Les ingénieurs du MTQ se défendent de faire une grève du zèle

Trois entreprises se sont adressées cette semaine à la Cour supérieure pour forcer le ministère des Transports du Québec à accélérer l'octroi de permis pour le transport de pièces du nouveau pont Champlain. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Trois entreprises se sont adressées cette semaine à la Cour supérieure pour forcer le ministère des Transports du Québec à accélérer l'octroi de permis pour le transport de pièces du nouveau pont Champlain. 

Les ingénieurs du ministère des Transports du Québec (MTQ), engagés dans un bras de fer avec le gouvernement pour renouveler leur contrat de travail, se défendent de faire une grève du zèle visant à ralentir la livraison de pièces sur les grands chantiers routiers, dont celui du pont Champlain.

Montrés du doigt par le Ministère pour les retards dans l’émission de permis de transport de poutres et de caissons entrant dans la construction du pont Champlain, les ingénieurs affirment qu’ils respectent les règles définies par un comité d’experts.

L’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) estime que la quasi-paralysie du processus d’attribution des permis spéciaux de transport est due à la grève de trois semaines des syndiqués, entre le 24 mai et le 13 juin.

« J’attribue ça [les retards dans l’émission des permis spéciaux] directement à notre grève », dit Marc-André Martin, président du syndicat qui regroupe 1400 ingénieurs de l’État.

Bataille judiciaire

Entre-temps, le travail des ingénieurs du MTQ donne lieu à une bataille judiciaire : trois entreprises se sont adressées cette semaine à la Cour supérieure pour forcer le Ministère à accélérer l’émission de permis pour le transport de pièces du nouveau pont Champlain. Comme l’a rapporté vendredi Le Devoir, les firmes Canam-Ponts, Transport Bellemare et Transport Watson allèguent que les retards dans la livraison de poutres-caissons empêchent la bonne marche du chantier.

« On ne fait aucun moyen de pression avec les permis spéciaux. On utilise les règles mises en place par un comité d’experts qui inclut des gestionnaires du Ministère. À partir du moment où on a l’information que la méthode qu’on utilise peut causer un risque, il faut éliminer le facteur de risque ou le diminuer le plus possible », dit Marc-André Martin.

Le syndicat dit avoir constaté avec étonnement que le MTQ a blâmé publiquement deux ingénieurs pour les retards dans l’attribution de permis, deux jours après la fin de la grève le mois dernier. Le Ministère a refusé de commenter ce litige qui fait l’objet d’une bataille devant les tribunaux.

Offre rejetée à 90 %

Les ingénieurs de l’État ont refusé à plus de 90 % l’offre salariale « bonifiée » du gouvernement Couillard. Ils menacent de reprendre leur grève si les négociations continuent de piétiner. Les 1400 membres de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement (APIGQ) visent un rattrapage salarial de 20 % sur sept ans, a déclaré le président du syndicat, Marc-André Martin, vendredi. L’offre du Conseil du trésor se situe plutôt aux environs de 5,25 % sur quatre ans, selon lui.

L’écart est énorme, a dit M. Martin, ajoutant que les deux parties n’étaient pas du tout « sur la même patinoire ».

Le syndicat négocie avec le gouvernement depuis 2014 et la convention collective est échue depuis mars 2015. Il soutient que le salaire moyen d’un ingénieur de l’État est de 74 000 $ par année et plafonne à 82 000 $ annuellement.

M. Martin prétend que les ingénieurs employés par le gouvernement du Québec ne gagnent que 7000 $ de plus qu’une bibliothécaire travaillant pour le même gouvernement.

Les ingénieurs, qui ont débrayé une première fois ce printemps avant de reculer devant la menace d’une loi spéciale, ont perturbé plusieurs chantiers. Vendredi, M. Martin a affirmé que les travaux sur le pont Pierre-Laporte à Québec avaient été notamment retardés de trois semaines.

Les deux parties doivent tenir une nouvelle séance de négociations le 11 juillet.
4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 8 juillet 2017 08 h 46

    Payez-les décemment

    Un dossier de La Presse d'hier montrait que les ingénieurs du gouvernement du Québec sont non seulement moins bien payés que ceux du privé mais moins bien payés que les ingéneurs fédéraux et municipaux. Ils méritent mieux. Et ça ne coûtera pas nécessairement plus cher car, si on paye mieux, on a des chances d'attirer les meilleurs, qui font plus avec moins de personnel. En 40 ans dans le secteur public dans trois pays j'en ai vu qui abattaient facilement le double de travail de ce que faisaient d'autres.

    • Philippe Hébert - Inscrit 8 juillet 2017 21 h 00

      Vous rêvez, les fonctionnaires au Québec, autant au municipal que fédéral que provincial, ont la mentalité du baby boomers, le strict minimum, je suis syndiqué, tu ne peux pas me congédié, pis les grèves le ventre plein.

      Si ton employeur est trop cheap pour te payer le juste prix, tu démissionnes et va travailler ailleur pour un concurrent.

      On a une tonne de chauffeur de taxi qui sont ingénieur prêt à travailler demain matin pour l'État dans les conditions de travail et au salaire actuel.

      Mais à cause du corporatisme et des lobbys de l'Ordre des ingénieurs du Québec ainsi que les syndicats, on protège les jobs des fonctionnaires bébé-gâté qui se plaignent le ventre plein.

      Moi j'en ai plus que ma claque de payer pour des b.s. de luxe que sont les fonctionnaires. Tu choisis de devenir fonctionnaire, en sachant qu'on est endetté raide, tu devrais assumer. Va travailler dans le privé si ça ne fait pas ton affaire, je connais bien du monde qui accepterait de travailler pour l'État à moindre coût que le privé, par solidarité.

      So-so-so, solidarité du syndicat, ça ne fait que représenter les intérêts privés des syndiqués, et non les intrêts de la collectivité qu'est l'état, c'est à dire, les citoyens du Québec.

    • Michèle Cossette - Abonnée 8 juillet 2017 23 h 18

      Monsieur Hébert,

      Vous écrivez "Si ton employeur est trop cheap pour te payer le juste prix, tu démissionnes et va travailler ailleur pour un concurrent."

      C'est exactement ce que font les ingénieurs au Québec : ils ne veulent plus aller travailler pour l'État.

      Résultat : comme l'a souligné récemment la Vérificatrice générale du Québec, les ministères, celui des Transports en particulier, n'ayant pas assez d'ingénieurs, ont perdu leur expertise interne et se font rouler dans la farine par les entrepreneurs privés.

      Collusion, commission Charbonneau, ça vous dit quelque chose? Au Québec, on a malheureusement la mémoire courte.

      Si on veut des ingénieurs compétents au gouvernement du Québec, il faut les payer ce qu'ils valent. C'est le message que les ingénieurs du gouvernement envoient à leur employeur.

  • Michèle Cossette - Abonnée 8 juillet 2017 23 h 09

    « Par ailleurs, le gouvernement québécois a annoncé samedi que l’entente de principe intervenue en mai avec le syndicat des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) était maintenant entérinée.

    L’entente garantit des hausses salariales de 17,5 % sur sept ans. »

    C'était dans Le Devoir du 25 juin dernier.

    Pourquoi ce qui est bon pour les policiers ne l'est-il pas pour les ingénieurs?