L’industrie du taxi claque la porte

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

L’industrie du taxi s’estime laissée pour compte par Québec, qui l’ignore et lui met même des bâtons dans les roues : elle quitte donc le comité sur sa propre modernisation, mis sur pied par le gouvernement.

Ce comité n’était qu’une « tentative de diversion » du gouvernement et il n’a tenu que quatre heures de réunion en six mois, a dénoncé Guy Chevrette, le porte-parole de l’industrie – deux heures pour le comité principal, une heure pour chacun des deux sous-comités –, et le troisième ne s’est pas encore réuni, soutient-il.

« C’est évidemment une farce, et nous ne serons pas le dindon de cette farce », a-t-il martelé en conférence de presse, mardi.

C’est évidemment une farce, et nous ne serons pas le dindon de cette farce

Le comité de 12 membres avait été créé en décembre 2016 dans la foulée de l’arrivée d’Uber, et son mandat était multiple. Il s’agissait de faire des recommandations au gouvernement sur trois enjeux : le régime de la gestion de l’offre et la valeur des permis de propriétaire ; les conditions économiques des chauffeurs et propriétaires ; ainsi que l’élaboration d’un programme d’aide à la modernisation de l’industrie du taxi.

Au moment de la conférence de presse, M. Chevrette a indiqué que les membres du comité venaient tout juste d’être convoqués pour une conférence téléphonique d’une heure « pour relancer le comité ».

Trop peu, et pas assez long pour accomplir quoi que ce soit d’utile, estime-t-il. « On est 22 000 travailleurs : on a droit à autre chose que du mépris », a-t-il lancé.

Selon M. Chevrette, on est loin d’une démarche sérieuse pour une industrie dont la valeur des permis atteint environ 1,4 milliard.

Selon le bureau du ministre des Transports, Laurent Lessard, il y a eu six heures de rencontre et non quatre.

Et puis, il y aura accélération des travaux au cours des prochaines semaines, a indiqué au téléphone l’attaché de presse du ministre, Mathieu Gaudreault.

Quant aux objectifs et délais fixés par le gouvernement, ils ne changent pas : un rapport est dû à la fin de l’été, peu importe de quelle façon et à quel rythme le travail est accompli, soutient M. Gaudreault.

Traitement différent

Les chauffeurs de taxi déplorent par ailleurs la différence entre leur traitement et celui qui est accordé à Uber. Ils ont dénoncé à maintes reprises le projet pilote lancé en septembre par le gouvernement québécois qui permet à Uber de mener ses activités au Québec.

De plus, l’industrie du taxi s’est dite en faveur de l’installation de modules d’enregistrement des ventes (MEV) dans tous les taxis à condition que ce soit le cas pour tous les transporteurs rémunérés de personnes, dont les chauffeurs d’Uber.

Ces MEV seront payés par le ministère des Transports.

Lasse des rumeurs d’évasion fiscale de ses chauffeurs, l’industrie invite le ministère des Transports à agir rapidement.

« Alors, vous verrez à ce moment qui fait de l’évasion fiscale », a ironisé M. Chevrette.

Les taxis sont prêts à se moderniser, à se doter d’un code d’éthique et à prodiguer une meilleure formation aux chauffeurs, a-t-il ajouté en conférence de presse.

Le gouvernement québécois a planifié les MEV dans son dernier budget et M. Gaudreault a précisé mardi que cela vise les différents moyens de transport de personnes, Uber inclus. Mais de tels modules ne seront toutefois pas implantés dans les voitures d’Uber pendant la durée du projet pilote.

Les chauffeurs de taxi n’excluent pas d’exercer d’autres moyens de pression, sans préciser leurs plans, se contentant de dire qu’il peut y avoir des moyens « très pacifiques mais très efficaces ».

2 commentaires
  • Pierre Lalongé - Abonné 20 juin 2017 17 h 16

    À quoi servent les lois?

    Difficile de s'assoir à la même table qu'un gouvernement qui permet à des illégaux de voler les jobs des chauffeurs qui respectent les lois.

    • Chantale Desjardins - Inscrite 21 juin 2017 08 h 34

      Avec un gouvernement PQ, on ne verrait pas une telle situation.