Les questions de diversité divisent les péquistes

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo: Clement Allard La Presse canadienne Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

Les 400 délégués du Parti québécois ont refusé dimanche d’appuyer les propositions phares destinées à attirer plus de Québécois d’adoption et de jeunes contenues dans le rapport « Faire partie de la solution » de Paul St-Pierre Plamondon.

Après que l’exécutif national eut rejeté les appels de l’ex-candidat à la chefferie du PQ à réserver des postes dans les exécutifs de circonscription à des personnes issues de la diversité, les délégués d’un conseil national spécial ont voté dimanche contre une proposition édulcorée proposant de « favoris [er] la présence d’au moins une personne de la diversité » dans cette instance.

Selon un militant de Saint-Henri–Saint-Anne, le PQ a raté une occasion en or d’« envoyer un bon message d’ouverture », et ce, moins d’un mois après avoir été taxé par des membres de Québec solidaire de « porter en lui » la « bête » du racisme.

Je ne dirais pas qu’il y aura un quota [de candidats issus de la diversité] C’est un souhait. C’est un objectif.

Les délégués avaient été convoqués à Drummondville afin d’entériner la feuille de route d’accession vers l’indépendance avalisée par tous les membres des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec). Mais, entre-temps, Québec solidaire a renié sa signature au bas de l’entente de principe. Le PQ s’adapte à cette « nouvelle conjoncture politique », a souligné le président sortant du PQ, Raymond Archambault.

Dans ce premier Conseil national « post-convergence », la déléguée de l’exécutif péquiste de la circonscription de Vachon, Marie Imatta Pierre-Lys, a appelé ses confrères et consoeurs à battre la proposition de M. St-Pierre Plamondon, puis à déployer toute leur énergie à rédiger un « beau programme qui va inclure tout le monde » en vue des élections générales de 2018. « Avant tout, je me considère comme une Québécoise. Que je sois noire ou femme, mes intérêts sont comme [ceux] de toutes les autres personnes. Si je me présente à un poste de conseillère, [il ne faut] pas que je sois favorisée parce que je suis noire, mais par d’autres qualités que j’ai », a-t-elle déclaré lors du débat.

L’émissaire de l’exécutif de Berthier, Patrick Gaétan Parent, a aussi voté contre la proposition de l’exécutif national, estimant que le concept de « diversité » prête à différentes interprétations : il n’est pas seulement ethnoculturel. « La diversité, c’est beaucoup plus que ça. C’est pas juste d’être noir. Ça, ça se voit vite quand on est noir », a-t-il illustré, suscitant des rires amusés… et des rires gênés.

Le résultat du vote, à main levée, était flou. « Proposition rejetée », a pourtant lancé le président d’assemblée sous le regard ébahi de M. St-Pierre Plamondon. « Je pensais qu’il [le vote] avait passé », a-t-il dit dans un impromptu de presse dimanche soir. Il a attribué le rejet de sa proposition principalement à l’intervention de Mme Pierre-Lys. « Ç’a beaucoup influencé le débat. C’est une bonne nouvelle dans la mesure où quelqu’un issu de la diversité au sein du PQ nous dit : il n’y a aucun problème au Parti québécois sur le plan de la diversité », a-t-il affirmé à moins de 15 mois des prochaines élections générales.

Il ne se satisfait pas pour autant du refus opposé à cette proposition centrale de son rapport « Faire partie de la solution » par les délégués. D’ailleurs, l’avocat promet de revenir à la charge avec une proposition similaire au congrès national du PQ en septembre prochain. « Malgré les succès individuels que certains ont pu avoir […], on a de l’ambition, on veut plus de diversité. Donc, je continue à penser qu’il faut mettre des mesures pour favoriser des places à des Québécois d’adoption ou des Québécois issus de la diversité. »

Quotas ou pas, la volonté du PQ de recruter en grand nombre des Québécois issus de la diversité culturelle (16 % de la population québécoise) qui partagent à la fois ses « valeurs », ses « propositions » et son « objectif indépendantiste » est réelle, a fait valoir le chef du parti, Jean-François Lisée. Il s’est fixé dimanche l’« objectif » de présenter au moins 20 candidats issus des communautés culturelles (sur 125) aux prochaines élections générales. « Je ne dirais pas qu’il y aura un quota, a-t-il précisé. C’est un souhait. C’est un objectif. » Mais, chose certaine, ces candidats ne seront pas tous dépêchés dans des circonscriptions imprenables, a promis le chef péquiste.

40 ans

Les délégués du PQ ont aussi balayé l’idée d’imposer un quota de 33 % de membres âgés de moins de 40 ans dans les instances de la formation politique, comme le proposait M. St-Pierre Plamondon. Les délégués se sont toutefois dits favorables à l’idée de « favoriser » l’octroi d’un poste sur trois à des membres âgés de moins de 40 ans. « C’est moins ferme », a noté M. St-Pierre Plamondon en fin de journée.

Le PQ, qui compte 80 000 membres, est « en renouvellement profond », a répété M. Lisée comme un mantra. Pour preuve, le nombre de membres âgés de moins de 40 ans a bondi de 33 % depuis le début de l’année, a-t-il avancé.

Aux yeux de M. St-Pierre Plamondon, ces statistiques démantèlent les préjugés selon lesquels « le PQ est le parti d’une seule génération » et « l’indépendance n’intéresse pas les jeunes ».


Lisée attaque le «PL-CAQ»

Promesse électorale de taille. S’il est porté au pouvoir, le PQ déposera « le budget du virage vert » dans lequel il consentira des centaines de millions de dollars à la rénovation verte. « Demain, pour le coût d’un nouveau barrage de la Romaine, on pourrait investir en rénovation verte, libérer autant d’énergie et soutenir pendant des décennies plus de 60 000 emplois. La prochaine Baie-James, elle n’est pas dans le Grand Nord, elle est dans chaque maison, chaque immeuble, au coin de chaque rue », a fait valoir Jean-François Lisée dimanche, après s’en être pris aux « trois imagos du pipeline Énergie Est », c’est-à-dire le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, à Ottawa, et les chefs libéral Philippe Couillard et caquiste François Legault, à Québec. « Le PLQ et la CAQ, qu’on va appeler, pour faire court, le PL-CAQ, sont prêts à contribuer à rendre irréversible le réchauffement climatique », a-t-il dénoncé, confiant à son équipe « le mandat de faire un inventaire exhaustif de toutes les mesures qui seront à notre disposition pour faire en sorte qu’avec le Parti québécois au pouvoir, Énergie Est ne voie jamais le jour ». Un gouvernement péquiste s’affairera également à « renvoyer au Moyen Âge » la loi 106, qui octroie un droit d’expropriation aux sociétés pétrolières. Le PQ s’imposera comme le « parti de la nation verte ».


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