Une stratégie jugée sans ambition

Le gouvernement Couillard veut réduire de 40% la quantité de pétrole consommé à travers tout le territoire d’ici 2030.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le gouvernement Couillard veut réduire de 40% la quantité de pétrole consommé à travers tout le territoire d’ici 2030.

Pour réduire la dépendance du Québec au pétrole et favoriser les énergies propres, le gouvernement Couillard investira 1,5 milliard de dollars d’ici 2020. Mais les 43 mesures dévoilées lundi par le ministre Pierre Arcand pour atteindre ces objectifs manquent « d’ambition » et « ne vont pas assez loin », jugent des organismes environnementaux.

« Le gouvernement se fixe des objectifs qu’on applaudit en matière de réduction des gaz à effets de serre et de réduction de l’utilisation de pétrole, mais les actions prises ne permettront pas de les atteindre à temps », déplore le directeur général d’Équiterre, Sidney Ribaux.

Réduire de 40 % la quantité de pétrole consommé à travers tout le territoire d’ici 2030, sans s’attaquer davantage au milieu du transport, lui apparaît difficile. « 100 000 véhicules électriques sur les routes d’ici 2020, c’est insuffisant, ça fait déjà deux ans qu’on a cet objectif, affirme-t-il. Et ça ne compte pas l’augmentation naturelle du nombre de véhicules sur les routes chaque année. »

M. Ribaux estime que le gouvernement pourrait viser plus grand considérant l’expansion du marché de la voiture électrique au Québec. « Le nombre de modèles sera beaucoup plus grand en 2020, on peut faire plus. »

De son côté, le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, soutient qu’encourager uniquement l’achat de véhicules électriques n’est pas non plus la solution. L’utilisation de véhicules « énergivores » devrait être davantage pénalisée, selon lui. « [Les conducteurs] payent une taxe dérisoire et en aucun cas dissuasive à l’heure actuelle, note-t-il. L’argent récupéré pourrait être investi dans le transport en commun, qui devrait être une priorité au Québec. »

Il accueille toutefois comme « un pas en avant » l’investissement de 295 millions de dollars d’ici 2020 dans l’électrification du transport en commun.

Un plan contradictoire

D’après Sidney Ribaux, la volonté du gouvernement de réduire la consommation du pétrole entre par contre en contradiction avec sa décision de continuer à en produire sur le territoire québécois.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’énergie, Sylvain Rochon, abonde dans le même sens, caractérisant le plan d’action du gouvernement Couillard « d’improvisation » et de « saupoudrage de mesures » manquant de concret. Il juge urgent d’abandonner l’exploration et l’exploitation de pétrole et de gaz de schistes.

« C’est incohérent de vouloir investir dans le gaz naturel et dans la fracturation hydraulique, renchérit M. Ribaux. Ce n’est pas une énergie du futur, ce sera encore plus difficile si on investit là de réduire notre dépendance dans 15 à 20 ans. »

Le ministre des Ressources naturelles prévoit en effet le dépôt d’un nouveau règlement dès cet automne pour encadrer l’industrie. Il envisage par contre de donner aux municipalités la possibilité de choisir des zones incompatibles avec l’extraction.

L’énergie solaire, l’avenir ?

La volonté du gouvernement Couillard de faire du Québec un chef de file dans la production d’énergie solaire a par contre été largement bien accueillie.

Dans son plan d’action, il demande à Hydro-Québec d’évaluer comment la production d’électricité solaire pourrait répondre aux besoins des Québécois. La société d’État devra réaliser un projet-pilote de parc solaire, dont le lieu reste pour l’heure inconnu, avant la fin de l’année.

« C’est une bonne nouvelle. Le prix de l’énergie solaire a diminué dans les 7 dernières années de près de 80 % grâce aux évolutions technologiques », explique M. Bonin. Selon lui, cette énergie va rapidement devenir plus compétitive que d’autres moyens de produire de l’électricité et entraînera de meilleures retombées économiques pour la province.

Le Parti québécois s’inquiète toutefois de voir ce projet se transformer en « catastrophe, comme l’a été la filière éolienne dans le passé, en ne demandant aucune exigence de contenus québécois ».

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10 commentaires
  • Claire Beauchemin - Abonnée 27 juin 2017 01 h 18

    Le gouvernement Couillard n'est pas crédible

    Pour devenir crédible, le gouvernement Couillard doit prendre les engagements suivants : aucune fracturation du sol, rejet du projet Énergie Est en vue de protéger les 820 rivières sur le parcours de cet oléoduc, refus d'appuyer tout projet d'oléoduc transportant du pétrole des gaz bitumineux de l'Alberta et le pétrole et dugaz de schiste provenant des États-Unis. En matière de transport, demander à Hydro-Québec l'installation de bornes de recharge en grand nombre sur l'ensemble du territoire du Québec et mesures fiscales incitatives à l'achat de voitures électriques, subventions importantes aux transports en commun non polluants. Le gouvernement a trouvé 3 milliards US pour Bombardier en un an, mais combien pour assurer l'avenir de la terre, un enjeu plus important. Claire Beauchemin, abonnée

  • Normand Lévesque - Abonné 27 juin 2017 08 h 30

    Les camions d'Hydro-Québec

    Peut-être que l'État devrait exiger d'Hydro-Québec de devenir un modèle en transport en transformant toute sa flotte de camion diesel à l'électricité? Il semble avoir ici un certain paradoxe! L'électricité est disponible (presque) partout où ils interviennent sur les réseaux! Lors des opérations d'entretien ou de construction, les camions peuvent passer des journées entières à brûler du fuel sur place! Ne pourraient-ils pas se connecter au réseau électrique pour leurs travaux plutôt que de brûler du fuel???

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 juin 2017 12 h 36

      Des véhicules de cette grosseur qui seraient électriques ça n'existe pas. Et ce pour la simple raison qu'a la technologie des batteries que l'on a implique de trop lourds accumulateurs a ajouter a ces véhicules au poids déjà très important.

      Pour au moins les 20 prochaines années la meilleure façon de réduire les émissions de GES des véhicules de cette taille c'est de les convertir au gaz naturel.

      En plus les véhicules d'Hydro sont appelés a intervenir en situation d'urgence et de cahot organisationnelle (verglas, ouragan), et ce sur un vaste territoire incluant celui de nos voisins canadiens et américains dans le principe d'entente de support mutuel. Ce ne sont donc vraiment pas de bonne cible pour tester de nouvelles façons de faire.

  • Jean Lacoursière - Abonné 27 juin 2017 08 h 35

    Pas de parc solaire svp

    Des incitatifs à l'installation de panneaux solaires sur les toits des maisons, et la possibilité de revendre l'électricité produite en trop à Hydro-Québec, ça me semble plus attirant et efficace que la construction de parcs solaires. (Sur des terres agricoles encore?)

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 juin 2017 13 h 05

      Pas de parc solaire et pas de solaire tout court. Pas plus que d'éoliennes ou autres moyens de production puisque qu’on est déjà en énorme surplus, et que les acheteurs extérieurs pour nos surplus ne sont pas prêt a payer le coût des nouvelles productions qu’Hydro ajoute .

      Le résultat c’est que dans le meilleurs des cas Hydro vend a l’exportation notre électricité patrimoniale et renvoie a peu près toute la facture des nouvelles productions, très chers, a ses clients locaux que nous sommes…
      C’est ainsi qu’Hydro se garde bien d’expliquer quelle prix de production elle accorde a ses exportations pour calculer les profits qu'elle prétend que l'exportation rapporte.

      A cela s'ajoute que toutes les productions dites renouvelables sont d'une toute autre nature que notre électricité conventionnelle.

      Elles sont toutes intermittentes et imprévisibles. On doit donc accumuler ces productions et la ''re-fabriqué'' via les turbines de nos barrages. Avec pour résultat que nos turbines sont maintenant en partie réservées aux marchés d'exportation, et par ce fait, en pointe de demande, on se doit d'acheter de l'électricité de source fossile, a gros prix, au même moment qu'on en exporte de la pure renouvelable... a petit prix !

  • Jean Richard - Abonné 27 juin 2017 08 h 45

    Équiterre joue sa crédibilité

    L'insistance d'Équiterre à présenter la voiture à batteries comme LA SOLUTION aux changements climatiques met gravement en jeu sa crédibilité. Qui est derrière ces associations et médias web qui font la promotion de la voiture individuelle rechargeable ?

    À gauche comme à droite, le discours commence à se rejoindre : la voiture à batterie ne sera pas la manne qui rendra le Québec prospère et la voiture électrique est loin de la pureté écologique qu'on lui alloue. Elle est directement et indirectement responsable d'émissions de GES dans une proportion quasi équivalente à la voiture à pétrole.

    Enlevez le couvercle de votre téléphone mobile. Il y a à l'intérieur une petite batterie quasi identique à celle que l'on retrouve dans une voiture à batteries. La différence ? La seule vraie différence, c'est que dans la bagnole à batteries, il n'y en a pas qu'une seule mais quelques, sinon plusieurs milliers. La batterie de 70 kWh d'une Tesla en compte entre 7000 et 8000.

    Contrairement à la croyance répandue par les vendeurs de voitures rechargeables, cette énorme batterie n'est pas éternelle. Qui n'a jamais eu une panne de batterie sur un portable ou un mobile ? Et qui n'a jamais eu à se poser la question : que fait-on de la batterie de son mobile quand elle flanche ? Et en supposant qu'on trouve un dépôt de récupération, où va cette batterie après qu'on l'y ait déposé ? On a eu de mauvaises expériences avec ces milliers d'ordinateurs qui se sont ramassés dans le décor... en Afrique.

    Avant de vendre 8 millions de voitures à batterie aux Québécois en misant sur la naïveté d'un trop grand nombre, il faudrait au moins s'assurer qu'on a mis en place non pas seulement des millions de bornes électriques, mais des infrastructures de récupération et de recyclage de ces bombes à retardement.

    Hélas, on peut douter que ce soit le cas.

    Invitons Équiterre à se remettre en question car sa crédibilité commence à en souffrir.

  • Jean Richard - Abonné 27 juin 2017 09 h 19

    La Norvège ?

    Lundi matin à la SRC (radio pro-automobile puisque son auditoire s'y trouve en grande partie), on a cité la Norvège comme modèle à suivre. La Norvège serait l'endroit où il se vend le plus de voitures rechargeables par tête de pipe. Le Québec et la Norvège ? Osons de petites comparaisons.

    La Norvège est un pays producteur de pétrole (Mer du Nord). Elle a intérêt à exporter son pétrole plutôt que de le consommer car c'est plus payant et en plus, les méthodes comptables des émissions de GES jouent à la faveur des pays qui exportent au lieu de consommer (du pétrole). Le Québec ne produit pas encore de pétrole (il en raffine, il en transporte, il en vend et en consomme).

    La capitale de la Norvège, Oslo, compte un peu plus de 600 000 âmes. En taille, ça ressemble à la capitale du Québec. Les ressemblances s'arrêtent là car...

    - Oslo a un métro de 6 lignes, offrant 100 stations sur 85 kilomètres. À Québec, il y a metro, sans accent, et c'est une chaîne d'épiceries, pas un système de transport collectif...

    - Oslo a un tramway, 6 lignes, 99 stations sur 131 kilomètres. Le dernier tram a roulé à Québec en 1948, faute de l'avoir mis à jour ; il était vétuste...

    - Oslo a fait le pari de fermer son centre-ville aux voitures privées en 2019 (y compris les voitures à batteries) ; Québec vient de dire non à un SRB et mise sur un troisième pont pour amener davantage de voitures en plein cœur de la ville...

    - La Norvège a offert des mesures privilégiées aux automobilistes électriques (stationnements réservés, accès aux voies réservées, subventions, congés de taxes... Ça n'a créé que des problèmes...

    En dehors des deux capitales, il y a le pays. Le réseau de chemin de fer norvégien compte 2600 km de voies électrifiées sur 4000. En incluant le métro, le Québec ne compte qu'une centaine de km de ces voies électrifiées.

    Enfin dans la petite ville de Bergen, à défaut d'un tramway, on se contente de trolleybus, une espèce rejetée au Québec...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 juin 2017 21 h 44

      Les dirigeants de la Norvege sont libres ,ils n'ont pas a se fier sur Ottawa
      pour la fierté.