Couillard ne se formalise pas de la réaction de Trudeau à son offensive constitutionnelle

Philippe Couillard souhaite amorcer une <em>« démarche de reprise du dialogue et de la compréhension entre les peuples qui ont formé ce pays »</em>.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Philippe Couillard souhaite amorcer une « démarche de reprise du dialogue et de la compréhension entre les peuples qui ont formé ce pays ».

Le premier ministre québécois Philippe Couillard ne se formalise pas de la fin de non-recevoir opposée par son homologue fédéral, Justin Trudeau, à toute négociation constitutionnelle.

« Il aura l’occasion, je crois, de [se] reprendre lorsqu’il aura lu le document », a-t-il déclaré à quelques heures du dévoilement de la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes.

« Le Canada ne se résume pas à la personne du premier ministre du Canada, ni même au gouvernement actuellement à Ottawa ou au parti politique formant le gouvernement, le Canada c’est des dizaines de millions de citoyens et de citoyennes dans les différentes provinces et différents territoires », a-t-il ajouté lors de la période des questions.

Voyez les échanges entre Philippe Couillard et Jean-François Lisée sur la question à l'Assemblée nationale. 

 

Le chef du gouvernement québécois souhaite amorcer une « démarche de reprise du dialogue et de la compréhension entre les peuples qui ont formé ce pays ». Celle-ci aboutirait à des modifications à la loi fondamentale du Canada. Il s’agirait de la « destination ultime », a précisé M. Couillard en Chambre. « Nous disons : “Nous sommes Québécois. Notre nation est fondatrice du pays. Nous allons engager le dialogue avec les autres Canadiens et les autres Canadiennes” », a-t-il insisté près de 30 ans après la signature de l’accord du lac Meech.

Justin Trudeau a rappelé, plus tôt jeudi, sa position sur la question constitutionnelle: il ne veut pas en parler. « On ne rouvre pas la Constitution », a-t-il précisé.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a quant à lui « félicité », en matinée, Philippe Couillard pour son constat voulant qu’il y ait un problème avec le statut constitutionnel du Québec. « C’est un moment important qu’on vit aujourd’hui, c’est le retour de la lucidité », a-t-il dit.

Il n’a toutefois pas voulu conjecturer les chances de réussite d’un tel plan.

Selon lui, il faut remonter aux suites de l’accord du lac Meech, il y a 30 ans, pour retrouver une telle ouverture de la part des libéraux en matière constitutionnelle. « On ne l’avait jamais entendu reconnaître que ç’avait un impact massif dans la vie québécoise », a-t-il dit du premier ministre.

La Coalition avenir Québec s’est quant à elle emmurée dans le silence sur le sujet jeudi matin. Son porte-parole, Simon Jolin-Barrette, s’est présenté devant les journalistes pour leur dire qu’il n’était pas prêt à commenter le sujet. Du côté de Québec solidaire, on prévient le premier ministre qu’il ne peut débattre de Constitution « sans parler de l’indépendance du Québec ». « Il faudra faire ce débat dans toutes ses dimensions », a fait valoir Amir Khadir.

Philippe Couillard doit présenter en après-midi sa politique « d’affirmation du Québec et des relations canadiennes ». Selon La Presse canadienne, il veut faire en sorte que les Québécois ne se sentent plus « exilés » au sein du Canada. Le document de pas moins de 200 pages doit être rendu public à 13 h.

Réflexion profonde

Le Québec ne court pas de grand danger en faisant un appel au dialogue constitutionnel au Rest of Canada (ROC), souligne le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau. « On aborde cette question-là d’une façon tout à fait sereine à partir d’une réflexion profonde, de discussions que nous avons eues, je ne vois pas que c’est risqué », a-t-il déclaré en marge d’une rencontre du groupe parlementaire libéral.

Le cadre constitutionnel canadien est en constante évolution, selon lui. « Le fédéralisme, c’est un système qui est en évolution. […] Je ne dirais pas que c’est une relation de couple, l’analogie est plutôt boiteuse, mais c’est une relation qui est en évolution, que le gouvernement du Québec doit faire évoluer dans le sens des intérêts des Québécois et nous, on dit : voici comment on veut établir cette discussion », a-t-il poursuivi, pointant la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes qui sera dévoilée jeudi après-midi à Québec. « L’évolution du fédéralisme démontre que ces modifications-là, ces changements-là, se produisent au fil des discussions. Il n’y aura pas un jour où la fédération va cesser d’évoluer », a-t-il poursuivi.

Voyez la réaction du président du Conseil du trésor, Pierre Moreau

 

Du bas vers le haut

L’élu solidaire Amir Khadir exhorte le premier ministre québécois à prendre le pouls du « peuple » avant de se mettre à table avec ses homologues fédéral et provinciaux. « S’il veut parler Constitution, s’il veut parler accord constitutionnel, on va être là pour lui rappeler que ça, ça ne se fera pas sans le peuple québécois. Il faut une assemblée constituante. Il faut que le peuple soit consulté. Il faut que la démarche soit claire », a-t-il martelé dans un impromptu de presse. « Le problème, c’est que dans l’histoire des 35 dernières années, chaque fois qu’on a voulu faire des choses par en haut, entre premiers ministres, ça n’a pas marché, c’est pour ça que, mettons, si M. Couillard nous demandait : “Qu’est-ce que vous feriez, vous?” nous, ça serait une constituante. On est à l’époque moderne. L’Islande, d’autres pays modernes, quand ils veulent écrire une Constitution, c’est le peuple qui décide. »

La Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes n’est que de la « poudre aux yeux », a fait valoir la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, avant même la publication du document. Elle accuse le gouvernement libéral de plier l’échine devant le ROC. « Il ne tend pas la main, il met le Québec en position de faiblesse. Il se met les deux genoux à terre avant même de commencer », a-t-elle poursuivi.

Plus de détails suivront.

18 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 1 juin 2017 10 h 10

    Les bras...

    "Jean-François Lisée, a « félicité » Philippe Couillard", etc.
    Les bras m'en tombent.
    J'espère pour lui que le chef du PQ sait manoeuvrer dans la tempête, parce que si de sa déclaration elle ne vient pas d'une partie non-négligeable de ses propres troupes, c'est bel et bien grâce à nos habiles amis fédéraillistes qu'il se retrouvera submergé par elle...
    Cela n'était que de l'ironie ?
    Eh bien il a quand même maintenant ouvert une porte qui par le vent qui va s'y engouffré, sera bien difficile à retenir de claquer !

    Misère de misère !

    • Claude Lafontaine - Abonné 1 juin 2017 13 h 14

      J.F Lisée a félicité P.Couillard d'enfin reconnaitre officiellement que le fait de ne pas avoir signé la consititution mais de la subir a des effets négatifs bien réels sur le Québec. C'est juste sur ce point là qu'il le félicitait.

      Pour le reste l'initiative lançée par P.Couillard ressemble à une grosse opération de relations publiques qu'il veut entreprendre face à tous ses vis-à-vis provinciaux et J.Trudeau... s'il veut bien l'entendre, mais ses chances de réintégrer le Québec dans la fédération "dans l'honneur et la dignité" sont presque nulles, les premièeres réactions du ROC et les sondages qui ne manqueront pas de suivre nous le confirmeront.

      En faisant de ce sujet là un thème pour la prochaine élection ( de toute évidence c'est le cas) il faudrait plutôt voir ce que P.Couillard et J.M Fournier et le PLQ espèrent en retirer.

    • Yves Côté - Abonné 1 juin 2017 14 h 02

      Merci de votre mot Monsieur Lafontaine.
      Je vous cite : le fait de ne pas avoir signé la consititution mais de la subir a des effets négatifs bien réels sur le Québec.
      Bravo de le reconnaître dit le PM, donc maintenant la seule solution viable est de l'intégrer ...
      Je vous cite encore : il faudrait plutôt voir ce que P.Couillard et J.M Fournier et le PLQ espèrent en retirer.
      Ce qu'ils espèrent, c'est tout simplement de signer la Constitution au nom d'un Québec qui sauf pour les méchants séparatisssses, ne verra pas d'empêchement puisqu'ils se contenteront d'être fiers d'avoir résisté pendant plus de trente ans.
      Si cela vous convient, et c'est votre droit, cela ne me convient pas moi.
      Et en rien...

      Salutations républicaines, Monsieur.

    • Donald Bordeleau - Abonné 1 juin 2017 22 h 59

      Prendre des vessies pour des lanternes ( Define white as black ).

      Palabre de quelques lunes et saisons après saisons.

      Le tout sera oublié comme les feuilles mortes.

      La CAQ s'est faite doubler par le PLQ pour un essai, mais la CAQ ne dit mot pour attendre que la poussière retombe.

      Il y aura un autre essai avec la CAQ, mais le ballon est glissant.

  • Yves Archambault - Abonné 1 juin 2017 10 h 26

    Lisée

    non Lisée c'est le retour de l'arnaque!

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 1 juin 2017 17 h 13

      Qui a financé cette étude de 200 pages? Le Gouvernement, le Parti libéral?

      On y fera probablement la promotion de la dépendance canadienne.

      Mais quand c'est le PQ qui fait la promotion de l'indépendance du Québec, ce sont les hauts cris.

  • François Beaulne - Abonné 1 juin 2017 10 h 35

    La malhonnêteté de QS

    De toutes les réactions entendues sur la proposition du premier ministre Couillard de rouvrir les discussions constitutionnelles, la plus inattendue et la plus incrédible est celle de QS d'insister le PM à parler d'indépendance du Québec alors que ce même parti, il y a à peine une semaine laissait paraître son vrai visage fédéraliste en cachant à ses délégues le texte d'une entente signée avec le OUI Québec à ce sujet.
    Ils ont beau être un parti marginal il est quand même culoté d'avoir pris si tôt les plis des 'vieux' partis qu'ils dénoncent et conspuent de manière démagogique.

    • Pierre Desautels - Abonné 1 juin 2017 18 h 05


      N'est pas admis qui veut dans le club privé de certains indépendantistes, car les purs et durs à l'intérieur du PQ surveillent l'entrée, même si leur parti parle à peine de souveraineté depuis vingt ans et refuse carrément d'en parler pendant les campagnes électorales.

      Pourtant, si Option nationale accepte d'avoir des discussions avec Québec solidaire et si Mathieu Bock-Côté affirme que Gabriel Nadeau-Dubois est un authentique indépendantiste, cela devrait être suffisant, mais il faut croire qu'il faudra désormais passer l'épreuve d'un comité d'évaluation pour être admis.

  • André Boisvert - Abonné 1 juin 2017 11 h 32

    "Le cadre constitutionnel canadien est en constante évolution."

    - Pierre Moreau

    Depuis 150 ans, quelle "constante évolution" le PLQ a-t-il vu? Vivons-nous sur la même planète?!? C'est certain que non! Comme la tour de Pise, le système constitutionnel canadien penche toujours du même bord!

  • Lucien Cimon - Abonné 1 juin 2017 11 h 35

    « Si ce n'est pas suffisant de se mettre à genoux, on rampera, mais laissez-nous s'il vous plait, vous permettre de faire ce que vous voulez avec notre peuple.
    Une telle supplique devrait susciter une autre discussion et suffire à faire oublier la corruption de ce gouvernement pour un moment.