M. Lapointe,

      La Meute met dans un même panier tous les immigrants.

      La Meute a un nom et un logo qui font référence à un petit groupe d'animaux qui tuent pour vivre, les loups.
      De très nombreuses histoires que l'on contait aux enfants, mais aussi en provenance de la vaste fresque des légendes occidentales, font référence au Loup comme un animal dangereux. Plusieurs films en provenance d'Hollywood aussi.
      "Crier au Loup" ne fait pas référence à une gentille prière au coin du lit avant de dormir.
      La référence aux loups NE PEUT PAS être banale, encore moins banalisée ni considérée comme floue.
      La Meute a déjà démontré des contacts sociaux et des accointances de pensée avec le Front National français, et pour de bonnes raisons le FN est dit d'extrême droite. Lui aussi de débat contre cette appellation, mais il est difficile de s'en défaire quand on a déjà été négationniste et qu'on est détestablement violent sous un pseudonyme dans les réseaux sociaux.

      La Meute parle beaucoup de "nos valeurs" sans les nommer et les considère en danger, ce qui est absolument ridicule puisqu'on ne peut défendre quelque chose sans le nommer. En soi la position de la Meute incite donc à la violence puisqu'elle ne pose aucune limite prévisible à sa démarche. La Meute parle d'un genre de grand absolu alors qu'en fait elle ne fait que nommer ce qui en est exclu.
      Il n'y a rien d'innocent dans cette façon de faire.

      C'est le fait de NE PAS dire que la Meute est d'extrême-droite qui est dangereux, tout d'abord parce qu'il est important de nommer les choses tel qu'elles sont, ensuite parce que ce grand flou profite aux extrémistes, tout comme les trous de mémoire volontaires ou pas et l'ignorance.

      En effet il nous faut plus d'informations, mais entretemps on ne peut que qualifier la Meute de mouvement d'extrême-droite.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 24 août 2017 09 h 27

      Vous avez raison utiliser le terme d'extrême droite dont certains, médias politiciens ou opposants utilisent à satiété, ne vise qu'à faire taire la critique. En les qualifiant de racistes, de xénophobes et de gens à la pensée extrême, non raisonnée on les accule au pied du mur espérant ainsi les faire taire...

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 24 août 2017 07 h 18

    "Les 2 yeux farmés ben dur"

    Tiens! Le maire Labeaume n'est pas toujours aussi pertinent. Pour une fois qu'il l'est vraiment, la classe politique va prendre bien soin de ne pas l'entendre.

    La vie semble assez triste au Québec. Il semble bien que nous plongeons tous vers le plus petit dénominateur commun, au niveau des médias sociaux, dans la sous-qualité extrême du débat. Tout ce qu'il y a d'extrême, à mon humble avis, c'est ça.

  • Claude Desmeules - Abonné 24 août 2017 07 h 23

    La classe politique du Québec .....

    Selon les deux journalistes, appuyées par la direction du Devoir, la classe politique du Québec se résume aux ministres Vallée, Weil, Moreau et au maire Coderre .....
    Elles voulaient peut-être dire .... les derniers de classe .... de la classe politique du Québec !

  • Pierre Samuel - Abonné 24 août 2017 08 h 03

    L'équivoque Denis Coderre

    Les coups de tête de Régis Labeaume sont généralement disproportionnés en rapport avec les évènements. Dans ce cas-ci, il touche toutefois dans le mille contrairement à Denis Coderre et sa ville autoproclamée < sanctuaire > sans avoir eu la décence de nous expliquer clairement sa propre définition.

    Tout de même cocasse qu'il ait le toupet de mentionner < qu'il faut faire attention avec les mots > tout en passant le plus clair de son temps à se contredire.

    Que l'on soit d'accord ou pas avec le groupe La Meute, il n'en demeure pas moins que ce sont eux qui ont manifesté dans la légalité dimanche dernier contre le fait
    que les Trudeau, Couillard et Coderre sèment effectivement la confusion autant parmi la population que ceux qu'on appelle "les migrants" en n'ayant pas eu le courage d'établir dès le le début de cette vague incontrôlée les balises auxquelles
    tous et toutes sont en droit de s'attendre en pareils cas.

    < Et être accueillants ça ne veut pas dire que tout le monde rentre. > (Denis Coderre). Ah bon ! Expliquez-vous, pour une fois, sans aucune ambiguïté, M. le Maire !